À peine arrivé en Afrique où il effectue sa première visite officielle, le pape Benoît XVI sombre dans une nouvelle controverse: aux Africains décimés par le sida, il interdit le préservatif, affirmant même que, encourageant la promiscuité sexuelle, il «aggrave le problème». L'abstinence et la «fidélité sexuelle» sont les seuls remèdes efficaces, estime l'homme de 81 ans.

Mario Roy LA PRESSE

L'indignation a été universelle et instantanée.

La très catholique Espagne annonce qu'elle enverra une cargaison d'un million de condoms de l'autre côté de la Méditerranée. L'ONG Médecins du monde juge ces paroles «gravissimes» et «insupportable(s)». Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme demande au pape de «retirer ses propos». Le vieux militant Daniel Cohn-Bendit estime que ce décret papal relève «presque du meurtre prémédité».

 

Certes, Benoît XVI a déjà prouvé (et encore récemment...) qu'il possède un véritable don pour la polémique. Au surplus, on sait que toutes les institutions religieuses, la catholique comme les autres, ont un sérieux problème avec le sexe. Néanmoins, on pourrait vivre avec tout cela si les dieux et leurs délégués terrestres demeuraient sagement dans leur pré carré.

Mais, cette fois, l'intervention du pape est susceptible d'entraîner des conséquences bien au-delà des palais du Vatican et causer infiniment plus de mal que les querelles byzantines des cadres supérieurs de l'Église - qui sera excommunié et qui ne le sera pas? That's the question, comme on dit...

Le sida, des gens en meurent pour de bon.

Et ils en meurent surtout en Afrique.

Selon les derniers chiffres de l'ONU, les deux tiers des 33 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde se trouvent en Afrique et les chiffres gonflent toujours. De ces 22 millions d'Africains, 14 millions sont des femmes et des enfants - souvent victimes de crimes de guerre dont un effet collatéral est la dissémination du virus. Les trois quarts des deux millions de personnes mortes du sida en 2007 habitaient l'Afrique subsaharienne.

Bref, c'est la souffrance humaine à l'état pur.

Or, pour rendre les choses encore plus dramatiques, ce continent est certainement le plus difficile à gérer au point de vue de la prévention et du traitement du sida.

La grande pauvreté et l'absence parfois totale d'infrastructure médicale (ou même d'infrastructure tout court) rendent toute initiative extraordinairement difficile. Le facteur culturel joue aussi. Le condom n'est pas spontanément populaire. Les signaux envoyés par les États ne font parfois qu'embrouiller les choses: ainsi, en 2003, le gouvernement sud-africain a bloqué les antirétroviraux à cause de leur «toxicité» dans un pays où 11% des citoyens sont séropositifs...

Et, aujourd'hui, débarque un leader d'opinion dont l'audience potentielle en Afrique est de 150 millions de catholiques (trois fois plus qu'il y a 30 ans) et qui défend à ceux-là le plus efficace moyen de contrer la propagation de la maladie?

Vraiment, c'est à désespérer de la charité dite chrétienne.