Marc-André Lussier LA PRESSE

Avouez que la nouvelle avait quand même de quoi surprendre un peu. L'endroit qu'avait choisi la direction du Festival de Toronto pour effectuer son annonce - le Temple de la renommée du hockey - avait beau servir d'indice, peu de gens s'attendaient à ce qu'une comédie musicale inspirée de notre sport national soit retenue pour lancer la plus importante manifestation cinématographique d'Amérique du Nord en septembre.

Le titre? Score: A Hockey Musical. Vous n'en aviez jamais entendu parler avant? Moi non plus. Le profil de cette réalisation de Michael McGowan était jusqu'ici à peu près aussi bas que celui de Tom Pyatt dans les rangs du Canadien.

Je n'ai rien contre le mélange des genres, remarquez. Après tout, la série Battle of the Blades, où des joueurs de hockey s'adonnent au patinage artistique devant les caméras de la CBC, est une vraie réussite.

Les organisateurs du TIFF promettent de bien faire vibrer la fibre canadienne en célébrant de façon ludique un sport qui allume le flambeau de la fierté nationale d'un océan à l'autre. Soit. Je trouve quand même dommage que ce film nous arrive avant que quelqu'un n'ait songé à monter Slap Shot ou Lance et compte en comédie musicale. Mon fantasme de voir un jour les Denis Drolet enfiler les patins des frères Hanson en poussant une mélodie de Félix Gray vient de déguerpir aussi vite que ne l'a fait Halak de Montréal. Tout comme celui d'entendre Pierre Lambert chanter à pleins poumons le grand aria du «Sacrament Ginette»...

Très critiquée l'an dernier pour avoir ouvert le festival avec un (mauvais) film britannique (Creation), l'organisation du TIFF reprend sa tradition en lançant un long métrage canadien, quitte à se contenter, cette journée-là, d'une couverture médiatique essentiellement locale. Olivia Newton-John, icône de jeunesse, faisant partie de la distribution de Score, on peut cependant présumer un intérêt un peu plus soutenu des membres de la presse internationale. Il n'est toutefois pas dit que les petites «stepettes» des joueurs sur la glace ou dans le vestiaire parviennent à les convaincre. Mais sait-on jamais. Peut-être entonnerons-nous tous ensemble le refrain de la chanson finale en scandant les paroles écrites par le cinéaste: «We are proud Canadians, hockey's in our DNA!»

Le Québec dans le monde

Après Catherine Martin et Patrick Demers, dont les nouveaux films Trois temps après la mort d'Anna et Jaloux ont été présentés au Festival de Karlovy Vary en République tchèque, c'est maintenant au tour de Denis Côté et Maxime Giroux de jouer nos ambassadeurs. Le Festival de Locarno, qui se déroulera du 4 au 14 août, présentera en primeur mondiale les plus récentes offrandes des cinéastes québécois. Côté, un habitué du festival suisse (prix de la mise en scène en 2008 grâce à Elle veut le chaos), y présentera en compétition internationale Curling, de même que, parallèlement, Les lignes ennemies, un moyen métrage. Jo pour Jonathan, le nouveau film de Maxime Giroux (Demain), a été sélectionné dans «Cinéastes du présent», une catégorie consacrée aux premiers et deuxièmes longs.

Sous le nouveau directeur artistique Olivier Père, auparavant délégué général de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, Locarno se positionne résolument comme la vitrine du cinéma indépendant en Europe.

«Malgré la facture très différente des oeuvres que j'ai présentées à Locarno, mon travail a toujours été encouragé et respecté, a déclaré Denis Côté. Sans ce festival, mes films n'auraient pas obtenu la même visibilité internationale. Locarno est un festival de cinéphiles.»

Un coup d'oeil sur la programmation de Locarno confirme cette volonté d'éclectisme et d'expérimentation. On y trouve deux oeuvres en compétition dont la vedette est François Sagat, une star de la porno gaie. De la même manière que Catherine Breillat (Romance) avait fait appel aux services de Rocco Siffredi en 1999, Christophe Honoré (Les chansons d'amour) a invité Sagat à tenir le rôle principal de son film L'homme au bain. L.A. Zombie, du Canadien Bruce LaBruce, arpente des territoires non moins habituels pour le «performer», avec une intrigue évoquant des morts vivants dans le milieu gai de Los Angeles. M'est avis que ce sera un tout petit peu plus sanglant que le curling. Ou le hockey de fantaisie.