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Le blues du «pépère man»

Le crachin quasi permanent, qui menace à tout... (Photo Olivier Jean, Archives La Presse)

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Le crachin quasi permanent, qui menace à tout moment de se transformer en grésil ou en neige fondante, déprime notre chroniqueur.

Photo Olivier Jean, Archives La Presse

On a changé d'heure. Je ne sais jamais si ça signifie avancer ou reculer, gagner ou perdre. Ce que je sais, en revanche, c'est que le blues est à nos portes, et qu'il va bientôt passer. Le cafard a déjà le pied dans l'entrebâillement. Pendant que je bâille, justement.

Je ne sais pour quelle obscure raison l'automne représente pour certains la plus belle saison, comme dirait Daniel Bélanger. Mais je les envie d'apprécier ainsi la vie dans ses nuances de gris. Le crachin quasi permanent, qui menace à tout moment de se transformer en grésil ou en neige fondante. Le froid humide qui fait claquer les os. Les feuilles qui meurent, entraînant le reste dans leur suite funèbre. Une douche froide sur mon bonheur.

Dehors novembre, chantait Dédé Fortin. Le mois des morts a commencé par la Toussaint et la commémoration des fidèles défunts. Période glauque que certains accueillent pourtant comme une joyeuse libération du joug estival et de son festival de la canicule.

Plusieurs fois cette semaine, j'ai eu l'impression au petit matin de me réveiller en pleine nuit, accueilli par un ciel anthracite peu amène. Pas l'ombre d'une lumière en regardant par la fenêtre. Je serais resté au lit une heure de plus. Est-ce que je l'ai gagnée ou perdue, ce matin ? Je ne sais plus. Ai-je avancé ou reculé ? Bientôt, il fera nuit à 16 h 30. Et je crains le pire.

Je combats le spleen, comme dirait Stefie Shock. À l'instar d'environ 18 % de mes concitoyens du Québec, je présente des symptômes de déprime saisonnière.

Je dors mal, je suis plus somnolent et irritable. J'ai davantage d'appétit et moins d'énergie. J'arrive plus difficilement à me concentrer, j'ai le moral près des talons et un semblant de dessus de muffin qui gonfle autour de mon abdomen. Mes chemises sont serrées. À l'été, pourtant, elles m'allaient comme un gant !

J'ai ce que j'appelle le blues du « pépère man ». Les après-midi qui se terminent dans le noir (comme chante Safia Nolin) me donnent de temps en temps les bleus (comme chantait Angèle Arsenault). Mais je m'estime chanceux de ne pas faire partie des 3 % de la population pour qui cette déprime saisonnière est plus grave, aiguë et sévère. La dépression saisonnière dont ils souffrent est qualifiée de « trouble affectif saisonnier » dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

Les symptômes de la déprime et de la dépression saisonnière font généralement leur apparition à ce moment-ci de l'année. On dit le problème « saisonnier », mais il n'est évidemment pas fréquent au printemps et à l'été. Le « blues hivernal » est surtout lié aux périodes d'ensoleillement, plus courtes, qui ont un impact sur notre horloge biologique interne. La lumière, comme on sait, joue un rôle important dans la sécrétion d'hormones comme la mélatonine et la sérotonine, qui régulent respectivement les cycles de sommeil ainsi que notre humeur.

Mon humeur, au lendemain de l'Halloween, se rapprochait dangereusement de celle de Leatherface, l'antihéros de la série de films Texas Chainsaw Massacre. Aux grands maux, les grands remèdes : je suis monté sur un escabeau, chercher ma lampe de luminothérapie dans le placard, où elle accumulait la poussière, et je l'ai branchée sur la table avant d'écrire cette chronique.

« Est-ce que ça marche ? », me demandent souvent les gens à qui j'apprends que j'ai depuis des années une lampe de luminothérapie. Ça dépend ce que l'on entend par « marche ». Pour être franc, je préfère courir. Grâce au cocktail d'endorphines et de dopamine, l'exercice physique est encore ce que j'ai trouvé de mieux comme antidépresseur. Sauf qu'en novembre, j'ai plus souvent envie de rester chez moi, à regarder d'autres courir derrière un ballon à la télé, que de courir moi-même dans la pluie et le froid.

Je compte, malheureusement, parmi les quelque 40 % de Québécois sur qui la luminothérapie ne semble pas avoir l'effet escompté. J'ai pourtant une lampe de bonne qualité, achetée dans une boutique spécialisée. Sa lumière intense finit par me donner des maux de tête (un effet secondaire possible).

Pour la majorité, en revanche, la luminothérapie fonctionne bien. Ma consoeur Ève Beaudin, de l'Agence Science-Presse, a fait le tour de la question, au début de l'année, en interrogeant différents spécialistes. Elle en a conclu que le traitement était le plus efficace lorsque la luminothérapie était pratiquée quotidiennement, le matin et préférablement au réveil, pendant 30 minutes. (En soirée, la thérapie peut avoir des effets néfastes sur la qualité du sommeil.)

Attention : n'importe quelle lampe ne fait pas l'affaire ! La lampe de luminothérapie doit idéalement projeter une lumière d'une intensité de 10 000 lux et être placée à une distance de 40 ou 50 cm des yeux (ouverts) de l'utilisateur. Il faut bien sûr que la lumière entre en contact avec la rétine, mais sans que l'on fixe directement la source lumineuse.

La majorité des sujets ressentent les bienfaits de la luminothérapie dès la première semaine d'utilisation. Ou se rendent à l'évidence, malgré des essais répétés et une bonne foi inébranlable (je le jure), que les effets secondaires sont plus importants que les effets bénéfiques ou psychosomatiques.

Que faire alors ? La science offre des sources infinies de réconfort pour quiconque se donne la peine de chercher. Il se trouve que mon péché mignon, c'est le chocolat noir. J'en raffole. Certes, pour se débarrasser d'un dessus de muffin qui gonfle insidieusement au-dessus de la taille, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux. En revanche, pour contrer la déprime saisonnière, c'est un remède recommandé par la médecine moderne (sans blague). Et ça marche ! En attendant de pouvoir courir au soleil, c'est ce que j'ai trouvé de mieux pour chasser le spleen. Ça et écouter Kathleen : « Ça va bien ! Même quand il pleut, le soleil me tend la main... »




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