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Des nouvelles de Micheline

Micheline Leroux... (Photo François Roy, archives La Presse)

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Micheline Leroux

Photo François Roy, archives La Presse

Mario Girard
La Presse

Vous avez été très nombreux à vous émouvoir de l'histoire de Micheline Leroux, cette femme d'origine française de 98 ans que sa fille, qui vit au Québec, a accueillie il y a six ans. Vous avez aussi été très nombreux à me demander de vous tenir au courant de la situation absolument invraisemblable que connaît la dame.

Frappée par la solitude (son mari, sa soeur et ses amis sont tous décédés au cours des dernières années), Micheline Leroux, qui vivait dans sa maison à Tours, s'alimentait mal et était devenue très faible. Très inquiète pour elle, sa fille Ghislaine Fleury, qui possède une grande maison dans le village de Saint-Valentin, en Montérégie, a pris la décision de la faire venir au Canada.

Grâce à un visa de visiteur, renouvelé tous les six mois, Micheline Leroux a pu vivre avec les siens et retrouver des forces. Entourée de sa famille, des fleurs, des légumes du potager et des poules caqueteuses, la vieille dame a repris goût à la vie. L'arrivée inattendue d'un arrière-petit-fils nommé Hugo, sorte de ciment-bonheur dans la famille, a couronné le tout.

Lasse de remplir sans cesse des documents, Ghislaine Fleury a décidé, il y a deux ans, d'effectuer pour sa mère une demande de citoyenneté canadienne en bonne et due forme dans le cadre du programme de regroupement familial. Les dédales de la bureaucratie auxquels Mme Fleury se bute vous ont visiblement renversés.

Le point culminant de ces exigences dignes d'une pièce de Dario Fo (lisez Les Archanges, vous comprendrez) a pris la forme d'un examen médical au cours duquel on a fait subir à Micheline Leroux un test de VIH et de MTS.

Comme cet examen n'était pas suffisant pour Mme Leroux, qui a assumé elle-même tous ses soins médicaux depuis son arrivée au Canada, on a exigé une rencontre avec un gériatre, et ce, dans les 30 jours. À la suite de la parution de ma chronique, en juillet dernier, une gentille gériatre (merci, chère madame !) m'a écrit pour offrir son aide. L'examen a été fait dans les jours suivants.

Mais bon, les résultats de cet examen n'étant pas encore suffisants pour les fonctionnaires, Immigration Canada a demandé à recevoir, tenez-vous bien, le curriculum vitae de Micheline Leroux. On voulait connaître le niveau d'éducation, les compétences professionnelles et l'expérience de la dame qui, je le redis, a 98 ans.

Sait-on jamais, peut-être que Micheline avait été grutière dans le domaine de la construction en France. Elle pourrait alors être utile sur le chantier du pont Champlain. Ou alors, peut-être que Micheline avait été ballerine à l'Opéra de Paris. Elle pourrait enseigner aux Grands Ballets Canadiens.

Ghislaine Fleury a donc préparé un CV dans lequel elle précisait que le diplôme d'études de sa mère remontait à 1934 et qu'avant et après avoir élevé ses enfants, elle avait travaillé comme vendeuse dans des magasins. C'est grâce à cette expérience professionnelle qu'elle peut aujourd'hui toucher une modeste pension de vieillesse.

Entre-temps, il y a aussi eu une intervention du député de Saint-Jean, Jean Rioux. « Il m'a dit que ce n'était plus notre problème, que c'était le sien, m'a raconté Ghislaine Fleury. Il m'a aussi donné son numéro de cellulaire personnel. » Quand elle l'a rappelé quelques jours plus tard, M. Rioux lui a dit de parler à son assistant. Ce dernier a confirmé à Mme Fleury que le visa de visiteur de six mois de sa mère ne pouvait plus être renouvelé. Cela a fait grandir le stress dans la famille.

Toujours est-il que, vendredi matin dernier, j'ai décidé d'appeler Ghislaine Fleury pour m'enquérir de nouveau de l'avancement de cette affaire.

La résidante de Saint-Valentin était en émoi : elle venait de recevoir un document d'Immigration Canada qui commençait par « We are pleased to inform you... ». Son coeur battait fort.

Ghislaine Fleury a mis un terme à notre conversation car elle voulait téléphoner à Immigration Canada afin d'obtenir plus de détails sur cette lettre. En plus d'être rédigée en anglais (ce fut ainsi pour tous les documents envoyés), le message n'était pas clair. Après de très longues minutes d'attente au téléphone, une employée lui a dit que c'était une lettre d'information, pas de confirmation. Et qu'il y aurait d'autres étapes à venir. Pour le moment, la demande de Micheline Leroux n'était pas refusée.

J'ai demandé à Mme Fleury comment sa mère recevait tout cela. « Pour le moment, elle est près de la porte, sur le pied de guerre. Elle veut aller dans les magasins afin de trouver un Playmobil pour Hugo. C'est son anniversaire aujourd'hui, et on lui prépare une petite fête demain avec toute la famille. »

À leur retour, une belle surprise attendait la mère et sa fille. Immigration Canada annonçait dans un courriel que Micheline allait finalement recevoir son visa de résident permanent dans les prochains jours.

La fête de samedi a revêtu un caractère très particulier. Micheline savait qu'elle pouvait poursuivre sa longue vie entourée des siens. Quant à Hugo, il commençait la sienne riche d'un nouveau Playmobil. Il n'y a pas à dire, la vie vaut la peine d'être vécue.

«Les résultats de cet examen n'étant pas encore suffisants pour les fonctionnaires, Immigration Canada a demandé à recevoir, tenez-vous bien, le curriculum vitae de Micheline Leroux.»





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