J'ai entendu dire que certains parents ont hâte à la rentrée.

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

Pas moi.

Pas hâte de recommencer à stresser plus que mes enfants pour qu'ils ne soient pas en retard à l'école. Pas hâte de recommencer à me sentir ultra-coupable parce que leurs lunchs sont plutôt banals. Pas envie de me prendre la tête dans l'immense puzzle des horaires à organiser afin que tout le monde ait des activités parascolaires pertinentes et assez de temps pour les devoirs et un peu de farniente, sans que ma journée de travail, à moi, soit totalement amputée. Pas envie d'angoisser encore sur les questions de transport, où culpabilité environnementale, inélasticité temporelle et embouteillages forment un cocktail anxiogène à souhait. Pas envie d'être trop au travail et trop à la maison, ou plutôt pas assez là, ni à un endroit ni à l'autre.

Pas envie de me trouver incompétente.

C'est grave, docteur?

Oui.

Oui, car personne n'est à l'abri de la dépression, m'a rappelé une étude présentée récemment par une chercheuse dans un grand congrès de sociologues et qui a abouti dans ma boîte aux lettres.

«Relaxe», ai-je compris, comme si le message m'était adressé personnellement.

En gros, ce que dit ce document rendu public la semaine dernière à la rencontre annuelle de l'American Sociological Association, c'est que, pour bénéficier du niveau moins élevé de dépression observé chez les mères qui travaillent, il faut savoir avoir des attentes réalistes sur ce qu'on peut et ne peut pas faire. Il faut accepter que tout ne soit pas parfait et savoir déléguer. La nouvelle étude de Katrina Leupp, chercheuse à l'Université de Washington à Seattle, est basée sur les données d'une étude nationale et longitudinale réalisée auprès de 1600 mères de 40 ans et pilotée par le département américain du Travail.

Gros bon sens, dites-vous?

Sûrement. Mais drôlement intéressant.

On apprend d'abord dans cette recherche que les mères qui travaillent à l'extérieur sont moins enclines à la dépression que celles qui s'occupent de leurs enfants à temps plein.

Ce n'est pas nouveau. C'est une constatation de plusieurs recherches précédentes réalisées aux États-Unis. Il est important de préciser que ces travaux sont américains, car être mère dans ce pays n'a rien à voir avec la situation ici, où les longs congés de maternité et le système de garderies permettent aux femmes de concilier travail et famille avec beaucoup plus de facilité. Aux États-Unis, le prix des services de garde est si élevé que toute une cohorte de mères choisit de ne pas travailler, car une décision contraire serait financièrement irrationnelle. C'est dans ce groupe, généralement, que se trouvent celles qui souffrent le plus de leur situation. Au Québec, vu les services de garderie accessibles, on peut supposer que la plupart des mères à la maison le sont par choix réellement libre. Je ne serais pas étonnée d'apprendre, donc, que les mères à la maison québécoises sont généralement plus en forme dans leur tête que les Américaines.

Cela dit, le second volet de la nouvelle recherche américaine est aussi fort pertinent, particulièrement en ces jours de rentrée scolaire, où les pressions perfectionnistes auto-infligées par les superwomen irréalistes - moi par exemple - sont particulièrement fortes.

Entre les livres des enfants que l'on souhaite plastifiés impeccablement - alors que c'est une tâche impossible, on devrait le savoir - et les fournitures dont on aimerait qu'elles soient identifiées comme si Martha Stewart elle-même avait confectionné les étiquettes, on perd un temps ridicule, tandis qu'il reste à régler le transport à la maison le jour où tous les petits finissent à une heure différente, sans parler des réunions de parents à ne pas rater et de toutes les activités sportives extérieures à intégrer au quotidien...

On se fixe des objectifs élevés. On espère qu'ils soient partagés par maris et chums et on rage quand tout n'est pas nickel.

La rentrée est un terreau d'une fertilité exponentielle pour les ambitions organisationnelles démesurées.

Or, voilà qui n'est pas bon pour la santé.

Car ce que dit le second aspect de la recherche de Mme Leupp, c'est que les mères de famille qui travaillent à l'extérieur de la maison sont loin d'être à l'abri des dépressions, en particulier celles qui ont des attentes irréalistes vis-à-vis de leur vie, de leur performance et du partage des tâches à la maison.

Pour éviter les écueils côté santé mentale, il faut accepter de laisser aller. Garder les deux pieds sur terre. Et comprendre que le résultat ne sera pas parfait et que les efforts à la maison ne seront pas parfaitement partagés. «Voulez-vous avoir raison ou voulez-vous rester mariés?» a un jour demandé à un couple le célèbre psychologue Dr. Phil, à l'émission Oprah.

«Voulez-vous être égale à tout prix et ne faire aucun compromis ou voulez-vous préserver votre santé mentale?», pourrait-on demander aux mères de famille.

La question est dure. Mais elle mérite d'être posée.