Publié le 21 févr. 2012
Marc Cassivi LA PRESSE

Une flaque épaisse de sang atterrit dans la baie vitrée, sous le regard horrifié d’une jeune fille accompagnée de son père. Sang visqueux s’étant échappé, au ralenti, de la bouche d’un Goon, dans le film du même nom.


J’ai ri sans retenue de cette image, condensé de l’humour politiquement incorrect, à forte dose de second degré, de ce film canadien sur le hockey, qui prend l’affiche vendredi, et dont la première médiatique avait lieu hier soir à Montréal.


Film de hockey... Il faut le dire vite. Goon est un film de hockey par la bande. On pourrait tout aussi bien parler d’un film de boxe. Son protagoniste, Doug Blatt (Seann William Scott), ancien videur de bar reconverti en dur à cuire, sait à peine tenir sur ses patins. Il cogne en revanche comme Mike Tyson avant sa rencontre avec Buster Douglas (avec sensiblement le même éclat d’intelligence dans le regard).


Doug Blatt n’est pas brillant, ni dans la vie ni au hockey, mais il a grand cœur et se donne corps et âme (corps, surtout) pour son équipe. Il protège la vedette nonchalante de son club, Xavier Laflamme (Marc-André Grondin), sorte d’Alexandre Daigle générique, tel un Dave Semenko. Et sacrifie jusqu’à son visage pour empêcher la rondelle de franchir la ligne rouge.

Celui-là, Don Cherry le repêcherait sans hésiter s’il était DG.

Je ne recommanderai pas Goon à ma mère, pour les mêmes raisons que je ne lui ai pas recommandé Jackass, Knocked Up ou encore Bridesmaids, qui m’ont fait rire aux larmes. La comédie régressive est un genre particulier qui ne convient pas à tous. Surtout lorsqu’elle combine le scatologique et la violence.


Goon, personne n’en sera surpris, ne saurait être confondu avec Gandhi, de Richard Attenborough, même s’il s’agit de deux longs métrages dont le titre commence par la lettre G. Mais j’oserai écrire ceci : à mon sens, le lauréat de huit Oscars en 1983 et le film de Michael Dowse (Fubar) ont en commun de prôner la non-violence. Oui, oui, vous avez bien lu.


Loin de faire l’apologie des bagarres, Goon propose une vision désolante du hockey professionnel (des ligues mineures), dont il se moque allègrement, à dessein, en le caricaturant à outrance. Certains commentateurs sportifs ont d’ailleurs regretté ce portrait peu flatteur de notre sport national, avant même d’avoir vu le film. Un exercice toujours périlleux...


Je n’irai pas jusqu’à dire que sous l’épaisse couche de testostérone et de blagues salaces, d’effluves de sang et de dents arrachées, se dissimule une fine critique sociale des méfaits de la violence dans le sport, des échecs de notre système d’éducation et des excès de la société de consommation. Goon fait dans l’humour gras de gars. Mais il ne fait pas que ça. Ce film n’est peut-être pas une dénonciation en bonne et due forme de la violence au hockey, mais à tout le moins une démonstration par l’absurde de l’ampleur de cette violence.


Alors que, dans un autre contexte, on parlerait de voies de fait susceptibles de poursuites criminelles, on permet, sous prétexte d’un cadre sportif, que des hockeyeurs se défigurent à poings nus sur une patinoire. Comme au Colisée, dans le temps. Celui de Rome, s’entend.


Ces combats ne sont pas banals. Des jeunes s’en excitent et s’en inspirent sur la glace, quand ce ne sont pas leurs parents, dans les estrades. Les exemples de dérapage de ce genre sont trop nombreux.


Goon, comme Slap Shot qui l’a inspiré il y a presque 35 ans, veut avant toute chose faire rire des adolescents attardés, fans de hockey, de mon acabit. Ce qu’il réussit notamment en se montrant juste assez délinquant, grâce à des dialogues d’une vulgarité rarement atteinte dans le cinéma canadien (dans la version doublée en joual, on utilise le vocable « noune » plutôt que « plotte » ; notre langue s’étant passablement raffinée depuis 1977).


Le film du Néo-Montréalais Michael Dowse, inspiré du récit de la carrière du dur à cuire Doug Smith, a beau souligner à gros traits sa culture de la violence – célébrée par la LNH dans sa promotion du sport –, il témoigne aussi d’une réelle affection pour le hockey.


L’acteur montréalais Jay Baruchel (The Trotsky), coscénariste de Goon avec Evan Goldberg (Pineapple Express, Superbad), est un indéfectible fan du Canadien. On le soupçonne même de toujours habiter son quartier de Notre-Dame-de-Grâce, malgré l’appel des sirènes hollywoodiennes, parce qu’il ne veut pas trop s’éloigner du Centre Bell.


Faut-il condamner l’image que Goon nous renvoie du hockey ? Au contraire. Il faut en prendre acte. Et en rire. Même si, en réalité, ce n’est pas drôle.

 

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