C'est comme si 2007 avait été effacé du calendrier: les trois prétendants à la présidence qui s'étaient affrontés cette année-là ont disparu de la carte. À la suite de Nicolas Sarkozy, ce fut dimanche le tour de la socialiste Ségolène Royal et du centriste François Bayrou.

Lysiane Gagnon

Les élections législatives, dans la foulée de la victoire de François Hollande à la présidentielle, ont repeint la France en rose, donnant au nouveau président toute la marge de manoeuvre requise pour mettre en oeuvre son programme... pour le meilleur et pour le pire, car le pire reste à venir.

Jusqu'à présent, histoire d'amadouer l'électorat à la veille des législatives, le gouvernement Ayrault n'a annoncé que des gâteries: retour à la retraite à 60 ans pour certaines catégories de travailleurs, nouveaux postes dans l'enseignement, hausse de l'allocation à la rentrée scolaire et tutti quanti...

L'austérité? Le mot reste tabou, même si les socialistes sérieux, François Hollande au premier chef, savent qu'il faudra donner un coup de barre et que la France ne peut plus continuer à vivre au-dessus de ses moyens, sous peine de subir un jour le sort de la Grèce, à tout le moins de l'Italie.

Mais pour l'instant, c'est comme si ce danger n'existait pas. Alors que Nicolas Sarkozy avait réussi, non sans mal, à hisser son pays dans le contingent des économies les plus saines de l'Europe en se rapprochant de l'Allemagne, la France de Hollande, changeant de camp, se fait le champion désinvolte et téméraire des cigales du sud, en s'opposant frontalement à Angela Merkel et en continuant de réclamer une mutualisation des dettes dont au final seule l'Allemagne se trouverait responsable.

Les socialistes, en tout cas, n'auront pas droit à l'échec, car avec la majorité absolue à l'Assemblée nationale doublée de la majorité au Sénat, ils contrôlent tous les leviers du pouvoir - une chance que Barack Obama, aux prises avec un Congrès hostile, doit drôlement leur envier!

Les aléas du mode de scrutin ont mené à des disparités porteuses de tensions. Avec 843 000 voix et un score de 18% à la présidentielle, le Front national de Marine Le Pen n'hérite que de deux députés (un drôle de tandem, l'avocat gardois Gilbert Collard, une grande gueule, et la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, étudiante de 22 ans), alors que les communistes, avec 1% des voix, récoltent dix sièges.

Mais les chantres de la «proportionnelle» se font plus discrets, maintenant qu'ils voient que cela aurait fait le lit du FN...

Les Verts, avec 20 000 voix de moins que le FN et un misérable score de 2,3% à la présidentielle, auront 17 députés, en même temps que le statut de «groupe» qui leur permettra d'accroître leur visibilité et leur influence, ce qui annonce quelques frictions avec le gouvernement Ayrault, notamment sur le nucléaire.

Europe-Écologie-les-Verts a bénéficié de la générosité aberrante de Martine Aubry, patronne du PS, qui leur a cédé une cinquantaine de circonscriptions dès l'automne dernier, donc bien avant que l'on puisse jauger le poids réel de cette formation dans la population.

François Hollande, qui avait tout de même son mot à dire en tant que candidat du parti à la présidentielle, a laissé passer cet accord sans réagir... tout comme il a laissé passer les gazouillis déplacés de sa compagne Valérie Trierweiler et appuyé publiquement le parachutage (finalement raté) dans La Rochelle de sa première femme Ségolène Royal, au mépris de la règle voulant que le président ne se mêle pas des législatives.

Dommage pour la France que la seule femme que M. Hollande ait osé contrarier soit Angela Merkel!