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Le désastre masculin

Quand j'étais ado, il y a de très nombreuses années, il y avait déjà bien des filles obsédées par leur poids, leur image corporelle, leur alimentation.

Le problème n'est pas nouveau.

On en voyait des compteuses de calories qui ne décollaient pas du miroir, capables de passer la journée, affamées, à moitié somnolentes, lasses et terrifiées par le moindre gramme de trop.

Par contre, les gars, eux, se fichaient de tout. Avec leurs bottes Kodiak et leurs chemises de flanelle à carreaux - oui, le look bûcheron était déjà de mise, bien avant le cycle grunge puis celui des hipsters -, ils mangeaient de tout, sans se préoccuper de la teneur en glucide ou en lipide de leurs hamburgers préférés.

Jamais ils ne parlaient d'alimentation comme d'un terrain miné. Jamais on ne les voyait refuser un morceau de chocolat ou une brioche pour des raisons diététiques.

Entre filles, on pestait contre cette injustice. Eux pouvaient engloutir les biscuits sans prendre un kilo. Pas nous. Pas cool.

Puis, les années ont passé et tranquillement, cette réalité s'est mise à changer.

Sauf qu'au lieu de voir les femmes se libérer de leurs obsessions de minceur à tout prix et de la folie des régimes, ce qui aurait dû être le cours normal des choses vu l'inefficacité presque totale de ceux-ci à long terme, on a vu plutôt les hommes les rejoindre dans ce triste univers rempli de préoccupations, de privations, de contrôle.

Bravo encore, tout le monde.

Au lieu de régler le problème d'image corporelle des jeunes femmes, on l'a étendu aux jeunes hommes.

Maintenant, eux aussi, nourris aux images de muscles sculptés et aux messages de santé publique pro-carottes vapeur, ils comptent les kilojoules et connaissent par coeur les teneurs en protéines de ceci et le nombre de grammes de gras dans cela.

Mais il y a pire encore.

Avez-vous lu la stupéfiante série publiée la semaine dernière dans La Presse sous la plume d'Hugo Meunier?

On y apprenait que de plus en plus de jeunes hommes utilisent des stéroïdes pour gagner rapidement de la masse musculaire à des fins esthétiques.

Ils avalent des comprimés et s'injectent ces substances obtenues illégalement, dans un but qui n'a rien à voir avec la force de leur frappe au baseball ou leur temps sur 100 m à la course. Ce qu'ils veulent, c'est devenir rapidement des colosses baraqués façon Occupation double. Ou avoir des abdos d'acier qui mériteraient une sortie sans chemise au Beach Club de Pointe-Calumet.

Évidemment, le tout est assorti d'heures incalculables au gym et d'un régime pour assurer que le moins de gras possible cache la définition de ces deltoïdes et chers quadriceps...

Et en plus des stéroïdes, on vend aussi - légalement cette fois - toutes sortes de poudres et gels aux oméga-3, vitamines, créatine, protéines, glutamine, qui promettent là encore une silhouette de mannequin Calvin Klein. Sans oublier les «boost de testostérone», les mélanges «pré-workout».

Alors que les obsédées du poids féminines vident leurs portefeuilles en achetant des livres de régime, des fioles de thé, des diurétiques et mille recettes de «detox» plus charlatanesques les unes que les autres, les gars, eux, cherchent aussi follement, à la porte d'à côté, avec leur carte de crédit, le muscle dodu, solide, rêvé...

Voilà 30, 40 ans qu'on s'intéresse et qu'on cherche à comprendre l'anorexie et la boulimie, un problème particulièrement féminin. On a eu le temps de tirer des leçons.

De chercher des pistes de solution.

Pourtant, on n'a pas changé grand-chose dans nos relations avec nos corps et nos assiettes.

En fait, la situation a même empiré.

Non seulement le recours aux régimes minceur n'est pas découragé, ceux-ci sont même plutôt insidieusement encouragés par des politiques de santé publique qui mitraillent des messages anti-obésité qui sont essentiellement anti-calorie. Officiellement, on veut bien faire pour endiguer notre prise de poids collective, mais en réalité, on parle de contrôle alimentaire de la même façon que ces régimes amaigrissants supposément décriés.

De plus, les images corporelles véhiculées dans les médias - à la télé comme au cinéma, autant dans la publicité que dans les reportages mode et compagnie - ne sont pas plus diverses qu'il y a 40 ans. À part une Beth Ditto et quelques autres tailles "" affichées ici et là, les mannequins sont toujours ultra minces, comme si entre ces deux extrêmes, il n'y avait rien.

Et s'il y a un nouveau modèle corporel qui s'est ajouté, ce n'est pas celui de la normalité, c'est un idéal à la fois filiforme et extra pulpeux sorti de l'imagination des réalisateurs de films pornos, biologiquement improbable, bancal.

Voilà 30, 40 ans, donc, qu'on n'arrive pas à aider autant qu'il le faudrait ces femmes qui ont des relations destructrices avec leur corps, leur poids, la nourriture.

Et que s'est-il passé?

Le problème s'est étendu.

Encouragés par ces politiques publiques anti-obésité et qui se veulent pro-santé mais diffusant sans suffisamment de discernement des messages encourageant la pratique du sport et la lutte contre les calories, on s'est mis à féliciter les jeunes hommes de commencer à 13 ou 14 ans la musculation et le contrôle alimentaire.

Pendant ce temps, le marché de la beauté, des vêtements, de la coquetterie s'est étendu aux hommes, avec, en prime, toutes sortes d'images, supposément vendeuses, mais surtout déstabilisantes, troublantes. «Et si je n'étais pas assez beau», se demandent-ils aussi.

Les voilà donc qui, eux aussi, s'inquiètent de leur apparence, de leur taille, de leurs formes, qui cherchent des solutions rapides, flambent leur argent chez les charlatans, les vendeurs de rêve.

Les voilà eux aussi pris dans notre piège.

Quel désastre!




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