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De quelques morts oubliées

Tout le monde a les yeux fixés sur Octobre 70, mais c'est oublier que pendant les sept années précédentes, d'autres cellules du FLQ avaient fait bien d'autres victimes, d'humbles inconnus dont la mémoire a été complètement occultée. La crise d'Octobre ne fut que l'épisode le plus dramatique et le plus spectaculaire de ce cycle de violence politique... auquel l'indignation populaire qui suivit l'assassinat de Pierre Laporte allait définitivement mettre fin.

Détail intéressant quand on pense que les felquistes se posaient en défenseurs de la classe ouvrière, les morts dues aux attentats felquistes précédant Octobre étaient tous des gagne-petits, de modestes salariés. En voici la liste.

1963: Wilfred O'Neil, un gardien de nuit de 65 ans, est tué lors d'un hold-up au Centre de recrutement des Forces armées.

1963: des bombes sont déposées dans 10 boîtes à lettres de Westmount. Le sergent Walter Leja, 42 ans, en désamorce une première, placée près d'une école, puis une deuxième, dans une rue passante. À la troisième boîte aux lettres, la bombe lui explose dans les mains. Leja, complètement massacré et très lourdement handicapé, passera les quelques années qui lui restent à vivre reclus à l'Hôpital des vétérans, où il mourra en 1972.

1964: au cours d'un hold-up dans un magasin d'armes, le gérant, Leslie McWilliams, 56 ans, est abattu. Un commis, Alfred Pinish, 37 ans, sera tué lors de la fusillade qui s'ensuivit entre les felquistes et la police arrivée sur les lieux.

1966: Thérèse Morin, une ouvrière de 64 ans, est tuée dans l'explosion d'une bombe à l'usine La Grenade.

1966: Jean Corbo, un étudiant de 16 ans, meurt en déposant une bombe à la Dominion Textile.

1969: une bombe explose à la Bourse, blessant sérieusement 27 personnes.

1969: lors d'une violente manifestation organisée par le Front de libération du taxi devant les locaux de Murray Hill, un agent de sécurité tire sur la foule et abat un policier en civil, Robert Dumas.

1970: Jeanne d'Arc Saint-Germain, une fonctionnaire de 50 ans, est tuée dans l'explosion d'une bombe au quartier général de la Défense, à Ottawa.

Quelques mois plus tard, James Cross, Pierre Laporte et leurs proches verront leur vie chavirer.

La nouvelle fournée de felquistes, changeant de stratégie, avait opté pour des enlèvements plutôt que pour des bombes. C'était plus astucieux mais, on le verra, pas moins meurtrier.

Ces actions, beaucoup plus dramatiques, étalées dans le temps, et marquées par un extraordinaire suspense, suscitaient une certaine sympathie dans les milieux engagés politiquement parce que, dans cette atmosphère théâtrale où les rebondissements se succédaient, peu de gens, ô illusion, croyaient que les otages étaient vraiment en danger. C'est pourquoi l'assassinat de Pierre Laporte produisit un tel choc.

Le FLQ mourut en même temps que l'ancien ministre. N'eût été la force de conviction de René Lévesque et de ses troupes, le mouvement souverainiste aurait succombé en même temps, car sur le coup, nombre de Québécois faisaient l'amalgame entre l'idéal indépendantiste et les felquistes qui avaient prétendu le servir.

Contrairement à ce que certains prétendent, ce n'est pas la réaction musclée des autorités politiques qui a tué le FLQ. En elle-même, la répression aurait pu, au contraire, pousser d'autres têtes brûlées à ramasser l'étendard sanglant du FLQ. C'est plutôt la force de la réaction populaire, cette immense vague de dégoût et de rejet montée d'un peuple foncièrement pacifique, qui a eu raison de la déviance felquiste.




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