Au moment où s'engage en Californie un procès crucial sur le mariage gai, on apprend que le Portugal vient de le légaliser. Le Portugal, qui était il n'y a pas si longtemps l'un des pays les plus catholiques au monde, emboîte aujourd'hui le pas à l'Espagne, cette autre fille de l'Église qui a été l'un des premiers pays à ouvrir l'institution du mariage aux conjoints de même sexe, à peu près au même moment que les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, la Norvège... et le Canada.

Lysiane Gagnon LA PRESSE

On ne s'étonnait pas de voir ce dernier tabou battu en brèche en Europe du Nord. Mais en péninsule ibérique, naguère haut lieu du conservatisme catholique? Voilà qui est beaucoup plus surprenant. Alors que la France et l'Italie s'étaient depuis longtemps dégagées de l'influence du Vatican, la péninsule restait le bastion d'un conservatisme catholique rigoureux et austère, soutenu par les régimes autoritaires de Franco et Salazar. Et puis, soudain, advinrent les révolutions pacifiques qui firent passer l'Espagne et le Portugal dans le camp des démocraties. Aujourd'hui, ces deux pays sont, sur les questions de moralité, bien à l'avant-garde de pays libéraux comme la France et l'Italie!

 

Serait-ce un phénomène analogue à ce qui s'est passé au Québec, où l'effondrement de l'Église a été d'autant plus fort que son emprise avait été grande?

En Espagne, la reconnaissance du mariage gai, en 2005, avait provoqué bien des remous, et poussé dans la rue des millions de manifestants, mais pas assez pour faire reculer le gouvernement socialiste de Zapatero. Depuis, quelque 5000 mariages ont été célébrés au pays de Goya.

Cette fois, au Portugal, où une coalition de gauche est au pouvoir, l'affaire passe comme du beurre dans la poêle. C'est sans passion aucune que s'est déroulé le débat parlementaire, et tant la hiérarchie catholique que l'opposition conservatrice se sont abstenues de partir en guerre contre ce qui apparaît de plus en plus comme une évolution incontournable. Le Portugal a toutefois prévu une restriction importante, qui n'existe pas dans les pays qui ont légalisé le mariage gai: les couples homosexuels portugais n'auront pas le droit d'adopter des enfants.

Pendant ce temps, la Californie est le théâtre d'une cause qui devrait sceller une fois pour toutes la constitutionnalité du mariage gai, une fois qu'elle aura abouti en Cour suprême. Deux couples de même sexe contestent la légalité de la proposition numéro 8 qui interdit le mariage aux homosexuels. Cette proposition, qui a infirmé une décision antérieure de l'État, a été votée en 2008 par référendum par une courte majorité de 2%.

Il n'y a que cinq États américains qui reconnaissent le mariage gai, et ils sont tous, exception faite de l'Iowa, sur la côte Est, traditionnellement plus progressiste. Même Obama n'ose pas toucher à cela... pas plus d'ailleurs qu'aux questions concernant l'avortement et la peine capitale.

Le Canada, dans ce paysage, apparaît à la fine pointe de la modernité, ayant légiféré en faveur du mariage gai en 2005, peu de temps après l'Europe du Nord et au même moment que l'Espagne.

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PRÉCISION. Le 17 décembre dernier, j'écrivais beaucoup trop légèrement, à propos de Dimitri Soudas, porte-parole du premier ministre Harper et l'un de ses principaux conseillers pour le Québec, qu'il était «dépourvu de contacts en dehors de la communauté grecque et de l'ADQ». M. Soudas nous fait savoir que son réseau de contacts est beaucoup plus développé, ce dont je n'ai aucune raison de douter. Je m'excuse auprès de M. Soudas du tort que cette affirmation à l'emporte-pièce aurait pu lui causer.