Augmenter les tarifs - pour l'électricité, la SAAQ, la CSST, la Régie des rentes et tutti quanti? Lors du conseil national du Parti québécois, ce dernier week-end, Pauline Marois a pris son courage à deux mains et indiqué qu'elle pourrait favoriser une hausse de tarifs... une fois la «crise» passée.

Mis à jour le 24 févr. 2009
Lysiane Gagnon LA PRESSE

La crise a bon dos. Elle sert de prétexte pour reporter tous les changements à la semaine des quatre jeudis. À en croire le PQ, qui réclame des gels sur tous les tarifs sans exception, le Québec devrait devenir une grosse banquise!

 

Les libéraux de Jean Charest, faut-il dire, ne sont pas loin de la même philosophie. Ce gouvernement, qui est en voie d'atteindre le record de l'immobilisme, entend lui aussi, à l'instar de l'opposition péquiste, «geler» pour l'éternité les tarifs des garderies... même si le coût des places augmente et que la contribution parentale, minimale dès le départ, est passée de 16,2% en 2004-05 à 14%.

Le Québec n'a pas les moyens de s'offrir ce genre de luxe. Ce soi-disant «choix de société» n'en est même pas vraiment un, dans la mesure où les familles qui bénéficient le plus de ces garderies quasiment gratuites sont celles de la classe moyenne supérieure, qui sait s'organiser pour retenir des places à l'avance. Certes, les tarifs ne devraient jamais dépasser un certain seuil, parce que les garderies publiques favorisent la natalité et le maintien des femmes sur le marché du travail. Mais le bon sens dicterait l'imposition d'une hausse modeste et raisonnable. Pourquoi les garderies seraient-elles plus intouchables que le lait, les couches et les poussettes... dont les prix augmentent sans que personne ne monte aux barricades?

Pire, M. Charest est allé promettre la syndicalisation des «travailleuses en milieu familial» - garde à domicile, services d'appoint dans le réseau de la santé, etc. - en annonçant au beau milieu de la campagne électorale que Québec n'en appellerait pas d'un jugement de la Cour supérieure. Cet engagement électoral, à la traîne d'un verdict contestable, coûtera plus de 1 milliard par année aux contribuables. On ne demande pas aux juges d'être responsables, eux qui officient dans leur bulle sans tenir compte des réalités, mais c'est bien le moins que l'on doive exiger d'un chef de gouvernement.

On se serait attendu, à tout le moins, à ce que le gouvernement Charest, une fois réélu, dégèle pour de bon les droits de scolarité. Car enfin, est-ce qu'on est dans une «crise» ou non? Si oui, il faut mettre fin à ce transfert massif des fonds de l'État aux privilégiés que sont les futurs diplômés universitaires - un sacrifice qui n'a même pas servi à augmenter le niveau de scolarité au Québec! Mais, bien sûr, ç'aurait été un geste trop audacieux pour ce gouvernement timoré.

Sur la question des tarifs, on passe du gel à la gélatine. Le gouvernement, englué dans une gelée à moitié prise, se meut dans l'incohérence. Après avoir jeté à la poubelle le rapport Montmarquette qu'il avait lui-même commandé (en sachant très bien ce que M. Montmarquette, qui n'est pas un inconnu, allait proposer), le gouvernement suggère maintenant aux citoyens internautes de lire ce rapport pour réfléchir sur l'opportunité de hausser la tarification d'Hydro-Québec et d'autres organismes parapublics! Quelle hypocrisie!

Au lieu de se cacher derrière le rapport Montmarquette et les sociétés d'État, M. Charest aurait dû prendre le micro et expliquer franchement aux citoyens pourquoi des hausses de tarifs sont indiquées. N'avait-il pas demandé un troisième mandat pour mettre «une seule paire de mains sur le volant»?