À la clôture du Conseil général du Parti libéral du Québec, samedi dernier, Philippe Couillard se félicitait de ce que son parti incarne «le changement et le renouveau»... mais qui voyait-on à ses côtés sur la tribune? Daniel Johnson!

Publié le 29 oct. 2013
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Tout un changement! Tout un renouveau!

Le nouveau chef libéral, Dieu sait pourquoi, a senti le besoin de recruter l'ancien premier ministre, qui présidera le comité directeur de la campagne électorale du PLQ.

Curieuse nomination, pour un homme qui n'a présidé qu'à des échecs, depuis sa défaite électorale de 1994 jusqu'à sa calamiteuse gestion du comité du Non au référendum de 1995, ledit comité étant venu à un cheveu de perdre la bataille à force d'insignifiance.

Rien d'étonnant à ce que peu après, les poids lourds du parti se soient empressés de lui indiquer la porte pour refiler à Jean Charest les clés de la maison.

À vrai dire, depuis 20 ans,

M. Johnson n'a connu qu'un mince triomphe personnel, dont les effets se feront malheureusement sentir pour les prochaines décennies: il a aidé M. Couillard, alors ministre de la Santé, à torpiller le projet de CHUM proposé par l'Université de Montréal - un magnifique projet qui aurait pu faire de Montréal une capitale mondiale des sciences biomédicales.

On doit aux Couillard et aux Johnson (et aussi, bien sûr, à la faiblesse de Jean Charest) l'installation du CHUM dans un espace trop exigu, à cheval sur une autoroute et à partir des retailles d'un vieil hôpital... comme si les Montréalais francophones ne méritaient pas un hôpital universitaire de qualité égale à celui de McGill. Pour la grandeur de vues, on repassera.

Cela dit, le conseil général du PLQ, organisé à la hâte au beau milieu de rumeurs d'élections prochaines, aura eu de quoi remonter le moral des troupes déboussolées par l'absence quasi totale de leur chef des débats de l'automne.

Nul ne sait si sa tournée des régions aura été vraiment profitable au niveau de l'organisation - on ne le saura qu'aux prochaines élections -, mais c'est avec une verve empreinte de sérénité que le nouveau chef est revenu sur la scène publique.

M. Couillard n'est pas un bon orateur mais il s'exprime élégamment, avec conviction. C'est avec passion qu'il a réitéré son opposition à la charte des «valeurs», ce projet «incendiaire et toxique qui stigmatise au lieu d'intégrer.»

Deux comtés bien rouges vont s'ouvrir à Montréal, mais le chef libéral maintient sa décision de se présenter, aux élections générales, dans le comté de Roberval, à 500 km de la métropole, plus près de Chibougamau que du coeur économique et culturel du Québec, donc vraiment très loin de l'action.

Il a pour ce faire une raison personnelle (sa résidence principale est à Saint-Félicien et sa femme vient de là), et une raison électorale: se présenter comme le champion des régions et montrer qu'un chef libéral peut être élu dans un comté exclusivement francophone. Si le PLQ gagne, il passera dans Roberval. Sinon, sa défaite personnelle lui fournira un bon prétexte pour ramasser ses billes.

M. Couillard a beau promettre, dans son discours, de relancer la métropole, «qui représente plus de la moitié de la richesse du Québec», cet éloignement délibéré de Montréal augure mal du sort qu'aurait la métropole perpétuellement négligée sous un gouvernement Couillard.

D'ailleurs, la vidéo présentée samedi en disait long à ce chapitre. M. Couillard, sourire béatifique aux lèvres, évolue au ralenti dans des paysages de campagne et de fleuve, comme s'il n'y avait pas de villes au Québec. Seule la partie en anglais du vidéo présente une vue de Montréal. Troublant.