Trois idées se dégagent des débats actuels en vue du sommet sur l'éducation.

Publié le 31 janv. 2013
Lysiane Gagnon LA PRESSE

La première est la modulation des droits de scolarité selon le domaine d'études - autrement dit, un étudiant en histoire paierait moins cher qu'un futur médecin.

Cette idée, lancée par Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, n'a rien d'original (la modulation existe dans la plupart des universités nord-américaines), mais elle constitue l'une des premières contributions constructives à un débat surtout marqué jusqu'ici par la pensée molle héritée de la saga des carrés rouges, un débat surréaliste où l'on accorde plus d'importance aux points de vue d'une porte-parole étudiante qui n'a pas fini son cégep qu'à ceux de gens rompus aux réalités de l'administration universitaire.

Deuxième idée, évoquée par François Legault de la CAQ à la suite du chroniqueur Henry Aubin, qui l'avait d'abord mentionnée dans The Gazette: les universités «de classe mondiale», qui font le plus de recherche, devraient pouvoir exiger des droits de scolarité supérieurs. Ce serait le cas, selon M. Legault, de McGill, de l'UdeM, de Laval et de Sherbrooke.

M. Legault prend soin de préciser que certains programmes universitaires uniques ou de qualité exceptionnelle feraient partie de cette première catégorie. On pense par exemple à l'océanographie à Rimouski, aux recherches sur la génétique à Chicoutimi, à certains départements de sciences humaines de l'UQAM.

Le ministre Duchesne ne cache pas son opposition à la solution Legault, que l'Université du Québec s'est d'ailleurs empressée de fustiger: une solution «méprisante», susceptible de «créer deux classes d'universités»... Même le Parti libéral s'est joint au concert.

On n'a pas encore vu de levées de boucliers contre la solution Breton, mais cela ne saurait tarder. Il y aura certainement des gens qui la trouveront trop élitiste (comme si les universités n'étaient pas par définition des institutions élitistes!).

Troisième idée: les universités qui accueillent le plus d'étudiants «de première génération» (ceux dont les parents ne sont jamais allés à l'université) recevraient une plus large part des fonds publics.

On ne s'étonnera pas de voir le réseau de l'Université du Québec frétiller d'aise à cette perspective, une étude pilotée par l'UQ en octobre dernier ayant démontré que 64,8% de ses étudiants sont de première génération... à comparer avec 50% pour Laval et l'Université de Montréal, et 20% pour McGill.

Le ministre Duchesne (qui est théoriquement responsable de l'Enseignement supérieur et de la recherche, en plus d'être préposé au maternage des carrés rouges) a tout de suite sauté sur cette idée, étant lui-même un fier représentant de cette «première génération».

Maintenant, une devinette (franchement pas difficile). Dites-moi laquelle de ces trois idées a le plus de chance de séduire le gouvernement Marois... Bravo, vous êtes tombé pile, c'est la troisième!

Les péquistes ont toujours eu des atomes crochus avec le réseau de l'Université du Québec, fondé sous le signe de l'égalitarisme, réputé plus «à gauche» et plus souverainiste, et qui ne reçoit que des étudiants francophones.

En prime, une petite pensée électoraliste: les institutions du réseau sont presque toutes dans des circonscriptions péquistes... Une qualité non négligeable, par les temps qui courent.

On a quand même hâte de voir quel sort le gouvernement fera à la proposition éminemment sensée du recteur Breton.

Mais aux dernières nouvelles, on s'en allait vers ce que l'économiste Pierre Fortin, venu à la rescousse, a joliment qualifié de «gel relatif», soit une indexation de... 70$ par année au maximum.

L'enseignement supérieur, au Québec, restera une petite affaire pas chère et sans envergure, qui vaudra ce que valent les choses bradées à vil prix.