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Quand la collusion mène au démantèlement

La collusion et la corruption ont permis durant de nombreuses années à la firme d'ingénierie Dessau de consolider sa position dans la gestion de travaux publics au Québec et de pleinement garnir ses coffres et ceux de certains de ses dirigeants. Le coût de cette démarche collusive au bilan final de l'entreprise aura toutefois été dévastateur puisqu'il vient de la conduire à son démantèlement pur et simple.

La vente des activités d'ingénierie de Groupe Dessau à l'albertaine Stantec, qui a été confirmée hier par les deux sociétés, est la meilleure chose qui pouvait arriver à ses 1300 professionnels depuis que les bruits de collusion et de financement politique illégal entourant la firme de Laval se sont mis à amplifier, il y a trois ans.

Le Groupe Dessau, qui employait alors quelque 5000 personnes et qui affichait des revenus annuels de 750 millions de dollars, a été violemment secoué par le témoignage à la commission Charbonneau de Rosaire Sauriol, son vice-président et deuxième actionnaire en importance, derrière son frère Jean-Pierre, PDG de l'entreprise.

En avouant que sa firme avait participé de façon régulière au financement illégal de partis politiques et qu'elle faisait partie d'un système de collusion pour le partage des contrats de travaux publics, Rosaire Sauriol a jeté l'opprobre sur Dessau et l'a banni du jeu des appels d'offres gouvernementaux.

Son frère Jean-Pierre et lui, qui possédaient plus de 50% des actions de Dessau, n'ont eu d'autre choix que de démissionner parce qu'ils étaient au coeur des pratiques collusives.

En démissionnant, les deux actionnaires de contrôle de Dessau ont forcé les 350 actionnaires-associés mais minoritaires du groupe à prendre en charge la valeur de leurs actions dans le groupe.

«Il fallait recapitaliser l'entreprise afin de ne pas pénaliser les 350 actionnaires-associés. Les frères Sauriol n'ont pas été payés pour leur bloc d'actions, celui-ci est devenu une créance qui ne sera remboursée que lorsque les actionnaires minoritaires auront pleinement recapitalisé l'entreprise. Ce ne sera fait qu'à l'issue d'un long processus», m'a expliqué hier Isabelle Jodoin, PDG de Dessau Ingénierie.

Un démantèlement forcé

En avril dernier, Groupe Dessau a entamé le processus de son démantèlement en cédant sa division LVM, spécialisée en ingénierie des sols à la société Oncap. Cette division employait 1400 personnes.

Hier, Dessau a cédé sa division Ingénierie qui occupe 1300 professionnels dans plus de 20 bureaux au Québec et en Ontario (2).

En s'intégrant à la firme Stantec, qui n'avait pas de présence significative dans le marché québécois, ces ingénieurs viennent d'obtenir le salut qu'aucun groupe québécois n'aurait pu leur assurer puisque les acteurs les plus importants auraient été incapables de les intégrer tous.

La grande majorité des actionnaires-associés de Dessau vont donc se joindre au groupe albertain tout en surveillant attentivement la suite des choses.

Groupe Dessau va maintenant procéder à la vente des quatre bureaux d'ingénierie qu'elle exploite à l'étranger, soit en Colombie, au Chili, au Pérou et en Algérie, où s'activent 1000 professionnels.

Dessau devra aussi se départir de ses divisions Simo - qui exploite des usines d'épuration et des réseaux d'aqueduc - et Sogep - qui gère des infrastructures récréotouristiques -, deux divisions qui emploient 200 personnes.

Enfin, on devra sceller le sort de Verreault, la division qui chapeaute les activités dans le secteur de la construction avec 150 professionnels. C'est d'ailleurs Marc Verreault, qui s'est associé à Dessau en 2008, qui est aujourd'hui le PDG de Groupe Dessau.

M. Verreault n'a pas voulu commenter la transaction d'hier, mais sa voix trahissait une amertume certaine. Depuis un an et demi, soit depuis la comparution-choc de Rosaire Sauriol à la commission Charbonneau, les activités de Verreault sont au point mort.

Il y a eu la Commission, le bannissement de Dessau aux soumissions gouvernementales et maintenant la très faible activité de contrats publics de construction. «On attend que ça reparte, on est à l'affût», lance, un peu dépité, le PDG de ce qui reste de Groupe Dessau.

Chose certaine, l'effondrement pitoyable de ce qui aurait pu devenir un fleuron de notre économie nous rappelle que miser sur la cupidité comme moteur de croissance relève d'une stratégie d'extrême courte vue. La cupidité n'a jamais été un gage de pérennité.




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