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Le musée de la vision étriquée

Musée canadien des civilisations.... (Archives, LeDroit)

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Musée canadien des civilisations.

Archives, LeDroit

Sous un autre gouvernement, la nouvelle n'aurait sans doute pas fait autant de vagues ni suscité autant de méfiance et de scepticisme.

Le gouvernement Harper a confirmé hier qu'il déposerait un projet de loi afin que le Musée canadien des civilisations, situé à Gatineau, change de vocation et devienne le Musée canadien de l'histoire.

Le changement de vocation, qui nécessitera un investissement de 25 millions, s'inscrit dans la préparation des célébrations du 150e anniversaire du Canada en 2017, a précisé hier le ministre du Patrimoine, James Moore.

La nouvelle, éventée samedi par le confrère du Globe and Mail Daniel Leblanc, soulève depuis l'ire des partis d'opposition, qui ont accusé le gouvernement d'instrumentaliser l'histoire canadienne à des fins partisanes.

Je ne suis pas convaincu que le patriotisme du gouvernement conservateur se fasse au détriment du Parti libéral ou du Nouveau Parti démocratique. Mais il y a certainement lieu de s'inquiéter, comme le font les partis d'opposition, que le gouvernement Harper poursuive son opération de «redéfinition des symboles nationaux». Surtout lorsqu'on constate le zèle avec lequel il s'emploie à célébrer l'histoire de la monarchie au Canada.

Le gouvernement conservateur a bien contribué, récemment, avec sa monomanie monarchique, à alimenter le cynisme de tout un chacun. Il a multiplié les portraits d'Élisabeth II dans ses ambassades et ses consulats, a fait remplacer des tableaux d'Alfred Pellan par des portraits de la reine au ministère des Affaires étrangères, a rebaptisé la Marine royale canadienne et l'Aviation royale du Canada, en plus de dépenser des millions pour commémorer la guerre de 1812 (ce qui a eu pour seul effet de rameuter deux pelés et trois tondus lors d'une célébration de cette bataille au Québec).

Le Musée canadien des civilisations accueille quelque 1,2 million de visiteurs annuellement. L'ancien Musée de l'Homme (renommé ainsi en 1986) consacre déjà une grande partie de ses ressources à souligner l'histoire du Canada et la contribution de ses peuples fondateurs. Actuellement, une exposition intitulée Une reine et son pays célèbre les 60 ans de règne de celle qui reste la chef d'État du Canada. Ce qui n'empêche pas le Musée de proposer une autre exposition d'envergure sur la civilisation maya.

Pourquoi modifier, afin d'en réduire la portée, le mandat de l'un des musées les plus populaires au pays? Pourquoi y investir des dizaines de millions de dollars alors qu'un changement de vocation n'a été souhaité par personne? Pourquoi changer une «formule gagnante», sinon pour y imposer une idéologie politique?

Ces questions se posent légitimement. Car les sommes consacrées à la culture par le gouvernement Harper n'ont cessé de diminuer et de nombreux organismes ont vu leurs budgets fondre, sans soleil, depuis que les conservateurs sont au pouvoir.

Selon une étude de la Conférence canadienne des arts (CCA), publiée le mois dernier, le financement du ministère du Patrimoine et des agences culturelles a été amputé de 200 millions de dollars (6,1%) dans le dernier budget fédéral. Toutes les organisations observées par la CCA ont subi une baisse de leur financement, à l'exception du Musée canadien de la nature. En 2011, on évaluait la réduction des investissements en culture par le gouvernement conservateur à 177 millions de dollars (4,5%).

Dans un tel contexte, comment justifier un investissement de 25 millions dans un projet que personne n'a réclamé, alors que les fonds sont de plus en plus rares pour des institutions existantes qui en ont grand besoin?

La construction de tout nationalisme passe par des symboles. Le Parti libéral du Canada, à l'origine du scandale des commandites, en sait quelque chose. Un musée canadien de l'histoire est certainement un symbole patriotique pour le gouvernement Harper. Doit-on craindre qu'il se transforme, sous la pression politique, en musée de la propagande conservatrice?

Même si la direction du Musée des civilisations assure qu'elle demeurera indépendante du gouvernement, il y a lieu de rester vigilants. Parce qu'il y a d'innombrables précédents. En 2008, le gouvernement Harper a sacrifié des programmes de soutien aux artistes et d'aide aux tournées étrangères pour mieux investir dans la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Vancouver. On se souvient de cette bouillabaisse patriotique. Mes yeux et mes oreilles en saignent encore lorsque j'y pense...

Dans le monde muséal, les avis sur le changement de vocation du Musée des civilisations semblent partagés. Certains voient d'un bon oeil cet investissement d'argent frais dans une institution canadienne. D'autres craignent que cette décision ne soit qu'une nouvelle preuve de la forte inclination monarchique du gouvernement Harper.

Ce que ce changement de mandat souligne surtout, à mon sens, c'est la vision étriquée que le gouvernement conservateur a de la culture. Une vision fondée notamment sur un patriotisme de vieille garde, au détriment d'une ouverture sur le monde incarnée par le Musée des civilisations.

C'est peut-être, fondamentalement, ce qu'il y a de plus inquiétant dans cette histoire.




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