Les étudiants militants ont été très offusqués de se voir traités d'«enfants gâtés». Mais après plus de 100 jours de grève et quelques séances de négociation avortées, on peut juger l'arbre à ses fruits.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

Toutes les «offres» soumises au gouvernement par les leaders étudiants ont démontré que malgré les beaux discours altruistes des carrés rouges, ils n'avaient qu'un objectif, et un seul: faire payer leurs droits de scolarité par les autres, fussent-ils des contribuables à petits revenus, les étudiants-travailleurs du secteur professionnel ou les familles modestes bénéficiant du programme d'épargne-études.

Selon le récit détaillé qu'en a fait Le Devoir, la FECQ et la FEUQ ont sauté à pieds joints sur la suggestion gouvernementale (fort contestable au demeurant) de prélever à leur bénéfice une partie du crédit d'impôt pour les frais scolaires et examens (CIFSE).

Or, qui, parmi les étudiants, paie des impôts? Pas les enfants de riches, ni ceux qui travaillent occasionnellement au noir ou au salaire minimum pour se faire de l'argent de poche. Non.

Les contribuables étudiants sont ceux qui doivent cumuler leurs études avec un emploi à temps plein, soit parce qu'ils viennent de milieux modestes, soit parce qu'ils sont eux-mêmes chefs de famille. Ce sont surtout les étudiants du secteur professionnel, les futurs techniciens qui effectuent des stages rémunérés. C'est à eux que les leaders étudiants voulaient faire payer les études des futurs avocats et des futurs psychologues.

Le gouvernement a offert de rogner les crédits d'impôt de 3%. Les leaders étudiants ont trouvé cela «insultant» ... ajoutant, avec l'arrogante insouciance propre à ceux qui n'ont jamais vraiment manqué d'argent, que de toute façon, les crédits d'impôt sont «inefficaces», car l'aide n'arrive qu'en avril alors qu'on en a plus besoin en début de trimestre.

Ils ont demandé 4% du CIFSE en 2012-2013 (soit 44,4 millions$), et 5% en 2013-2014. Le CIFSE serait ainsi passé en deux ans de 16,5% à 7,5%: une grossière ponction sur l'aide dont bénéficient les étudiants obligés de travailler à temps plein.

Cette piste s'étant perdue dans la confusion ambiante, les leaders étudiants sont revenus avec une autre «offre», visant cette fois le programme d'incitation à l'épargne-études. En l'abolissant, calculaient-ils, ils pourraient détourner à leur profit 56 millions par année et financer ainsi un gel de deux ans (jusqu'aux prochaines élections qui verront sans doute la chute des libéraux).

L'épargne-études est un beau programme, qui encourage les parents à épargner pour l'éducation de leurs enfants. Qui en bénéficie? Certainement pas les riches, qui n'ont pas à se demander s'ils auront les moyens de payer l'université de Bébé quand Bébé aura 18 ans.

Ce sont par définition des ménages à revenus relativement faibles, qui valorisent assez l'éducation pour mettre à cette fin un peu d'argent de côté chaque année. Selon la ministre Courchesne, 56% des familles inscrites à l'IQEE ont un revenu familial de moins de 75 000$.

On a vu le mois dernier qu'à défaut de faire payer la totalité de leurs droits de scolarité par l'ensemble des contribuables (c'était la demande, que dis-je, l'exigence initiale), les leaders étudiants, encouragés par leurs alliés des «vrais» syndicats, avaient eu l'idée de mettre le grappin sur les «surplus» des budgets universitaires en se mettant le nez dans la gestion des institutions, histoire d'y déceler du «gaspillage».

Il est parfaitement normal que les étudiants pensent à leurs propres intérêts, c'est ce que font tous les autres groupes de pression. Mais de grâce, qu'on nous épargne les beaux discours sur la solidarité sociale.