Milliards en série

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«Est-ce réaliste? Pas vraiment. Mais j'adore», lance James Soutar au bout du fil, en parlant de la série télévisée Billions. «Ça décrit plus l'époque d'avant la crise de 2008. Mais c'est très bien raconté.»

Il est 22h à Montréal, mais 10h le lendemain matin à Hong Kong, la ville où James Soutar, Montréalais d'origine, directeur de la recherche et des opérations chez Formula Growth Asie, est installé depuis maintenant près de 30 ans.

Je l'ai appelé parce qu'il fait partie de ces spécialistes de l'investissement fans de la série Billions, qui est devenue depuis trois saisons un véritable rendez-vous pour le monde de la finance. Business Insider l'appelle «la série télé qui obsède Wall Street». Market Watch nous apprend que des personnages aussi différents qu'Anthony «The Mooch» Scaramucci, fondateur de SkyBridge Capital et directeur des communications de Donald Trump pendant 11 jours, ou le grand banquier Robert Wolf, ancien président et chef de la direction d'UBS, la regardent religieusement.

C'est actuellement diffusé à Showtime le dimanche soir. Les deux premières saisons sont sur iTunes.

De quoi y parle-t-on? Du duel interminable entre deux personnages. D'abord Bobby Axelrod (Axe), joué par Damian Lewis - le Brody de Homeland -, fondateur milliardaire d'un fonds spéculatif appelé Axe Capital pour qui les délits d'initiés font tout à fait partie d'un vaste coffre à outils menant au succès. Et ensuite Chuck Rhoades, procureur fédéral pour le sud de New York, qui a décidé de mettre ledit Axe en prison, en prenant les moyens qu'il faudra et pas nécessairement ceux enseignés à la faculté de droit (de Yale, où il a étudié).

Entre les deux, un personnage : Wendy, la femme de Rhoades, une adepte comme son mari du sexe sadomaso, mais qui est aussi la psychiatre maison d'Axe Capital depuis des années, celle qui aide les requins de la finance à rester bien affamés, sans crise existentielle et autres sentiments nuisibles à leur performance.

Non, ce n'est pas ennuyeux. En plus, leur univers est peuplé de caractères en tous genres incluant, justement, un personnage sans genre, Taylor - une première, dit-on, dans l'histoire de la télé populaire américaine. Génie de la statistique, elle apparaît dans la deuxième mais surtout dans la troisième saison.

Où est-on allé chercher tout ça? La série coécrite par un journaliste financier du New York Times, Andrew Ross Sorkin, est inspirée de faits réels, incluant surtout la lutte sans merci entre Preet Bharara, ancien procureur fédéral responsable du sud de New York, et Steve Cohen, fondateur de S.A.C. Capital Advisors, un fonds spéculatif.

Que font tous ces gens? Ils se détestent, ils magouillent, ils investissent, calculent, jouent, risquent, trahissent... La principale différence avec Game of Thrones, c'est que les personnages volent en hélicoptère plutôt qu'à dos de dragon.

James Soutar a commencé à regarder la série dès le début, en 2016, notamment parce qu'il est allé à l'Université Tufts, à Boston, avec le producteur, Brian Koppelman. Il était intrigué par la lecture que la série allait donner de la réalité du monde de la haute finance, où il a toujours travaillé. Formula Growth, son entreprise, fondée à Montréal, est une société de gestion d'investissements qui comprend notamment un fonds spéculatif.

Le langage de la série est celui de son travail. Mais «est-ce qu'on vit comme c'est décrit dans la série? Pas du tout», explique-t-il. À un moment, Axe laisse mourir un collègue de peur qu'il ne témoigne contre lui. «Honnêtement, je crois que c'était un peu trop.»

Mais est-ce que la cupidité, l'insensibilité, l'agressivité vues dans l'émission ressemblent à ce qu'on peut voir dans les hautes sphères de la finance?

Ça ressemble à certains égards à une certaine époque à New York, où se passe d'ailleurs essentiellement Billions, explique l'homme d'affaires.

On parle de l'époque de redémarrage de la croissance des valeurs financières après l'éclatement de la bulle internet en 2000, mais avant la crise des hypothèques à risque de 2008.

Cette dernière crise, dit-il, a pas mal ramené tout ce monde à la réalité. Mais avant ça, dit-il, il y avait des gens, des jeunes notamment, qui faisaient beaucoup d'argent sans scrupule et sans effort. «Moi, quand je suis sorti de l'université, je suis venu en Asie voir où on pouvait investir. On analysait les compagnies. On cherchait. On faisait ça pour le fun, pour l'expérience, le voyage», dit-il. Les jeunes diplômés de sa cohorte, il y a 30 ans, gagnaient 30 000 $, 50 000 $ par année. À l'époque dont parle Billions, des jeunes pouvaient gagner un demi-million en sortant de l'école. Tout ça fait oublier, explique Soutar, que l'univers de l'investissement joue un réel rôle constructif dans l'économie : prendre les épargnes des uns pour stimuler la croissance en donnant les moyens financiers à des entreprises pour aller plus loin.

La vie décrite dans Billions est caricaturale. Avions privés, restaurant étoilé ouvert un jour de fermeture juste pour une réunion d'Axe, dégustation d'ortolans, un mets interdit, appartements new-yorkais pharaoniques, villas somptueuses sur la plage dans les Hamptons, pluies de dons charitables comme autant de rideaux cachant les magouilles...

«On ne passe pas nos journées comme ça», dit Soutar. «Bon, peut-être que le vin sur notre table est un peu plus cher...»

Mais la série, en plus, dit-il, est décalée d'une autre réalité : les fonds spéculatifs ne sont plus ce qu'ils étaient. Leurs rendements sont moins bons que la Bourse en général. Certains ont fermé.

Si on cherche de la richesse rapide, ce concept qui captive la télé, tout se passe plutôt du côté de la technologie, même si, tout récemment, les aléas de Facebook ont atténué un peu le sentiment de Klondike présent depuis un bon moment à Silicon Valley.

On a donc hâte à cette nouvelle série.

Et en attendant, on poursuit Billions... Parce que qui ira en prison?

Quelques citations de Bobby Axelrod et ses amis

«Quand je me retire d'une entente, c'est Nagasaki derrière moi.»

- Axe

 Quand tu peux, mets une compagnie dans ta bouche.»

- Axe, qui explique à un collaborateur qu'il faut toujours essayer les produits des entreprises dans lesquelles on investit

«N'essaie pas de t'en prendre au taureau qui arrive tout frais dans l'arène, choisis celui qui a déjà été touché quelques fois...»

- Axe, qui donne un conseil, encore...

«Ça sert à quoi d'avoir du f...ing argent si tu ne dis jamais f..k you?»

- Axe

«On dit qu'un ortolan, c'est le bonheur, et que deux, c'est de la gloutonnerie», dit un chef cuisinier invité par Axe et son bras droit Wag pour essayer ce mets rarissime. «Et trois?» rétorque Wag.




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