Les Québécois veulent un pape plus moderne et libéral. Les catholiques pratiquants plus que tous les autres (88%). C'est ce qu'ils ont dit à nos sondeurs.

Publié le 16 févr. 2013
Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Mais si l'Église catholique changeait de cap sur la question de l'avortement, de la contraception et du mariage entre conjoints de même sexe ou de l'ordination des femmes, quatre options où son «non» est catégorique et à partir desquelles, généralement, on mesure son caractère rétrograde, ils ne seraient pas plus enthousiastes à l'égard de leurs curés.

Pour près des deux tiers, peu importe le modernisme que l'Église choisirait d'adopter, aucun de ces thèmes ne pourrait les en rapprocher. On augmente de quelques points, à peine, quand il est question d'excuses formelles et de compensation financière pour les victimes des prêtres pédophiles. Mais pour le reste, froideur totale.

Les quatre cinquièmes des Québécois disent qu'ils ne seraient pas plus intéressés à la religion catholique même si un des leurs, Mgr Marc Ouellet, était choisi pape, une possibilité réaliste, dit-on. Pas d'effet Céline Dion à prévoir.

Seulement un tiers des sondés vont à la messe (bien que la moitié dit prier).

Bref. L'allergie aux soutanes post-Révolution tranquille prend l'allure, aujourd'hui, d'une vaste indifférence imbibée d'encore un soupçon de colère. Près de la moitié des gens (45%) continuent de croire que la religion catholique a eu un impact négatif sur notre société.

Ce sondage est vraiment intéressant, ne trouvez-vous pas? Il est, selon moi, rempli de nos paradoxes.

Le lien entre la religion et l'identité québécoise est décrit comme fort. Les personnes sondées sont attachées aux fêtes traditionnelles (71%), au baptême (64%). La place du crucifix à l'Assemblée nationale attire la sympathie de moins de la moitié des répondants (41%), mais 59% tiennent au patrimoine religieux physique, dont les églises et compagnie.

On est indifférent. Mais pas indifférent à tout.

La moitié des personnes sondées croient que les références religieuses ont leur place dans les institutions publiques, contre 35% qui croient qu'il ne devrait pas y en avoir du tout, la ligne pure et dure des militants laïques.

La laïcité ouverte? Celle qui tolère les symboles sans appuyer une religion plus qu'une autre? Seulement 16% des personnes sondées croient que toutes les religions devraient pouvoir être présentes, par leurs références, dans les institutions publiques. C'est vraiment peu.

Je ne dis pas que ces gens ont raison - même si je suis de celles qui ont de la difficulté à accepter les messages politiques de certains symboles, comme le voile islamique -, mais la proportion très faible est étonnante. Est-on contre les signes neutres comme les turbans ou les kippas? Ou est-ce le débat sur le voile qui prend toute la place, qui domine les réflexions?

Et pourquoi, même si rien ne pourrait rapprocher les indifférents d'une religion catholique qu'ils ne pratiquent pas, les Québécois, du moins l'échantillon de nos sondeurs, tiennent à ce qu'elle occupe une place prépondérante dans l'espace public?

Dans le fond, les Québécois aimeraient-ils la laïcité surtout quand elle est quand même un peu catho? Avec quelques sapins, des cocos de Pâques et la basilique Notre-Dame en toile de fond?