Rien n'est plus risqué pour un politicien que d'aller bavarder sur Twitter. À plus forte raison pour la conjointe d'un chef d'État, surtout si elle est impétueuse et dépourvue de jugement.

Publié le 16 juin 2012
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Un gazouillis de Valérie Trierweiler inspiré par la jalousie a semé le désarroi chez les socialistes français à quelques jours des élections législatives, tout en renforçant l'image de faiblesse du nouveau président, un homme qu'on a souvent accusé de manquer d'épine dorsale.

La France, grâce lui soit rendue, nous donne ces années-ci de merveilleux feuilletons d'été propres à réjouir les amateurs de potins politiques.

Il y eut la guerre épique entre Liliane «L'Oréal» Bettencourt et sa fille, après que la première fut tombée sous le charme d'un séduisant artiste qui lui a extorqué des millions.

Il y eut, l'année suivante, l'histoire incroyable des aventures de DSK à New York.

Cette année, le feuilleton de ce début d'été implique la compagne du président fraîchement élu, une journaliste qui semble croire qu'elle pourrait mener sa vie avec autant d'indépendance que si elle vivait avec Gégé Tartempion, plombier de son état.

Madame, donc, garde son emploi à Paris Match - ce qui à la rigueur peut être acceptable, encore que cela ouvre la porte à de lourds conflits d'intérêts et que le statut exceptionnel que le magazine lui accorde est en soi un privilège exorbitant: elle n'écrit que deux chroniques par mois (c'est cher payé pour un salaire qui doit dépasser les 100 000 dollars!), et ce, à partir de son bureau personnel à l'Élysée... où elle dispose d'un «staff» de sept conseillers!

C'est avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre, et la crèmerie en plus!

Elle ne touchera qu'à des sujets «culturels», ce qui irrite les artistes, car cela laisse croire qu'il n'y a aucun lien entre la culture et la politique.

Puis, vint le fameux gazouillis. Un affectueux message de solidarité à Olivier Falorni, qui se présente à La Rochelle contre... Ségolène Royal, la candidate du PS aux présidentielles de 2007 et la mère des quatre enfants de M. Hollande. Et ce, alors que les autorités du PS, le président en tête, appuient publiquement la candidature de Mme Royal!

À sa défense, son attaché de presse a cité Danielle Mitterrand - argument irrecevable, car Mme Mitterrand, discrète tiers-mondiste, se gardait bien d'intervenir en politique intérieure. Mme Trierweiler, ancienne journaliste politique, aurait pourtant dû savoir que la compagne du président de la République est liée par un devoir de réserve absolu.

Sa jalousie irrépressible à l'endroit de la première femme de son compagnon n'a rien d'un secret. Elle a multiplié les petits coups bas, allant jusqu'à exiger que la passation des pouvoirs à l'Élysée se fasse en l'absence des familles, histoire d'écarter l'ombre de Ségolène à travers sa progéniture.

Quelle sorte de femme empêche les enfants de son compagnon d'assister au triomphe tant espéré de leur père? Mais surtout, car c'est cela qui est d'intérêt public, quelle sorte d'homme est incapable de préserver ses enfants du courroux irrationnel de leur «belle-mère» ?

Si M. Hollande ne réussit pas à convaincre sa compagne de cesser de s'épancher sur Twitter, on se demandera comment il pourra résister aux multiples pressions dont tout chef d'État est l'objet.

L'affaire est d'autant plus choquante que M. Hollande a passé la campagne à accuser Sarkozy de mélanger le politique et le personnel. Or, le voici ballotté entre deux femmes, laissant sa compagne le contredire publiquement après avoir cédé à la première, qui voulait être «parachutée» dans La Rochelle, tremplin pour la présidence de l'Assemblée nationale... Mauvais pour l'image.