«Merci pour votre article sur la douane canadienne, il nous est arrivé la même chose...»

Marie-Claude Lortie LA PRESSE

«Même si je suis très honnête lors de mes retours au Canada et que je dévoile le moindre de mes achats, si je dépasse le montant accordé, je me fais toujours diriger vers la fouille...»

«Eille, j'ai vécu exactement la même chose...»

Depuis que j'ai publié, mardi dernier, une chronique sur mon expérience à la douane canadienne à l'aéroport Montréal-Trudeau (je me suis fait fouiller alors que j'avais été totalement transparente sur mon dépassement des limites d'achat de vin), pas une journée ne passe sans que plusieurs personnes me racontent leurs déboires frontaliers. Voisins, amis, lecteurs... Ma boîte de courriel a été inondée. Mon blogue aussi. Une ancienne collègue est même sortie de sa retraite pour prendre le téléphone et m'appeler: «Il faut que je te raconte ce qui m'est arrivé.»

Si je travaillais en marketing politique et que je me souciais de l'image de marque des services fédéraux de première ligne au Québec, je m'inquiéterais sérieusement de ce qui se passe aux frontières. L'accueil que les fonctionnaires de l'Agence des services frontaliers réservent aux citoyens qui reviennent au pays laisse à bien des gens un goût amer. «La transparence n'est pas un gage de quiétude à la douane. C'est même carrément le contraire. On passe souvent par toute la gamme des émotions. Sauf celle d'avoir l'impression de revenir à la maison», résume un lecteur, qui a apparemment vécu, comme bien des gens, des expériences pour le moins inconfortables.

Dans une province où une proportion importante de la population n'est pas particulièrement attachée au comptoir de services qu'est le gouvernement fédéral (si vous voulez voir ce que je veux dire ici, ce commentaire d'un lecteur: «Fière d'avoir le passeport canayen? Fière d'être gouvernée par les autres?»), on croirait que celui-ci soignerait un peu plus ses liens concrets avec ses citoyens. Pas tant pour être aimé que respecté.

Or, la douane, porte d'entrée, est un arrêt pénible pour bien des gens («C'est plate, d'avoir l'impression d'être un bandit», écrit un lecteur). Un moment d'humiliation, d'absurdité, une perte de temps, une fiente bureaucratique sur des moments quand même importants pour plusieurs: l'accueil, le retour chez soi.

Évidemment, il y a des choses à contrôler à l'entrée au pays. Drogues, armes, criminels en fuite... La douane est un portillon utile pour surveiller, bien des lecteurs l'ont aussi souligné. On s'entend. Mais pour demander aux consommateurs ce qu'ils ont acheté durant leur séjour en France ou aux États-Unis? En quoi cela regarde-t-il les douaniers, qu'on ait utilisé notre argent pour acheter des livres, une casquette de baseball ou un iPod rose bonbon? Et que je sois allée voir ma cousine ou mon ex-collègue? Toutes ces questions très précises sur nos achats et sur nos allées et venues, cette mini-enquête sur notre vie en voyage exigeant des réponses qui peuvent être retenues contre nous n'ont pas d'allure. Bien plus absurde qu'un sondage, confidentiel, de recensement...

Autre constatation généralisée: déclarer des achats dépassant les exemptions de droits et taxes, donc être transparent à cet égard, déclenche un processus d'inspection et de contrôle plus musclé que lorsqu'on affirme avoir respecté les limites. Bien des lecteurs, d'ailleurs (et des amis aussi!) s'en sont fatigués et avouent, aujourd'hui, ne plus rien déclarer, simplement pour éviter la fouille. «La leçon à retenir des douaniers: ne soyez pas trop honnête. Trop, c'est comme pas assez. Ça se revire contre vous», écrit un lecteur. Cette pratique, donc, pousserait à la délinquance. (Un lecteur m'a même conseillé de décoller les étiquettes des bons vins pour les remplacer par des étiquettes de vins bon marché!)

En fait, ce qui est difficile à comprendre et ce qui ajoute une note kafkaïenne à notre système frontalier, c'est pourquoi les gens qui déclarent des emplettes supérieures aux plafonds seraient plus à risque de frauder le système que les autres. Ils déclareraient des achats pour en camoufler d'autres? C'est absurde. D'autant plus que, maintenant, tout le monde semble être au courant que la déclaration de dépassement entraîne une «inspection secondaire» et, donc, que, statistiquement, on court moins de risque d'être fouillé en ne déclarant rien.

Tout le système ne devrait-il pas être basé sur la surprise? Parfois on est fouillé, parfois pas, qu'on déclare ou pas.

Bref, l'Agence a un peu d'autocritique à faire. Et le gouvernement aussi. Car ces limites de deux bouteilles de vin par personne et de valeurs d'achats ridicules, elles servent à quoi au juste? Ou plutôt à qui?