Marc Cassivi LA PRESSE

On l'attendait depuis presque deux ans. Le voilà enfin. Mesrine, le diptyque de Jean-François Richet sur le célèbre brigand qui a marqué l'histoire criminelle de la France et du Québec, était présenté en première québécoise, hier soir, dans le cadre du Festival Fantasia.

L'instinct de mort, premier volet inspiré de l'autobiographie éponyme de ce bandit aux neuf vies, prendra l'affiche le 13 août, et sera suivi, le 27 août, par L'ennemi public no 1.

Quatre millions de spectateurs en France à sa sortie à l'automne 2008, trois Césars, dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur acteur (pour Vincent Cassel), Mesrine, une coproduction franco-québécoise tournée en partie ici avec des acteurs québécois (Roy Dupuis, Gilbert Sicotte, entre autres), aura mis un temps fou à arriver sur les écrans québécois.

Problèmes de distribution internationale, mésentente entre coproducteurs: on a même craint un moment que le film ne prenne jamais l'affiche au Québec. Présenté en primeur mondiale en septembre 2008 au Festival de Toronto, il devait pourtant être diffusé en même temps de part et d'autre de l'Atlantique. Le délai nuira-t-il à la carrière québécoise du film? Qui sait.

J'ai vu le premier volet du diptyque hier. Première impression: j'aurais pris le deuxième volet dans la foulée. L'instinct de mort est le récit haletant des débuts dans le crime d'un petit voyou, à son retour à Paris de la guerre d'Algérie, jusqu'à sa détention au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, à Laval, d'où il s'évade pour braquer d'autres banques.

Entre ces deux dates, 1959 et 1972, Jacques Mesrine devient le criminel imprévisible que l'on connaît, rappliquant sur les lieux de ses précédents braquages, attaquant la prison dont il s'est évadé, devenant l'ennemi public no 1 du Canada, puis bientôt, de la France.

Sa biographie filmée, classique et pour le reste chronologique, commence par la fin. Celle que Mesrine n'a pu décrire dans le détail, mais qu'il a néanmoins prévue dans L'instinct de mort. «Quand un homme vit par les armes, la violence et le vol, c'est très rarement qu'il meurt dans son lit», écrit-il alors qu'il est détenu dans une prison française, au milieu des années 70.

Son autobiographie, énorme succès de librairie, paraît en 1977. Mesrine s'évade de nouveau de prison quelques mois plus tard, afin d'y ajouter quelques chapitres.

Le 2 novembre 1979, après trois évasions spectaculaires, un nombre indéterminé de meurtres, plusieurs enlèvements et encore plus de vols à main armée, Jacques Mesrine, 42 ans, est abattu d'une vingtaine de balles tirées à bout portant, au volant de sa BMW, porte de Clignancourt à Paris. La police française, narguée depuis des années par le fugitif, l'exécute en plein jour.

Une fin tragique, presque cinématographique, pour un «gangstar» attiré par les feux de la rampe. Le premier volet du film de Jean-François Richet rend justice à cette dimension du personnage. Charismatique, énigmatique, médiatique, controversé, intelligent, opportuniste, dangereux, archiviolent. Un psychopathe séducteur qui a nourri son mythe à force de coups d'éclat suicidaires.

On ne s'étonne pas que le cinéma se soit intéressé à ce flamboyant personnage. Si Mesrine a mis presque deux ans à arriver au Québec, l'histoire de cette biographie filmée est vieille, elle, de quelque 30 ans. Dès la publication de L'instinct de mort en 1977, Jean-Paul Belmondo achète les droits d'adaptation pour le cinéma de ce récit improbable. Comme le racontent les journalistes Jean-Pierre Lavoignant et Christophe d'Yvoire dans Mesrine, 30 ans de cavale dans le cinéma, ce «projet maudit» intéresse ensuite une pléiade de cinéastes (dont Barbet Schroeder, Michel Audiard, Costa-Gavras et Mathieu Kassovitz).

La réalisation de Jean-François Richet, révélé grâce à État des lieux et Ma 6-T va crack-er au milieu des années 90, est certainement à la hauteur du personnage de Mesrine et de sa longue cavale. Fluide malgré un montage rapide, bien rythmé, sans excès. Vincent Cassel, avec son jeu physique, enjôleur, nerveux, traduit admirablement à l'écran l'esprit fauve de cet homme atypique, convaincu que son destin se trouve dans le crime violent.

Le scénario de L'instinct de mort, signé Abdel Raouf Dafri (l'un des scénaristes d'Un prophète), sans faire l'apologie de Mesrine, le pose toutefois un peu en victime, en particulier du milieu carcéral. Selon cette biographie filmée et romancée, la violence de Mesrine, décoré à la guerre, trouverait son fondement en Algérie. Son emprisonnement au Québec, dans des conditions dégradantes, en serait la bougie d'allumage.

Après un dernier plan en compagnie de Cassel et Roy Dupuis, qui incarne avec grande justesse Jean-Paul Mercier, le complice québécois, on nous laisse pratiquement entendre que Mesrine a provoqué à lui seul une réforme du système pénitencier canadien. S'il n'est pas campé en Robin des bois, il l'est certainement en Robin des prisons. On est au cinéma après tout...