Depuis plus de deux mois, le Québec se déchire autour d'une Charte qui met à mal les valeurs d'ouverture chères aux libéraux. Mais où était donc le chef du Parti libéral du Québec, celui qui devrait être en première ligne pour la défense des libertés individuelles?

Publié le 22 oct. 2013
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Nulle part. Invisible. Inaudible. Réfugié dans sa tanière de Saint-Félicien, à moins qu'il ne fût allé taquiner le poisson dans un lac saguenéen.

On n'en aurait pas entendu parler depuis la fin de l'été, n'eussent été des perquisitions de l'UPAC qui l'ont forcé à donner de brefs points de presse.

Dimanche dernier, il a émergé de l'obscurité pour déclarer que le PLQ serait prêt pour des élections en décembre, ce qui, franchement, devrait aller de soi. Quand on l'a interrogé sur la Charte, il a écarté le sujet du revers de la main en disant que c'était une «distraction», l'important étant l'économie.

On comprend que le PLQ a tout intérêt à miser sur l'enjeu économique: c'est son point fort, à plus forte raison au moment où, sous la gouvernance incohérente du PQ, l'économie québécoise est en déclin.

On comprend aussi qu'électoralement parlant, le PLQ n'ait pas envie de s'attaquer à un projet qui plaît à une bonne partie des francophones.

Mais ce silence est coupable.

Un vrai libéral, qui plus est un chef de l'opposition responsable, doit intervenir à l'heure où le gouvernement entend priver des citoyens de leurs droits civiques et faire fi des libertés garanties dans nos chartes de droits, à l'heure où la chasse est ouverte contre des femmes minoritaires - une chasse qui, avec les sorties paranoïaques et haineuses de personnalités comme Janette Bertrand et Denise Filiatrault, prend une tournure de plus en plus toxique.

Cette Charte, loin d'être une «diversion», est un poison qui est en train de détruire le tissu social.

Si le PLQ refuse par couardise de se battre pour le respect des libertés individuelles, quelle est donc sa raison d'être? M. Couillard lui-même ne disait-il pas, il y a quelques mois, que le libéralisme, au sens le plus noble du mot, constituait la valeur fondamentale de son parti?

S'il ne s'agit que de redresser l'économie, il y a d'autres partis qui pourraient s'en charger, la CAQ par exemple, ou alors un PQ mieux dirigé, sur le modèle des gouvernements Bouchard et Landry. L'irremplaçable spécificité du PLQ, c'est son adhésion aux valeurs libérales.

Début septembre, le chef libéral a consacré quelques mots bien sentis à la Charte. «Il faudra me passer sur le corps» (pour la promulguer), a-t-il lancé avant de disparaître de la circulation.

S'il prend la question à coeur autant qu'il le prétend, son devoir était d'expliquer sa position plus en détail et de tout faire pour convaincre ses compatriotes que le gouvernement s'est engagé sur une voie périlleuse pour la démocratie.

La déclaration sur l'identité (un document d'ailleurs fort bien fait) que le PLQ a publiée le 5 septembre ne suffit pas. La politique c'est d'abord l'art de la parole et du contact direct, et il revenait au leader du parti de s'en charger personnellement.

M. Couillard, paraît-il, en est encore à faire la tournée des régions. Une tournée qui semble interminable et dont on finit par se demander s'il ne s'agit pas d'un prétexte pour ne pas apparaître en public.

Sur la Charte, le chef libéral a une réponse toute faite: au cours de ses tournées, dit-il, personne ne lui parle de cela. Quoi? Tout le monde, partout, ne parle que de cela et lui n'a jamais entendu un mot là-dessus? Nous prend-on pour des valises?