Au Ritz-Carlton, pour le cocktail d'ouverture du 37e Festival international du film de Toronto, jeudi, on servait des huîtres et de la poutine. Les frites, la sauce brune et le fromage qui fait «squick-squick» ont la cote au pays du TSX. Le nec plus ultra du chic et du bon goût. Ben cou'donc.

Mis à jour le 8 sept. 2012
Marc Cassivi LA PRESSE

Avant mon départ, ma patronne m'a intimé de rendre compte des soirées du Festival. L'ambiance des fêtes, le pouls des bars, les tendances culinaires et vestimentaires... Je suis un valeureux chevalier de l'information. J'ai mon honneur. Je n'ai pas dit non.

J'ai commencé jeudi par faire faux bond à mes confrères critiques torontois, qui m'avaient convié à leur pot d'accueil. Conflit d'horaire. Ailleurs, on me proposait un cocktail et un dîner en compagnie des artisans du magnifique film De rouille et d'os, Jacques Audiard, Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts. Des patronymes qui riment, on ne résiste pas à ça. Mes confrères ne m'en voudront pas d'avoir pensé «Better People», comme on dit à Toronto, en leur préférant la belle Marion.

La soirée a donc commencé chez Michael's, rue Simcoe, avec une coupe de champagne servie par une grande blonde en tailleur noir, impossible à distinguer de toutes les autres grandes blondes en tailleur noir qui l'accompagnaient. «Gracieuseté de (un célèbre fabricant de champagne qui commanditait la fête)», m'a précisé la serveuse, en me tendant une coupe opaque et dorée, grosse comme un calice. L'équivalent, il m'a semblé, d'un quart de bouteille ou presque. Ouf!

La belle Marion n'était pas encore arrivée - «fashionably late», comme on dit à Toronto - que j'ai dû quitter la rue Simcoe. Il y avait un tapis rouge à observer devant le Roy Thomson Hall, des informations pertinentes à colliger, une chronique mondaine à rédiger. J'ai sifflé ma coupe de champagne seul, en pure perte, et j'ai mangé des pâtes en vitesse. C'était déjà mieux que la pointe de pizza au fromage du midi, enfouie machinalement en faisant la queue pour le film de Ben Affleck.

J'ai repensé au Festival de Cannes, où j'ai découvert la dernière oeuvre d'Audiard. Pas tant au film lui-même qu'au repas, offert par le Festival, qui l'avait précédé. Une royale de morilles au vin jaune, crème double à la truffe, un foie gras poêlé ainsi qu'un jarret de veau du Limousin cuisiné 24 heures, accompagné d'un verre de Pauillac. Ah la France!

J'ai une mémoire du ventre. Mes souvenirs sont liés à des odeurs, des textures, des saveurs. Je n'y peux rien, c'est comme ça. Et quand je suis seul dans un party, j'ai le réflexe de manger. Tout ce qui me passe sous le nez. En fin de soirée jeudi, c'était des rouleaux impériaux, des dim sum, des rouleaux de printemps, des brochettes de tofu...

La direction du TIFF avait déplacé sa fête d'ouverture au Air Canada Centre, antre des Maple Leafs, après 11 ans de partys et de trajets de taxi coûteux jusqu'au Liberty Grand, pratiquement en banlieue de Toronto.

Nous étions quelques dizaines à faire le pied de grue devant la grille, avant 22 h. Groupe dépareillé assez comique à observer. Des curieux sans invitation, de jeunes femmes pomponnées à outrance, comme pour leur bal de fin d'études, des journalistes en t-shirt, leur accréditation bien en vue autour du cou.

Au bout d'une demi-heure de petites bouchées, j'ai enfin compris qu'il y avait une thématique asiatique à cette soirée. La chose était d'autant plus évidente que deux starlettes de l'Asie du Sud-Est, en robe moulante écarlate, juchées sur des talons aiguilles, faisaient la ronde en espérant attirer l'attention d'un quelconque producteur.

Le Festival attendait quelque 3000 invités. Il a dû en accueillir à peu près autant à cette fête qui s'étalait du hall du ACC (comme on dit à Toronto), sous la lumière crue des néons, à la place des Maple Leafs, dehors en face, jusqu'aux différents bars, accessibles par un dédale de couloirs où l'on servait des canapés français, reconnaissables à l'odeur du fromage.

Bizarre de soirée dans une ambiance de centre commercial. J'ai fini par trouver mon compte au Eleven, un resto-bar où l'on servait de petites huîtres crémeuses, venues de l'État de Washington, mais sans accompagnement de poutine.

«Avez-vous vu des vedettes?», m'a demandé plus tard le chauffeur de taxi, coincé dans un autre bouchon. Pas la moindre trace d'Emily Blunt, de Bruce Willis ou de Marion Cotillard, pourtant tous en ville. Il a eu l'air déçu.

Une autre fête m'attendait. Celle donnée en l'honneur du film On the Road, de Walter Salles, d'après le roman de Kerouac. Il était plus de minuit. Autour du Bell Lightbox, le quartier général du Festival, il y avait foule comme en plein après-midi. De l'animation comme on ne s'imagine pas qu'il peut y en avoir, en semaine, à Toronto. Certains préjugés sont tenaces.

C'était une petite fête intime, rencontre impromptue avec des amis et collègues québécois. J'ai bu un dernier verre, un cocktail blanchâtre au goût âcre, dont je ne saurais identifier la composition.

Devant le bar, rue King, les cameramen et les photographes espéraient sans doute la venue de Kirsten Dunst, qui n'a qu'un petit rôle dans le film, mais suscite un grand intérêt auprès des paparazzi. La rumeur veut qu'elle se soit pointée quelques minutes après mon départ.

À mon hôtel, à quelques kilomètres au nord, loin de toute forme de luxe, je me suis couché en écoutant mon voisin de chambre ronfler à travers le mur. Convaincu que la belle Marion n'avait pas à subir pareil sort. Même si, comme on dit à Toronto, «Stars, they're just like us». La preuve étant qu'ils mangent même de la poutine.

Pour joindre notre chroniqueur : mcassivi@lapresse.ca