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Vintage à l'os

Marc Cassivi est allé voir Drake en spectacle avec... (Photo Mark Blinch, archives Reuters)

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Marc Cassivi est allé voir Drake en spectacle avec son fils à Montréal, en août dernier.

Photo Mark Blinch, archives Reuters

Fiston est monté du sous-sol cette semaine, les yeux brillants, le sourire narquois, portant mon vieux survêtement défraîchi de soccer en polyester bleu pâle de 1987. Celui avec le col évasé, les boutons pression et le nom de mon équipe inscrit le long d'une bande blanche sur chaque manche élimée.

« Tu ne m'as jamais dit que t'avais ça ? », m'a-t-il lancé tout de go. Je ne lui ai jamais dit non plus qu'au sous-sol, j'ai encore un lecteur VHS avec vidéocassettes assorties, un téléviseur à écran cathodique datant de 1989, un 33-tours de Thriller (le premier album que j'ai acheté avec mon argent de poche) et la cassette de Ride The Lightning de Metallica.

Il ne posait pas la question, comme je l'avais appréhendé, pour se moquer de moi. Mais bien pour me reprocher de ne pas lui avoir parlé des vieux « trésors » cachés dans ma caverne d'Ali Baba. « C'est exactement ce qui est à la mode en ce moment ! T'en as d'autres comme ça ? » Je lui ai suggéré de fouiller dans le dernier tiroir d'une vieille commode où j'ai conservé, par pure nostalgie, quelques maillots de foot de mon adolescence.

Il est revenu me voir au salon, un quart d'heure plus tard, pour poursuivre son défilé de mode improvisé. « Wow ! Le bleu avec les manches longues est vraiment beau ! » Je le portais justement à son âge. « Les manches sont un peu trop courtes sur le blanc... » C'était la mode à l'époque. « Celui-là est un peu trop grand, mais j'aime vraiment le design ! »

A-t-il dit que mes maillots étaient « cool » ? Je ne me souviens pas d'avoir entendu ce terme exact sortir de sa bouche, mais c'était bien l'essence de son propos. Le lendemain, il portait le survêtement vintage de mes 14 ans pour se rendre à l'école. Comme en 1987.

Le perpétuel retour des cycles de la mode est un cliché qui se vérifie. Même dans ma famille.

À 15 ou 16 ans, j'ai sorti (littéralement) des boules à mites un vieux veston de suède brun des années 70 de mon père, avec des coudières en velours d'un brun plus foncé. Le veston était troué à l'aisselle d'un côté. Je l'ai rapiécé comme j'ai pu avec une épingle à couche et je l'ai porté pendant plusieurs mois. Mon père s'est étonné à l'époque, autant que moi cette semaine, que ses reliques vestimentaires puissent retrouver leur lustre d'antan aux yeux d'un de ses fils.

Mes vêtements des années 80 sont revenus à la mode. Qui l'eût cru ? Certainement pas moi. S'il y a un courant vestimentaire que je n'aurais pas cru revoir de mon vivant, c'est bien celui-là. Dans mon esprit, il n'y a pas de décennie plus kitsch, clinquante et de mauvais goût que les années 80. Les chemises pastel, les chandails de coton ouaté, les jeans à taille haute délavés, les pantalons de jogging bouffants, les espadrilles blanches. Et pourtant, c'est ce que portent bien des milléniaux de mon quartier. Il n'y a encore que le fluo qui n'a pas fait son grand retour...

À l'adolescence, j'ai relégué aux oubliettes les ballades sirupeuses, les mélodies de synthétiseurs Casio et les échos de batterie électronique de mon enfance, dès que j'ai découvert, dans la discothèque de mon père, des albums de Led Zeppelin et de Jimi Hendrix. Je me suis plongé dans le rock des années 70 avant d'embrasser le grunge, au tournant des années 90, comme une libération.

Aujourd'hui, non seulement la mode vestimentaire, mais encore les sonorités des années 80 sont de nouveau dans le vent.

On n'a qu'à écouter les plus récents albums de Peter Peter, d'Hubert Lenoir ou de Christine and the Queens pour s'en convaincre. Les années 80 sont encore plus cool, semble-t-il, pour ceux qui n'y étaient pas que pour ceux qui, comme moi, n'en gardent pas un si bon souvenir. On idéalise souvent ce que l'on n'a pas connu.

Si Fiston a un soudain intérêt pour ce que je portais à son âge, les années qui, pour moi, ont été les plus cool ne lui disent en revanche absolument rien. « Pas encore ta musique des années 90 ! », me dit-il chaque fois que j'ai le malheur d'écouter un album des Pixies ou de Radiohead, ou de m'enthousiasmer parce que je suis tombé par hasard (cette semaine, sur Spotify) sur une collection de chansons de Neutral Milk Hotel, Pulp, Björk, Beck, Elliott Smith, Yo La Tengo, Jeff Buckley et Tori Amos.

C'est scientifiquement prouvé, l'évolution des préférences musicales de l'être humain moyen plafonne autour de ses 27 ans. Par la suite, il est moins interpellé par ce qu'il entend, préférant se référer à la bande sonore de sa jeunesse, pour des motifs nostalgiques qui s'expliquent par la neuroscience. J'avais 27 ans au tournant du millénaire. Fiston n'était pas né.

Lui qui a été biberonné aux chansons de Pierre Lapointe, de Jean Leloup et d'Ariane Moffatt - et qui connaissait par coeur Emmenez-moi de Charles Aznavour à 4 ou 5 ans - n'écoute pratiquement plus que du hip-hop : les plus récents albums du Français MHD, de Drake, que nous avons vu en concert il y a quelques semaines, ou de Koriass, qu'il a vu le week-end dernier.

Ses horizons musicaux ne sont pas fermés. Il ne rechigne pas à ce que je lui fasse découvrir des classiques de IAM, Muzion ou Public Enemy. Mais même si nous nous entendons sur les mérites de Kendrick Lamar, de façon générale, il trouve que j'écoute de la musique « passée de mode ». Et il ne se gêne pas pour me le dire...

Je me console en me disant qu'au moins, à ses yeux, mes vieux habits sont rendus vintage à l'os.




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