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Comme des châteaux de cartes

Le PDG de FerroAtlantica, Pedro Larrea, a annoncé... (ILLUSTRATION FOURNIE PAR FERROATLANTICA)

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Le PDG de FerroAtlantica, Pedro Larrea, a annoncé mercredi que l'entreprise mettait fin à son projet d'usine de Port-Cartier, sous prétexte que la hausse de la production chinoise de silicium métal forçait le groupe à rationaliser sa production.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR FERROATLANTICA

Embarrassant ? Consternant, doit-on ajouter. En l'espace de trois jours seulement, deux gros investissements industriels qui semblaient blindés et coulés dans le béton viennent de s'effondrer comme de fragiles châteaux de cartes. Une illustration triste, mais éloquente que plus rien ne peut être tenu pour acquis dans le marché des matières premières et des commodités.

Il y a bientôt deux ans, j'étais à Davos lorsque l'entreprise FerroAtlantica a annoncé son intention d'implanter une usine de production de silicium métal au Québec, un investissement de près de 400 millions qui allait créer 350 emplois.

Le gouvernement du Québec, dirigé à l'époque par Pauline Marois, avait offert à l'entreprise espagnole un congé fiscal de 10 ans ainsi qu'un tarif d'électricité préférentiel de 20 % inférieur au tarif L de 4,6 cents le kilowattheure qu'Hydro-Québec accorde aux entreprises énergivores.

Il y a un mois et demi à peine, j'étais à Port-Cartier pour visiter le site où FerroAtlantica devait amorcer sous peu la construction de son usine québécoise qui allait produire ce métal qui sert d'alliage pour renforcer l'aluminium et fabriquer des automobiles, de la silicone, des panneaux solaires...

À Davos, le PDG du groupe espagnol, Pedro Larrea, s'était montré drôlement enthousiaste à l'idée d'implanter une première usine en Amérique du Nord alors que son groupe exploitait déjà une quinzaine d'unités de production en Europe, en Amérique du Sud, en Afrique et en Chine.

Cette semaine, l'enthousiasme a fait place à la gêne lorsque M. Larrea a annoncé mercredi que FerroAtlantica mettait abruptement fin à son projet d'usine à Port-Cartier, sous prétexte que la hausse de la production chinoise de silicium métal forçait le groupe à rationaliser sa production.

DU SILICIUM À L'URÉE

Deux jours plus tôt, c'est la Coop fédérée et son partenaire indien IFFCO qui avaient provoqué une commotion certaine lorsqu'ils avaient annoncé lundi la suspension de leur projet de construction d'une usine d'urée à Bécancour, un investissement de 2 milliards qui cheminait à bon rythme depuis maintenant trois ans.

Il y a quelques semaines à peine, j'étais dans le parc industriel de Bécancour pour visiter le lieu d'implantation de cette nouvelle usine qui allait produire de l'urée, engrais azoté fabriqué à partir de gaz naturel liquéfié (GNL). Toutes les ficelles du projet étaient attachées et on avait même réussi à réduire les coûts de construction.

« Le marché de l'urée est très bas, il a chuté de près de la moitié et on n'a aucune idée quand il va se redresser ni même s'il va se redresser. À son prix actuel de 250 $US la tonne métrique, l'usine de Bécancour opérerait à perte », souligne Claude Lafleur, PDG d'IFFCO Canada, la coentreprise derrière cet important investissement.

Le revirement de marché a fait fuir les investisseurs qu'IFFCO Canada avait rassemblés et qui devaient injecter 900 millions dans le projet. Incapables de prévoir le retour sur leur investissement, ces partenaires investisseurs ont décidé de suspendre leur financement.

Contrairement à l'investissement de FerroAtlantica qui ne verra jamais le jour, celui d'IFFCO Canada est, pour l'instant du moins, reporté au moment où le marché donnera des signes de redressement.

La Coop fédérée s'était engagée à utiliser 50 % de la production de la nouvelle usine alors que son partenaire indien prévoyait absorber l'autre 50 %.

LES DOMMAGES COLLATÉRAUX

En l'espace de 48 heures, le Québec vient donc de perdre deux importants investissements étrangers qui devaient se réaliser dans des régions qui en avaient bien besoin.

La Côte-Nord souffre de la grande et persistante faiblesse de la demande mondiale des produits de matières premières, et la région de Bécancour est en reconstruction industrielle depuis la mise hors service de la centrale nucléaire de Gentilly-2.

Le retrait - que l'on souhaite temporaire - d'IFFCO Canada ne devrait pas avoir d'incidence sur l'investissement de 800 millions que s'apprête à réaliser la société norvégienne Stolt LNGaz dans la construction d'une usine de liquéfaction du gaz naturel.

IFFCO Canada devait s'approvisionner en GNL auprès de ce nouveau fournisseur, mais Stolt LNGaz prévoyait également desservir les entreprises minières dans le Nord-du-Québec et acheminer du GNL vers l'Europe, notamment en Angleterre.

La décision de FerroAltantica de ne pas aller de l'avant avec son investissement à Port-Cartier aura un impact direct sur la société forestière Arbec.

FerroAtlantica devait acheter l'ancienne usine de papier d'Arbec pour y emménager sa nouvelle usine de silicium. FerroAtlantica prévoyait également construire au coût de 40 millions une usine de cogénération qui aurait été alimentée en biomasse par la scierie qu'exploite Arbec à Port-Cartier.

Arbec prévoyait également construire une usine de granules et une autre de biocarburant dans ce qui serait devenu un important complexe industriel intégré. Les investissements combinés d'Arbec et de FerroAtlantica auraient ainsi pu atteindre 650 millions.

Arbec a appris mercredi la nouvelle du désinvestissement de FerroAtlantica et ses dirigeants étaient réunis jeudi en réunion d'urgence pour revoir du tout au tout leur planification stratégique.

On le voit bien, le secteur des ressources et des commodités ne sourit pas au Québec par les temps qui courent et rien ne laisse croire qu'il deviendra prochainement un peu plus prévisible.




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