Drôle de coïncidence. Le jour même où l'entreprise montréalaise Ovivo, spécialisée dans le traitement des eaux, annonce qu'elle a accepté d'être rachetée par le groupe allemand Skion, la société H2O Innovation, qui oeuvre dans le même secteur, dévoile qu'elle vient de réaliser l'acquisition de la firme américaine Utility Partners, ce qui lui ouvre la porte du vaste marché des États-Unis et à de nouvelles occasions d'affaires.

Publié le 17 juill. 2016
Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

Le traitement de l'eau et des eaux usées a toujours été une activité industrielle hautement stratégique. En ces temps de réchauffement climatique et de pénurie prévisible grandissante de cette ressource vitale, il l'est devenu encore davantage.

Et c'est la raison pour laquelle l'industrie du traitement des eaux s'est fortement développée au fil des ans pour donner naissance à quantité d'acteurs qui évoluent aux échelons régional, national et international.

Ovivo est le reliquat de ce qui était autrefois le Groupe Laperrière & Verreault (GLV), qui était impliqué dans la fabrication d'équipements industriels pour le secteur des pâtes et papiers, des mines, des métaux et des produits pétroliers ainsi que dans les solutions de traitement des eaux et des eaux usées.

En 2008, GLV, dont le chiffre d'affaires avoisinait le milliard, a vendu toutes ses activités dans le secteur des mines, métaux et produits pétroliers et a versé un plantureux dividende de 33 $ par action à tous ses actionnaires.

En 2014, la famille Verreault revient à la charge et offre 65 millions pour racheter la division d'équipements pour les pâtes et papiers de GLV. Une transaction qui sera réalisée et qui ne laissera plus que la division Ovivo comme entité opérante de l'ancienne GLV.

Ovivo développe et fabrique des équipements spécialisés dans le traitement des eaux. Le groupe emploie 800 personnes, dont 22 au Québec à son siège social de Montréal, et a des activités dans 15 pays, où il réalise un chiffre d'affaires de 330 millions.

« On veut poursuivre le développement de l'entreprise, mais on doit de plus en plus faire face aux grands joueurs mondiaux, tels que Veolia ou GE Water, qui entrent dans nos marchés », m'explique Marc Bourbeau, PDG d'Ovivo.

« On a besoin de capitaux pour faire plus de recherche et développement, réaliser des acquisitions, mais on ne voulait pas diluer davantage nos actionnaires. Après une réflexion stratégique, on a convenu qu'on aurait plus de moyens en privatisant l'entreprise. »

- Marc Bourbeau, PDG d'Ovivo

C'est le groupe allemand Skion, un fonds de placement privé, qui a déjà des intérêts dans sept entreprises dans le secteur du traitement des eaux, qui a offert de racheter, en partenariat avec la Caisse de dépôt, toutes les actions d'Ovivo.

La Caisse avait déjà un bloc de 18 % des actions d'Ovivo ; elle va hausser sa participation à 30 % et Skion va détenir les 70 % restants.

« Skion ne veut pas consolider le secteur. Le fonds laisse la pleine autonomie à chacune de ses entités, mais favorise les échanges de procédés et d'innovations. On leur ouvre le marché de l'Amérique du Nord où ils étaient absents. Ça va nous donner un second souffle », anticipe Marc Bourbeau.

PERCÉE AUX ÉTATS-UNIS

C'est la même motivation qui a poussé la direction de la firme H2O Innovation de Québec à procéder à l'acquisition d'une entreprise américaine, Utility Partners, qui fait de la gestion et de la maintenance de sites municipaux de traitement des eaux.

H2O, qui est de taille plus modeste qu'Ovivo, fait le design et la fabrication de systèmes de traitement des eaux ainsi que la fabrication de produits connexes qui servent à l'industrie.

« On vient d'ajouter un troisième pilier d'activités à l'entreprise en devenant maintenant un opérateur et un gestionnaire de sites municipaux de traitement des eaux. Utility Partners a 27 contrats de gestion dans 27 municipalités dans six États américains », souligne Frédéric Dugré, PDG de H2O Innovation.

« On va pouvoir décrocher de nouveaux contrats, puisque le recours au privé est courant aux États-Unis, et on va implanter nos technologies et nos produits connexes chez ces clients américains. »

- Frédéric Dugré, PDG de H2O Innovation

Grâce à cette acquisition réalisée au coût de 17 millions US, l'entreprise de Québec va ajouter quelque 35 millions à son chiffre d'affaires qui va franchir la marque des 100 millions l'an prochain. Des ventes croisées pourraient permettre de hausser ces revenus dès l'année suivante.

« On est en croissance, il y a beaucoup de joueurs sur le marché et on veut consolider. On n'aurait pas été capables d'acquérir une firme comme Ovivo, mais si cette occasion s'était présentée dans trois ou quatre ans, on l'aurait achetée », assure le jeune PDG.

Usine de traitement des eaux. Photo fournie par GLV

Usine de traitement des eaux. Photo fournie par GLV