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Paranoïa et suspicion

Je parlais jeudi dernier de cette enquête sur les antécédents judiciaires du personnel des écoles du Québec - une opération gigantesque destinée à débusquer les quelques pédophiles qui auraient eu affaire à la justice.

Il y avait déjà matière à s'interroger sur l'utilité de cette traque, qui n'a donné en deux ans que des résultats dérisoires, mais j'apprends que grâce à ce qu'un lecteur appelle notre «gouvernemaman», la paranoïa ne touche pas que les milieux scolaires.

 

La scène se passe cet hiver aux Jeux de Rosemère, Sainte-Thérèse et Blainville. Parce que ces tournois sportifs impliquaient des jeunes de 9 à 16 ans, plus de 4000 citoyens ont dû remplir et signer un formulaire autorisant le service de police à vérifier leurs antécédents judiciaires, nommément «toute déclaration de culpabilité ou de mise en accusation pour infraction criminelle, de même que toute inconduite pouvait raisonnablement faire craindre pour la sécurité physique ou morale des personnes vulnérables auprès desquelles je serai appelé à oeuvrer». Cela visait tout le monde - bénévoles, parents, maires, conseillers municipaux, médecins, physiothérapeutes, etc., y compris ceux dont la seule tâche était de remettre (en public!) une médaille à un gagnant!

Où va-t-on s'arrêter? À ce compte-là, pourquoi ne pas enquêter sur le passé judiciaire de tous les employés municipaux du Québec sous prétexte qu'ils pourraient être amenés à travailler dans un terrain de jeux? Devrait-on filtrer les gens qui vont au Salon du livre? Et les commerces qui desservent une clientèle jeune, des McDonald's à Gap en passant par les marchands de disques et les comptoirs de crème glacée?

Si encore cela pouvait faire cesser la pédophilie... Mais ce n'est pas le cas. Nombre de pédophiles n'ont aucun antécédent judiciaire, et tout ce que ramènent les filets, dans cette pêche à l'aveugle, ce sont presque toujours des infractions de nature non sexuelle...

La triste réalité, en effet, c'est que l'immense majorité des agressions a lieu dans le secret des foyers, généralement perpétrée par un proche - très souvent le concubin de la mère. Faudrait-il alors que notre bon «gouvernemaman» retrace le passé de tous les parents du Québec, de même que celui de toutes les personnes susceptibles d'entrer chez eux?

Ce qu'il reste, c'est un climat malsain de suspicion généralisée où tout citoyen est présumé pédophile pour peu qu'il veuille entrer en contact avec des enfants. L'un de mes correspondants fait de la suppléance dans les commissions scolaires et change souvent de poste; il doit chaque fois faire remettre à jour les documents de la SQ attestant qu'il n'a pas d'antécédents judiciaires. L'autre jour, il a présenté à la personne chargée de l'embauche un document datant de six mois. Refusé... avec cette remarque: «Qu'est-ce qui me prouve que t'as pas fait un viol la nuit dernière?»

Agréable climat de travail, non?

Je comprends mal que les syndicats du secteur scolaire, qui carburent à l'indignation et sont toujours prêts à monter aux barricades dès que le gouvernement ose les regarder de travers, aient si peu réagi à cette intrusion massive de l'État dans la vie privée de leurs membres. Quelques porte-parole syndicaux se sont inquiétés, mais assez mollement, des risques de cette traque policière. Le risque, par exemple, de voir sa réputation détruite, ou son emploi compromis parce qu'une faute ancienne aurait été ébruitée. Les dossiers passent entre plusieurs mains et il suffit d'une indiscrétion, d'une mauvaise adresse courriel ou d'un employeur hostile ou intransigeant... Serait-ce que les leaders syndicaux ont peur d'être «politiquement incorrects» en s'attaquant à un système censé (en principe) combattre la pédophilie?

 




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