Normalement, après trois mandats et neuf années au pouvoir, un gouvernement doit être remplacé, à plus forte raison si son bilan n'a rien de particulièrement reluisant. C'est la saine loi de l'alternance.

Publié le 25 août 2012
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Hélas, on dirait que les deux principaux partis d'opposition font tout ce qu'ils peuvent pour inquiéter l'électeur.

Dans le coin droit, la CAQ, avec ses manières de matamore et le populisme simpliste qui lui tient lieu de pensée...

Après les volte-face ahurissantes de M. Legault sur la souveraineté, on croyait avoir tout entendu. Hé bien non! On a appris cette semaine ce qu'il ferait advenant un référendum. Difficile d'imaginer un comportement plus illogique et plus sot... De quoi se demander pourquoi on lui ferait confiance sur les autres questions!

François Legault, donc, voterait non à un référendum, bien qu'il dise croire qu'un Non serait catastrophique pour le Québec.

Même s'il était chef de l'opposition, il refuserait d'adhérer au comité du Non et d'en prendre la tête, et il refuserait de faire campagne pour son option - une lâche démission qui plongerait le Québec dans la confusion et priverait les fédéralistes du porte-parole prévu par la loi.

Quant au reste, le « ménage » que nous promet M. Legault s'apparente plutôt à un nettoyage au karcher.

Collision frontale avec les syndicats (M. Legault ne craint pas le chaos quand c'est lui qui le crée), procès des médecins de famille et des enseignants, coupes aveugles à Hydro-Québec (d'où sort le chiffre de 4000 postes « en trop »?), abolition des agences de la santé et des commissions scolaires (des mesures à faible rendement financier qui affecteront les services et priveront la minorité anglophone du dernier levier politique qu'elle contrôle encore), ultimatums autoritaires aux dirigeants des  sociétés publiques...

Ces derniers devront suivre les ordres du Cheuf et s'assujettir aux intérêts, voire aux lubies, du parti au pouvoir... Adieu la marge d'indépendance dont ces sociétés doivent jouir pour être créatrices et productives!

Qu'arrivera-t-il à l'épargne des Québécois si la Caisse de dépôt se voit forcée d'investir au-delà du bon sens dans des entreprises québécoises déficitaires ou à l'appétit plus grand que la panse?

On comprend mieux, maintenant, l'enthousiasme de Québec inc. pour la CAQ. Quelle belle tirelire qu'une Caisse de dépôt mise à son service!

Dans le coin gauche, le PQ... Son programme, loin d'avoir été improvisé comme celui de la CAQ, a été réfléchi. Mais pas toujours pour le mieux.

Mme Marois, avec son expérience ministérielle, est de loin la mieux qualifiée pour succéder à M. Charest. Hélas, sans même parler de son irresponsable histoire d'amour avec les carrés rouges, elle a trop souvent capitulé devant son parti.

Ainsi, à l'encontre de ses propres convictions, elle a accepté d'inclure au programme l'interdiction du cégep anglais aux non-anglophones, de même que la formule périlleuse du « référendum d'initiative populaire » - une affaire qui l'a forcée, cette semaine, à revenir sur ses déclarations antérieures.

Elle a si peu d'autorité morale que Bernard Drainville, le porte-drapeau du RIP, s'est permis de la rappeler à l'ordre. Jamais un simple député n'aurait osé contredire Lévesque, Parizeau ou Bouchard au beau milieu d'une campagne électorale!

Alain Dubuc a bien exposé, dans sa chronique d'hier, les dangers des orientations économiques du PQ. Il y a d'autres failles. Une charte de la laïcité inutile, facteur de division. Une politique linguistique rétrograde et paranoïaque qui nous ramène aux années 60. Un absurde projet de citoyenneté-bidon. Un plan constitutionnel visant à provoquer systématiquement le reste du Canada, et qui ne mènera qu'à des affrontements stériles.

Entre trois maux, lequel choisir? Tel est le dilemme auquel est confronté l'électeur. Misère...