Les partisans de la représentation proportionnelle devraient méditer sur ce qui se passe actuellement en Israël, où les petits partis marginaux ont plus d'influence que jamais, et où le parti qui a recueilli le plus de votes pourrait être exclu du pouvoir.

Mis à jour le 12 févr. 2009
Lysiane Gagnon LA PRESSE

Certes, personne ici ne souhaite l'adoption de la proportionnelle intégrale, ce système qui est à la source des pires maux qui affectent la société israélienne. Au Canada, les partisans de la «RP» préfèrent la formule mixte allemande, par laquelle une partie des députés est élue à la proportionnelle et l'autre au scrutin uninominal majoritaire. Il reste qu'Israël est le cas typique, qui illustre par l'absurde que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

 

Dans le même élan idéaliste qui leur avait fait adopter la formule du kibboutz, les fondateurs de l'État hébreu avaient choisi ce qu'ils croyaient être le mode électoral le plus parfaitement démocratique, soit la répartition rigoureuse des sièges en fonction des votes recueillis par chaque parti. Il n'y a pas de circonscriptions, ce sont les partis qui délèguent leurs députés à la Knesset.

À l'usage, ce système angélique allait produire d'innombrables effets pervers et favoriser une culture politique axée sur les tractations de coulisses, les querelles partisanes et l'instabilité gouvernementale. L'époque est bien finie où le Parti travailliste de Ben Gourion et de Golda Meir avait la main haute sur le pays. Les petits partis religieux ou extrémistes, tant de gauche que de droite, ont poussé comme des champignons, et avec l'afflux de réfugiés venus des pays arabes et de l'ex-URSS (deux groupes portés à voter à droite), la vieille gauche travailliste a été graduellement éclipsée par la droite nationaliste.

Il y a des années qu'Israël n'a plus de gouvernement majoritaire. Les grands partis n'arrivent au pouvoir qu'en s'appuyant sur des coalitions où les groupes marginaux, pour peu qu'ils aient récolté 2% du vote, ont un pouvoir démesuré. Une période de négociations fébriles précède la formation du gouvernement... négociations au cours desquelles les partis vraiment représentatifs doivent faire de lourdes concessions pour obtenir l'appui de formations minoritaires.

C'est pourquoi l'extrême droite religieuse pèse aussi lourd en Israël, bien que les Israéliens soient en majorité non pratiquants (ce sont des juifs «culturels» plutôt que religieux, un peu comme les catholiques au Québec: ils célèbrent les fêtes traditionnelles, mais n'écoutent plus les rabbins).

C'est à cause des petits partis religieux qui négocient leur appui à telle ou telle coalition qu'Israël a des lois familiales répressives qui ne correspondent pas à la mentalité d'une population majoritairement laïque, et que les communautés hassidiques ultraminoritaires sont exemptées du service militaire... un privilège qui hérisse la population.

C'est également la «proportionnelle» qui explique l'importance qu'a prise la droite nationaliste, dont même les travaillistes ont souvent eu besoin pour former le gouvernement. Tout projet de rétrocession des territoires occupés depuis 1967 se heurte inévitablement aux objections des intégristes pour qui la Cisjordanie est une terre biblique (la Judée et la Samarie), et le statut de Jérusalem, non négociable.

Les résultats de mardi sont particulièrement épineux. Le centre (Kadima de Tzipi Livni) et la gauche (le Parti travailliste d'Ehoud Barak) ont 41 sièges... le même nombre que la droite (le Likoud de Benyamin Nétanyahou) et l'extrême droite (le Beneitou d'Avigdor Lieberman), dans un parlement où la majorité absolue est de 61 sièges.

Théoriquement, Nétanyahou est mieux placé que Livni pour devenir premier ministre, car il peut obtenir l'appui des petits partis de droite, qui occupent une vingtaine de sièges. Plusieurs autres combinaisons sont possibles. Aucune, cependant, ne garantit un gouvernement stable - une condition nécessaire pour relancer le processus de paix...