Patrice Breton est tombé amoureux du vin quand il avait 19 ans. Avant le mariage, avant les enfants, avant de triper affaire et de lancer une entreprise techno à succès dans son sous-sol de Longueuil. Avant tout.

Et c'est cette passion que l'entrepreneur a réactivée en 2003 quand a commencé son aventure vigneronne bâtie de toutes pièces, en Californie.

Originaire de la région d'Ottawa, Patrice Breton habite aujourd'hui au coeur de la vallée de Napa, dans un secteur appelé St. Helena, une des belles appellations californiennes où on compte 2800 hectares de vignes plantées et 416 vignobles. Ses entreprises, Vice Versa Wines et A Priori, y produisent du vin avec du raisin qui pousse autour de chez lui ou qu'il achète dans la région.

Ses crus, dans différentes gammes de prix, sont bien cotés et vendus, notamment, à la SAQ.

« Ceci n'est pas un projet de vanité », explique l'homme d'affaires rencontré sur sa propriété, dans une cave toute fraîche creusée dans la montagne. C'est une vraie entreprise. »

Mais le but n'est pas non plus de faire uniquement des profits. « C'est de faire un grand vin. »

Ses meilleures bouteilles peuvent se vendre jusqu'à 400 $, dit-il. En fait, la qualité des crus et la réussite en affaires vont de pair. « Et la courbe, dit-il, est en pleine croissance. » Et Vice Versa, qui n'a pas perdu d'argent pendant presque 10 ans, voit maintenant ses profits augmenter.

Patrice Breton, qui a 48 ans, n'a pas toujours été vigneron.

Il a commencé sa carrière avec l'arrivée de l'internet, il y a 20 ans, en lançant avec deux collègues une société appelée Mediagrif, spécialisée dans le commerce électronique entre entreprises. Aujourd'hui capitalisée à 250 millions à la Bourse de Toronto, la société poursuit cependant sa route sans lui depuis 2001, quand il l'a quittée avec 10 % des actions.

C'est cet argent qui lui a permis de réaliser son rêve à partir de 2003 : produire du vin en Californie, un projet mené à distance pendant 10 ans - il voulait rester près de ses deux adolescents à Montréal - avant de déménager de façon permanente aux États-Unis en 2013.

Aujourd'hui, Patrice Breton possède encore un peu d'actions de Mediagrif, mais ses actifs sont surtout dans le raisin et compagnie. En Californie, évidemment, où il produit maintenant 800 caisses de vin, un peu dans le Languedoc, dans le sud de la France où avec un associé il a fondé Vins Breton Reyes, qui produit du syrah et de la grenache sous l'étiquette Occi. Et il a aussi quelques jetons en Champagne, « pour le fun » de produire quelque 50 caisses par année du fameux mousseux.

Patrice Breton est un entrepreneur en série. Il investit aussi dans l'immobilier et a lancé un site web appelé WinePriceExchange, une plateforme d'informations variées et cruciales, réunies en un seul lieu, pour collectionneurs de vins.

Pourquoi avoir choisi de se lancer en affaires aux États-Unis d'abord et pas en Europe ?

« Parce que Napa, la Californie, les États-Unis, c'est la terre des opportunités. Ici, je savais, je sais que je peux tout créer, from scratch, donc à partir de rien. »

- Patrice Breton

Mais pas rien du tout, puisqu'il arrivait quand même avec pas mal de sous à investir.

C'est ainsi qu'il a pu commencer, petit à petit, de contact en contact, d'investissement en investissement, d'erreurs en coups de chance, et en faisant la navette entre Montréal et San Francisco, tout en étudiant la fabrication du vin, à monter son entreprise.

À l'écouter, on dirait effectivement que tout est possible dans les terres dorées californiennes. Mais la concurrence est là, les Américains sont de redoutables acteurs du monde des affaires et tout n'a pas toujours été parfait sur son parcours.

Il y a quelques années, Patrice Breton, un grand collectionneur de vins, a été victime de celui qu'on appelle le « Bernie Madoff » du vin, l'escroc Rudy Kurniawan, qui est aujourd'hui en prison pour avoir vendu des faux grands vins. Il achetait de vrais vieux bourgognes de qualité modeste et les embouteillait dans d'autres bouteilles pour les revendre comme s'il s'agissait de très grands crus comme des Domaine de la Romanée-Conti.

Breton estime qu'il a ainsi perdu 250 000 $. De nombreux autres collectionneurs émérites ont été touchés par cette escroquerie.

Aujourd'hui Breton s'en est remis. Parfois on gagne, parfois on perd, quand on est entrepreneur et qu'on prend des risques.

Et il ne remet aucune décision en question.

« Regarde ça », dit-il en marchant près des vignes, alors que le soleil brille parfaitement sur les collines de Napa. « On est bien ici. »

PATRICE BRETON EN BREF

- 48 ans

- A fait fortune en techno en cofondant Mediagrif, une société de Longueuil cotée en Bourse à Toronto qui vaut maintenant 250 millions.

- Est parti de Mediagrif en 2001 avec 10 % des actions

- A lancé Vice Versa Wines, une entreprise de vins en Californie en 2003

- Habite à temps plein dans la vallée de Napa depuis 2013

- Est marié, a deux enfants aujourd'hui dans la vingtaine