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Cent jours post-Ford

Le maire-adjoint de Toronto, Norm Kelly.... (Photo Chris Young, PC)

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Le maire-adjoint de Toronto, Norm Kelly.

Photo Chris Young, PC

(TORONTO) Cette semaine, le Montréalais Denis Coderre célèbre ses 100 jours à la tête de la mairie. La semaine prochaine, ce sera au tour de Norm Kelly de marquer les 100 jours de son improbable ascension à la tête de l'Hôtel de Ville de Toronto.

Norm Kelly est le maire suppléant de la métropole ontarienne. C'est à lui qu'ont été transférés l'essentiel du pouvoir exécutif, ainsi que le gros de l'équipe de travail du maire et du budget d'opération du bureau du maire, à la mi-novembre dernière, quand la crise Rob Ford a atteint son paroxysme. C'est à lui que les élus ont décidé de faire confiance quand l'existence de la fameuse vidéo montrant le maire en train de fumer du crack a finalement été confirmée, que Ford a finalement avoué avoir pris du crack - en état de «stupeur éthylique» - et que, malgré tous ces événements et toutes les pressions au sein de l'Hôtel de Ville depuis six mois, Ford a une fois de plus refusé de démissionner.

«Les autres conseillers m'ont demandé de jouer ce rôle», explique Kelly. Un geste sans précédent pour un homme qui avait été nommé maire suppléant par Ford lui-même.

«Je l'ai conseillé du mieux que j'ai pu. Mais il n'a pas voulu faire une pause et aller chercher de l'aide professionnelle, comme je le lui avais conseillé et comme bien d'autres le lui avaient conseillé», raconte ce politicien de toujours, élu à Scarborough pour la première fois en 1974 et que nous avons rencontré dans son bureau de l'hôtel de ville, non loin de celui de Ford.

À Toronto, il n'est pas facile de destituer un maire, mais une bonne partie des pouvoirs du maire lui sont de facto délégués par le conseil municipal. Ce qui se donne se reprend, et c'est bien ce qui s'est passé. «On était à la croisée des chemins», dit Kelly. Quelque part entre une autre crise liée au jugement particulier du maire Ford et la nécessité, pour le conseil municipal, de faire progresser certains dossiers.

«Et quand ça s'est passé, le maire a dit: «C'est la guerre» », relate Kelly, qui n'avait jamais vu une telle agitation au conseil municipal.

Depuis novembre, c'est donc en fait le conseiller de Scarborough, qui a déjà été député libéral fédéral dans les années 80, qui pilote les grands dossiers municipaux. Ford demeure en arrière-plan. Sans pouvoirs.

Le maire n'a pas été en mesure, par exemple, d'empêcher le conseil de voter des hausses de taxes au dernier budget, projet piloté par Kelly lui-même, pour financer notamment le prolongement du métro vers Scarborough. Il n'a pas pu, non plus, empêcher la ville de hisser le drapeau arc-en-ciel en signe de solidarité avec les victimes des lois homophobes russes, pendant les jeux de Sotchi.

Son plus récent coup d'éclat: le lancement, sur YouTube, d'une série de vidéos intitulée Ford Nation, où il entend s'adresser directement aux électeurs. Son frère Doug, qui est conseiller municipal, est aussi à l'écran et justifie ces capsules: les médias sont tendancieux et nullement crédibles. La ligne classique des Ford depuis toujours.

Dans la vidéo en question, les Ford citent nommément les candidats qu'ils veulent voir défaits aux élections du 27 octobre.

Bref, sans travail de fond à l'Hôtel de Ville, Ford fait campagne. Et continue d'attirer les foules. «Le quart de la population lui pardonne tout», note le maire suppléant. «Les gens veulent être pris en photo avec lui, l'admirent quand même. Les Ford, ce sont un peu les Kardashian du Canada.»

Et Kelly, lui, pendant ce temps, gère les dossiers municipaux. Car Toronto a quelques chats à fouetter.

Tout comme Montréal, la ville doit faire face à la dégradation de ses infrastructures. L'autoroute Gardiner, structure suspendue qui passe au sud du centre-ville, a 50 ans et montre, comme l'échangeur Turcot, des signes de faiblesses. Kelly croit qu'il faut réparer, reconstruire, mais surtout ne pas transformer le tout en boulevard terrestre, comme San Francisco l'a fait avec son Embarcadero et comme certains groupes le réclament. «Les bouchons nous coûtent 6 milliards par année. Si on démonte le Gardiner, il va y en avoir plus. On ne peut pas faire ça», dit-il. En faire un tunnel? «Tout le monde veut un tunnel, mais personne ne peut payer le tunnel.»

Autre gros dossier municipal: l'agrandissement de l'aéroport de Billy-Bishop, sur une île juste au large du centre-ville. Actuellement, cet aéroport est utilisé par Air Canada, mais surtout par la petite ligne aérienne Porter, qui aimerait pouvoir acquérir de plus gros avions capables de parcourir de plus grandes distances. Pour cela, il faudrait allonger les pistes d'atterrissage, réaménager l'aéroport en vue d'un achalandage accru. À Toronto, cette possibilité soulève de grands débats, et en ce moment, quiconque se balade en ville est bombardé de messages publicitaires sur le faible niveau de bruit de l'aéroport. Bref, le tout ressemble un peu à ce qui se passe à Saint-Hubert. Kelly, lui, est résolument favorable à ce qu'il appelle non pas l'agrandissement, mais la modernisation de l'aéroport. «Regardez le bord de l'eau. C'est plein de tours résidentielles et ça s'est construit sans que l'aéroport y change quoi que ce soit. Les gens aiment la vue sur l'eau.»

Kelly va-t-il faire campagne sur ces dossiers en vue des prochaines élections? Va-t-il appuyer un candidat ou un autre? Il préfère, pour le moment, garder une certaine réserve.

Mais il observe la course qui se dessine et croit que si la communauté des affaires ne s'est pas fait beaucoup entendre dans le dossier Ford, elle se prononcera peut-être pendant les élections en choisissant un candidat comme l'animateur de radio John Tory, ancien chef du Parti progressiste-conservateur ontarien et homme d'affaires.

Car de plus en plus, même s'il est trop tôt pour parler de vague, Kelly entend des gens d'affaires dire que dans les sièges sociaux situés à l'extérieur de Toronto ou du Canada, on commence à poser des questions sur cette ville au maire si... étrange.




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