Marc Cassivi LA PRESSE

Les titres de son dernier album (Resistance) et de sa chanson la plus connue (Alive Again) sont à ce point prémonitoires que j'avais oublié s'ils dataient d'avant ou d'après la mauvaise nouvelle.

Ce soir au Métropolis, Maxime Morin, alias DJ Champion, fait un retour attendu sur scène dans le cadre du Festival international de jazz. Il y a un an presque jour pour jour, on lui a diagnostiqué un cancer du sang, un lymphome. À 40 ans.

Il y a un an justement, je l'ai croisé en vélo, en route vers le spectacle de l'Autre Saint-Jean, au parc Pélican. Celui où s'étaient excités quelques radicaux de la langue française. On avait jasé un peu, de tout et de rien. Il est du type doux, réservé et affable, l'ex-Mad Max. Cool à en redéfinir le terme.

Se savait-il déjà atteint d'un cancer? Je n'en sais rien. Il est d'une discrétion absolue. Il n'avait pas l'air affaibli, les cheveux longs au vent, filant à bicyclette sur la piste qui longe la rue des Carrières. Toujours se méfier des apparences.

Quelques jours plus tard, son entourage annonçait la nouvelle de sa maladie, et en conséquence, l'annulation de tous ses spectacles. Silence radio. Fin janvier, Champion faisait savoir par l'entremise de son site web qu'il était officiellement en rémission. «Pour l'instant, je n'accorderai aucune entrevue. Je suis guéri, c'est pas mal ça la nouvelle!», avait-il écrit, provoquant, malgré lui, une nouvelle vague de sympathie.

On était sans nouvelles depuis. J'ai appris, par quelques amis communs, que le moral était bon. Puis, en avril, on a annoncé son retour à la scène, au Festival de jazz, où il avait offert un concert mémorable, sous la pluie, en 2005, dans la foulée du succès énorme de son album Chill'Em All (vendu à plus de 100 000 copies).

Les retrouvailles, forcément émouvantes, auront lieu ce soir et demain au Métropolis. «Son» Métropolis, lieu de nombreuses soirées électriques sous la gouverne de ce DJ/guitariste/chef d'orchestre à l'énergie contagieuse. En compagnie de ses G-Strings, bien sûr, qui interpréteront l'essentiel des pièces de Resistance, sorti à l'automne 2009. Le groupe remettra ça au Festival d'été de Québec et à la Fête du lac des Nations de Sherbrooke, dans deux semaines.

On peut s'attendre, à l'évidence, à une ambiance de fête. Il ne peut en être autrement avec Champion. Le grand sourire de satisfaction, la tête dodelinant à un rythme constant, le contentement tout simple de partager une passion, de faire danser et chanter en choeur, d'être un vecteur de bonne humeur.

Un contentement doublé pour l'occasion d'un soulagement. Celui d'avoir franchi une épreuve. De se retrouver enfin sur scène, devant un public qui ne demande que ça, après un an en suspens. Conscient, plus que quiconque sans doute, de la fragilité des choses. Et du bonheur, précieux, d'être encore en vie.

Une coïncidence?

Ce n'est sûrement qu'une coïncidence... Le festival de théâtre Summerworks a appris la semaine dernière que la subvention annuelle qu'il reçoit du ministère du Patrimoine n'a pas été renouvelée, à moins d'un mois et demi de son ouverture à Toronto.

La coïncidence? L'an dernier, la direction du festival avait été durement critiquée par le bureau du premier ministre parce qu"elle avait programmé une pièce de Catherine Frid, Homegrown, inspirée de la rencontre de la dramaturge avec Shareef Abdelhaleem, condamné pour terrorisme en 2008 avec 17 autres coaccusés, pour avoir comploté des attentats dans la région de Toronto.

«Nous sommes extrêmement déçus que de l'argent public soit utilisé pour financer une pièce qui glorifie le terrorisme», avait déclaré un porte-parole de Stephen Harper... sans avoir vu la pièce.

Le premier ministre lui-même avait cru bon ajouter qu'une majorité de Canadiens considérerait odieuse toute oeuvre faisant l'apologie du terrorisme. La direction du festival s'était défendue de ces accusations et avait invité le premier ministre à constater en personne que ladite pièce n'était d'aucune manière sympathique au terrorisme.

La subvention fédérale d'environ 45 000$ que reçoit Summerworks depuis cinq ans correspond au cinquième du budget de l'événement, qui devra trouver d'urgence d'autres sources de financement. Ce genre de subvention n'est pas automatique et la direction du festival se garde bien sûr d'établir un lien direct entre la controverse et le refus du gouvernement de renouveler sa subvention.

Il reste qu'il y a lieu de se poser des questions. La direction de Summerworks dit avoir été encouragée par le ministère du Patrimoine, l'an dernier, à faire une demande de subvention récurrente. C'était avant la controverse de la «pièce terroriste». Le timing de ce refus de subvention, comme on dit dans les cercles littéraires de Stratford, est pour le moins douteux.

Le gouvernement de Stephen Harper a une fâcheuse réputation en matière de censure directe et indirecte d'événements culturels. Ce qui ne semble pas l'inquiéter le moindrement. C'est justement ce qui devrait nous inquiéter le plus. À moins bien sûr que tout cela ne soit qu'une bête coïncidence.