À l'approche des vacances de la construction, on lit et on entend partout que les Québécois ont fait une croix sur tout projet de séjour sur les plages de la côte Est américaine, en raison de la trop grande faiblesse du dollar canadien. Une appréhension qui m'apparaissait un peu exagérée, mais qui, après vérifications, est tout à fait fondée.

Publié le 11 juill. 2016
Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

Jusqu'à ce que je vérifie les taux de change des 10 dernières années, je n'étais pas convaincu qu'un dollar à 77 cents US (il a clôturé hier à 76,91 cents) allait être nécessairement un frein aux projets de voyage des vacanciers québécois aux États-Unis. 

Parce qu'on a tellement vécu longtemps durant les années 90 et 2000 sous le règne d'une devise sous-évaluée par rapport au billet vert américain, j'estimais viable d'avoir à composer durant une semaine ou deux avec un taux de change à 77 cents US.

D'autant que j'avais fraîchement en tête la belle remontée qu'a réalisée le dollar canadien depuis le début de l'année, lorsqu'il est parti de son niveau plancher de 68 cents US, en janvier, pour s'approcher des 80 cents US en février. Sans être une aubaine, un dollar US à 77 cents était une voie acceptable.

Il faut toutefois se rappeler que de 2010 à 2014, les Québécois ont été passablement gâtés de pouvoir profiter d'un dollar à quasi-parité avec le dollar US pour réaliser leurs projets de vacances américains.

En 2010, ils pouvaient compter pour voyager aux États-Unis sur un dollar canadien à 98 cents US, en 2011, à 1,05 $US, en 2012, 99 cents US, en 2013, 96 cents US, et en 2014, à 93 cents US.

C'est à partir de l'an dernier que les choses ont commencé à se détériorer lorsque les prix du pétrole ont entrepris leur chute et que le dollar canadien ne valait plus, en juillet 2015, que 77 cents US.

La grande faiblesse de notre dollar s'impose donc comme un immense frais de péage à la frontière américaine alors qu'à l'inverse, elle agit comme un puissant accélérateur pour pousser les Américains à venir nous visiter.

Mon collègue Jean-François Codère nous apprenait en début de semaine que l'industrie montréalaise du tourisme enregistre déjà des records d'achalandage par rapport à l'année dernière, qui était déjà considérée comme excellente. Un des rares bienfaits de la faiblesse du dollar canadien.

LA PRÉVALENCE DES INCONVÉNIENTS

On le sait, et on en a largement profité dans le passé, le principal avantage d'un dollar faible devrait être son effet tonique sur les exportations canadiennes.

Or, les statistiques sur le commerce extérieur du Canada, qui ont été dévoilées mercredi, démontrent que l'effet de devise qui devrait nous être favorable ne se matérialise toujours pas dans la balance commerciale canadienne. Et ce, en dépit du fait que le dollar canadien se transige depuis maintenant 18 mois sous la barre des 80 cents américains.

Dans sa dernière étude économique, la Banque Nationale observe que les exportations canadiennes réelles de produits hors énergie ont encore reculé en mai alors que les importations de son principal partenaire commercial, les États-Unis, étaient en hausse.

Malgré un dollar qui est nettement à leur avantage, les exportateurs québécois et canadiens n'arrivent donc toujours pas à retrouver les niveaux de livraison qu'ils ont enregistrés lors de l'année record de 2007.

En fait, depuis que le dollar canadien a entrepris sa constante progression de 2002 à 2008 et qu'il s'est maintenu à la quasi-parité jusqu'en 2012, les manufacturiers canadiens se sont faits damer le pion par d'autres concurrents, européens et surtout mexicains.

En 2005, le Canada répondait à 15 % des besoins américains et le Mexique 11 %. Aujourd'hui, la part de marché canadienne des importations américaines est tombée à 11 % alors que celle du Mexique est rendue à 13 %.

Non seulement les entreprises canadiennes n'arrivent pas à profiter de la faiblesse du hard pour relancer leurs exportations, mais elles réduisent aussi leurs importations de machinerie industrielle, conséquence du dollar US trop élevé.

La baisse marquée des exportations de pétrole, en raison des incendies en Alberta, a contribué évidemment à affecter nos ventes totales aux États-Unis.

Selon la Banque Nationale, si la situation n'a pas changé en juin, les exportations canadiennes pourraient enregistrer une baisse de 19 % pour l'ensemble du deuxième trimestre, ce qui serait leur pire performance depuis la récession de 2009. Ce n'est certes pas là un bienfait de la baisse du dollar.