Mauvais automne pour le chef libéral Philippe Couillard, qui semble manquer étrangement de sens politique - une qualité qui n'a pas nécessairement à voir avec l'intelligence et la culture, comme l'a démontré l'aventure de Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral fédéral.

Publié le 23 nov. 2013
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Sa volte-face spectaculaire sur la Charte de la laïcité, sa faiblesse face à la fronde de la députée Fatima Houda-Pepin et, finalement, la naïveté qui l'a poussé à absoudre à l'avance le gouvernement sur la question de l'équilibre budgétaire, tout cela soulève des doutes sur son aptitude au leadership.

Acte Un: fin août, le chef libéral déclare avec insistance qu'il faudra (lui) «passer sur le corps» pour adopter la Charte. Sa seule exigence: que les services soient rendus à visage découvert, ce qui exclut le niqab.

Acte Deux: après cet engagement solennel, M. Couillard disparaît de la circulation pendant deux mois. Interrogé sur la Charte, il esquive la question en disant que ce n'est qu'une «diversion», l'important étant l'économie. Une simple diversion, cet enjeu qui était symboliquement une question de vie et de mort? («Se faire passer sur le corps» vient de l'anglais «over my dead body».)

Acte Trois: le chef libéral revient dans le paysage à l'occasion du conseil général de son parti et réitère avec la même conviction son opposition radicale à l'interdiction des signes religieux. Dans son discours, il n'y a aucune place au compromis.

Acte Quatre: remous dans la députation libérale, où l'on s'inquiète de la popularité de la charte chez les francophones. Le PLQ prépare un projet de lutte contre l'intégrisme, histoire de faire... diversion, et de donner l'impression d'agir contre l'islam radical.

Acte Cinq: dans une sortie d'une maladresse inouïe, le député responsable de ce projet, Marc Tanguay, déclare ingénument qu'il accepterait volontiers qu'une femme en tchador siège au parlement. Le tchador? Jamais, dans tout ce débat surréaliste autour de la Charte, n'avait-il été question de ce vêtement typiquement iranien. M. Tanguay voulait-il plutôt parler du hidjab? De toute façon on était dans l'absurdité: qui peut imaginer qu'une femme revêtue d'un tchador a) voudrait devenir députée et b) serait élue dans un comté québécois?

Acte Six: vexée de ne pas avoir la main haute sur le dossier et outrée par l'allusion au tchador, Mme Houda-Pepin défie son chef et son parti par un communiqué confus, mais incendiaire.

Acte Sept: M. Couillard cède sur toute la ligne. Il déclare qu'il refuserait la candidature d'une femme en tchador, s'enfonçant dans un scénario aussi idiot qu'hypothétique, et contredisant sa première position (le tchador, comme le hidjab, laisse le visage découvert). Il interdira les signes religieux chez les officiers investis du pouvoir coercitif de l'État (juges, policiers, etc.)... mais seulement, précise-t-il, s'il acquiert la certitude que cela ne sera pas inconstitutionnel. Voilà qui annonce une autre volte-face, car aucun juriste sérieux, jusqu'à présent, n'a pu garantir pareille éventualité.

Acte Huit: démarche inusitée, le chef de l'Opposition vient à la rescousse du gouvernement en disant que le déficit zéro pourra n'être atteint qu'en 2016-17... au moment même où, en Chambre, ses députés s'évertuent à tenir le gouvernement responsable de sa promesse d'atteindre l'équilibre budgétaire l'an prochain.

Acte Neuf: Le lendemain, M. Couillard revient sur ces propos. L'objectif du déficit zéro pour l'an prochain est «incontournable» !

Acte Dix: Le chef libéral avait juré qu'il attendrait les élections générales pour se porter candidat (dans le comté de Roberval). Autre volte-face, il est aujourd'hui candidat à l'élection partielle dans Outremont...

Loup solitaire ou électron libre?, se demande le collègue Jean-Jacques Samson. Bonne question...