Depuis quatre ans, l'absence de marché porteur pour les matières premières a fait chuter de plus de 25 % l'activité économique à Sept-Îles et dans ses environs. Si bien des projets restent encore figés dans la glace, la décision de Tata Steel d'aller de l'avant avec l'exploitation de son gisement de fer de Schefferville apparaît comme une brise estivale des plus bienvenues pour la région.

Publié le 31 juill. 2016
Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

C'est en janvier dernier, au Forum économique de Davos, que le premier ministre Philippe Couillard a annoncé que Québec allait participer aux investissements de 400 millions qu'entendait réaliser la société indienne Tata Steel au cours des deux prochaines années dans son projet de mine de fer à Schefferville, dans lequel l'entreprise a déjà investi 1 milliard.

C'est seulement mardi que Québec a toutefois précisé sa participation financière qui prend la forme d'un prêt de 50 millions et d'un investissement de 125 millions du fonds Capital Mines Hydrocarbures (Investissement Québec) au capital de Tata Steel Minerals Canada.

L'exploitation du gisement Goodwood à Schefferville permettra de faire passer la production annuelle actuelle de 2 millions de tonnes de minerai de fer à 9 millions de tonnes d'ici trois ans.

On parle ici d'une mine à enfournement direct, c'est-à-dire que le minerai de fer qui est extrait n'a pas besoin de subir une transformation - si ce n'est un traitement superficiel - et qu'il peut être expédié directement par bateau pour être exporté vers la Chine et l'Europe, les deux marchés visés par Tata Steel.

L'ACTIVITÉ REPREND ENFIN

Déjà une cinquantaine d'ex-travailleurs de Cliffs Natural Resources ont été rappelés pour relancer les opérations de transport et de transbordement du minerai de fer sur le site de Pointe-Noire, à Sept-Îles, que Québec a racheté du producteur qui a fait faillite il y a deux ans et qu'utilise aujourd'hui Tata Steel.

À Schefferville, plus au nord, 150 travailleurs, en majorité innus, travaillent déjà à l'extraction du minerai de fer pour l'entreprise indienne. D'ici trois ans, Tata Steel prévoit que jusqu'à 550 personnes vont travailler sur le site de Schefferville et à Sept-Îles.

Il s'agit d'une activité importante pour la région qui a été fortement ébranlée par la fin des activités du géant minier Cliffs Natural Resources en décembre 2014, fermeture qui a entraîné la perte de 600 emplois bien rémunérés.

« C'est enfin un bon signal qui est lancé. On espère que d'autres investisseurs potentiels vont prendre exemple sur Tata pour décider d'investir maintenant en vue d'être pleinement opérationnel lorsque la reprise va s'amorcer », affirme Sylvain Larivière, directeur général de Développement économique Sept-Îles.

Plus à l'ouest, à Port-Cartier, l'entreprise espagnole FerroAtlantica a renoncé, en décembre dernier, à réaliser son projet pourtant très avancé d'usine de silicium qui aurait créé 350 emplois. Encore là, c'est la déprime des prix qui a eu raison du sort de cet investissement très attendu.

PRIX ET COÛTS

Côté prix, il faut toutefois préciser que le contexte de l'annonce de cette semaine est quand même nettement plus favorable que celui qui prévalait lors de l'annonce préliminaire de janvier dernier à Davos.

Il y a six mois, le prix de la tonne de fer était à un niveau plancher à 40 $US. Aujourd'hui, même si les prix ne sont pas revenus à leur niveau record d'il y a cinq ans, lorsqu'ils excédaient les 180 $US la tonne, ils sont tout de même au-dessus des 55 $US.

« À ce prix-là, c'est un niveau qui nous permet de survivre », m'explique Armand MacKenzie, directeur en chef des Affaires gouvernementales chez Tata Steel Minerals Canada.

« Avec le taux de change favorable, on obtient un prix moyen de 75 $CAN, ce qui est suffisant pour couvrir nos frais. C'est certain que l'on compte sur une reprise des prix, mais grâce au soutien financier de Québec, on peut réaliser notre projet et bâtir sur l'avenir. »

Jusqu'à tout récemment, Tata Steel devait engager des frais importants pour pouvoir acheminer son minerai de fer parce qu'il était transporté et transbordé par l'Iron Ore du Canada. Grâce aux installations acquises de Cliffs Natural Resources, Tata Steel a pu réduire de façon significative ses frais d'exploitation.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

Déjà une cinquantaine d’ex-travailleurs de Cliffs Natural Resources ont été rappelés pour relancer les opérations de transport et de transbordement du minerai de fer sur le site de Pointe-Noire (photo), à Sept-Îles.