Kanata: «Ce n'est pas de la censure»

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«Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Kanata et de la subvention qu'Ex Machina n'a pas reçue afin de coproduire ce spectacle avec le Théâtre du Soleil. Plusieurs ont montré du doigt la nouvelle position adoptée récemment par l'organisme fédéral en matière d'appropriation des cultures autochtones», écrit Mario Girard.

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Mario Girard
La Presse

Simon Brault est rentré de vacances hier avec le sentiment d'avoir plus ou moins décroché du boulot. En effet, «l'affaire Kanata» a souvent eu l'attention du directeur du Conseil des arts du Canada (CAC). «J'ai eu l'impression que Robert Lepage n'était pas loin de moi», m'a-t-il raconté au téléphone.

Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Kanata et de la subvention qu'Ex Machina n'a pas reçue afin de coproduire ce spectacle avec le Théâtre du Soleil. Plusieurs ont montré du doigt la nouvelle position adoptée récemment par l'organisme fédéral en matière d'appropriation des cultures autochtones.

Il faut d'abord savoir qu'au moment où Ex Machina a fait une demande de subvention pour Kanata (c'était en 2016), le Conseil des arts n'avait pas encore fait part de sa vision en ce qui concerne cet enjeu social et culturel. Il est donc faux de croire que la décision du CAC s'appuyait sur cette politique.

«En 2016, avant que le CAC ne connaisse un doublement de son budget, nous avons présenté le programme Nouveau Chapitre, m'a expliqué Simon Brault. Il s'agissait d'un programme ponctuel à l'occasion du 150e anniversaire du Canada.»

Ce programme, doté d'une enveloppe de 35 millions de dollars, a eu un énorme succès. Le nombre de propositions a été «historique». Des 2200 projets évalués par les jurys composés de pairs, environ 200 ont été retenus, dont Coriolan (monté par Robert Lepage), actuellement présenté au Festival de Stratford et qui le sera prochainement au TNM dans sa version française.

Kanata faisait partie des projets soumis. Il était admissible à une somme variant entre 250 000 $ et 500 000 $.

Le jury a trouvé cela intéressant, mais a accroché sur une chose : où étaient les collaborateurs des Premières Nations? 

Ces questions sont restées sans réponses, car certaines cases étaient remplies par la mention «à venir». Le jury a donc décidé de ne pas accorder d'argent à ce projet.

L'absence de collaborateurs autochtones a également été observée dans d'autres projets qui avaient comme mandat de raconter l'histoire des Premières Nations. C'est ce vide qui a convaincu Simon Brault et son collègue Steven Loft, directeur du bureau des arts autochtones au CAC, de publier une lettre, en septembre 2017, dans laquelle une orientation très claire était exprimée.

«L'appropriation des récits, des façons d'être et des oeuvres d'art autochtones est tout simplement une continuité du colonialisme et de l'affirmation de ses droits sur la propriété des peuples autochtones. L'histoire de la colonisation de l'identité autochtone transmise par les images, les films et les récits est en partie responsable du discrédit jeté sur le point de vue autochtone», écrivaient les deux auteurs en reprenant les mots de l'artiste anichinabé Aylan Couchie.

Simon Brault est fier de voir que l'organisme qu'il dirige a pris les devants pour lutter contre l'appropriation de la culture autochtone.

«Je ne peux pas croire qu'un pays qui vient à peine de reconnaître le génocide culturel à l'égard des peuples autochtones puisse faire autrement. Nous avons besoin de cela.»

Annulé par la direction du Festival international de jazz de Montréal, le spectacle SLĀV a été estampillé du mot «censure». Simon Brault croit qu'on ne peut faire la même affirmation au sujet de Kanata. «Ce spectacle a été annulé parce qu'un coproducteur nord-américain s'est retiré du projet. Ex Machina et le Théâtre du Soleil ont pris la décision de ne pas aller plus loin. Ce n'est pas de la censure.»

En mai dernier, je vous ai parlé de la position du CAC en matière de diversité culturelle. L'organisme a adopté des mesures qui favorisent cet aspect dans les différents domaines des arts, notamment au théâtre. Le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts de Montréal ont décidé d'emboîter le pas.

Avec sa position sur l'appropriation de la culture autochtone, le CAC va encore plus loin. Même si cela fait grincer des dents, même si cela divise et polarise, même si cela fait dire à certains que nous sommes en train de nous noyer dans la rectitude politique.

J'ai demandé à Simon Brault si cette bataille était difficile à mener. «Pas du tout, m'a-t-il dit. Il y a en ce moment un débat, et c'est très intéressant. C'est le propre de l'art de susciter des débats.»

Simon Brault est conscient que la lutte amorcée par le CAC pour faire avancer les choses en matière de diversité et d'appropriation culturelle est loin d'être gagnée et comprise de tous. Mais celui qui a une longue expérience dans le domaine est prêt à la mener. «Pour m'encourager, j'aime servir cette phrase : l'équité, c'est d'être invité au party. L'inclusion, c'est d'être invité à danser.»

Avec une telle volonté, on a déjà hâte au rave!




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