Comme ça, la CLASSE entend désobéir à la loi spéciale (dite loi 78), a-t-on appris hier après-midi.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Le plus contestataire des regroupements étudiants ne respectera pas les nouvelles interdictions.

Tiens, tiens.

Est-ce que quelqu'un, quelque part, est surpris?

Est-ce que quelqu'un pensait qu'après trois mois de manifestations quotidiennes, de lutte sur tous les terrains pour se faire entendre, le mouvement étudiant allait s'éteindre, disparaître des nouvelles? Est-ce que quelqu'un pensait vraiment qu'une loi de cette sorte, totalement démesurée, calmerait la situation?

Est-ce que quelqu'un pensait qu'avec un outil législatif critiqué de tous les côtés, y compris par des antigrève tellement il entre en collision avec certaines dispositions des chartes sur la liberté d'expression, on adoucirait le climat social?

Que cherchait le gouvernement exactement en agissant comme il l'a fait?

Aller récolter des appuis dans la population en se donnant des airs de Rambo politique, c'est une chose. Assurer la paix sociale, c'en est une autre.

En démocratie, ce sujet sur lequel on nous sermonne tant en ce moment, on cherche des appuis en campagne électorale. Le reste du temps, on pilote, on gouverne, on assure.

Là, le gouvernement n'assure pas du tout.

Les manifestants sont plus en colère que jamais. Chaque manifestation nous le démontre. La violence dégénère. Les policiers, à bout, dérapent à coup de gaz poivre dans les yeux par ici et de balles de caoutchouc dans les fesses par là, quoi qu'en pense le maire Gérald Tremblay.

Est-ce que Tony Blair pourrait venir parler à Jean Charest comme il a parlé à la reine Élisabeth II après la mort de Diana? «Pardonnez-moi, Majesté, mais il semblerait important que vous sortiez de Balmoral pour regarder et entendre vraiment ce qui se passe dans la rue à Londres... Venez, je vais vous expliquer.»

On a peut-être trop souvent cité François Mitterrand, ancien président français, dans les derniers jours, mais cette phrase célèbre, prononcée à l'Assemblée nationale durant les événements de mai 68, résume exactement ma pensée et celle de bien des gens actuellement: «Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.»

Les prises de position des étudiants sur les droits de scolarité et le financement des universités sont absolument contestables, et la nécessité des hausses est tout aussi défendable.

Ce qui ne l'est plus, cependant, c'est la façon aveugle et sourde dont le gouvernement a géré le dossier. C'est la façon dont il a laissé pourrir une situation qu'il essaie maintenant de maîtriser avec une férocité dont il se doit de savoir qu'elle ne peut que l'aggraver.

Faudra-t-il un mort pour que Québec accepte enfin de réviser sa stratégie, pour que le but ne soit plus «gagner à tout prix et avoir raison et avoir l'air dur», et que cela devienne «désamorcer les facteurs explosifs et assurer une résolution du conflit dans des conditions à peu près calmes» ?

Faut-il que le gouvernement jette du lest?

Oui.

Et ça, c'est devenu clair le jour où on a bien vu que la contestation étudiante était sans précédent. Si la population tire une conclusion, aujourd'hui, d'un recul stratégique gouvernemental, ce sera que, pour ébranler la fermeté gouvernementale, il faut aller loin, très loin, plus loin que jusqu'où la vaste majorité des groupes de pression est prête à aller. Le message sur la dureté, il est passé, M. Charest. Peut-on maintenant chercher une solution qui ramènera la paix?

Avoir tenu la ligne dure au début était peut-être défendable. Ce ne l'est plus depuis déjà plusieurs semaines. Et le chef libéral ne veut probablement pas l'entendre, ça non plus, mais même certains de ses sympathisants s'interrogent. On sent actuellement un nouvel alignement des sympathies politiques traditionnelles. Oui, on peut dire grosso modo que les péquistes sont avec les étudiants et les libéraux contre - on oublie la CAQ, perdue dans la mêlée -, mais cette frontière se complexifie. Le gouvernement séduit des péquistes, mais il compromet ses propres appuis aussi.

«Ex-PLQ, je ne vois pas à la lumière des infos comment on peut encore soutenir ce parti», m'a répondu sur Twitter Katherine Laflamme, ancienne responsable des communications du parti, quand je lui ai demandé, comme libérale, son avis sur la loi spéciale.

«Je suis contre la hausse, contre cette loi et surtout contre la rhétorique anti-étudiante et anti-intellectuelle», m'a répondu un autre lecteur, Philippe Allard, ancien candidat du Parti libéral fédéral.

«J'ai voté pour eux pendant 15 ans, mais après ce mandat je suis perdue, je ne vais plus voter pour un parti qui musèle les citoyens», m'a répondu une autre lectrice, Rowena-Kay Desbiens.

Quoi qu'en disent les sondages, la façon de faire du premier ministre n'impressionne pas tout le monde.

«J'espère vraiment que Jean Charest voit quelle sera sa fin de partie, parce que moi, je ne la vois vraiment pas», a écrit sur Twitter Normand Spector, qui était chef de cabinet de Brian Muroney lorsque le premier ministre québécois faisait encore partie du cabinet conservateur à Ottawa. Cette crise confronte profondément la société. Plus profondément que bien des opposants au mouvement étudiant ne veulent le croire.

Monsieur Charest, pour une fois, écoutez le maire de Montréal. Il vous a demandé hier de reprendre les négociations. En ce 100e jour de crise, c'est la seule option. À moins que vous ne préfériez partir ou déclencher des élections.