Depuis le début de l'année, les marchés boursiers poursuivent leur surprenante ascension en produisant leur lot de rendement à une cadence soutenue. Un rythme qu'est incapable de suivre la Bourse de Toronto, qui traîne toujours la patte par rapport à ses semblables américaines, européennes et japonaise. C'est le temps de s'intéresser aux titres québécois.

Publié le 16 nov. 2013
Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

Les deux principaux indices américains, le Dow Jones et le S&P 500, ont une fois de plus terminé la séance de jeudi à des niveaux records. Depuis le début de l'année, le Dow s'est valorisé de 23,8 %, tandis que le S&P 500 affiche une progression de 27,8 %.

C'est ce qu'on appelle de solides rendements et c'est exactement ce que les gestionnaires de caisses de retraite cherchent à obtenir depuis cinq ans maintenant - depuis que les taux d'intérêt ont été ramenés au plancher - pour renflouer leurs coffres et faire face à leurs obligations.

La performance étonnante des Bourses américaines, qui cumulent près de cinq ans de rendements positifs - mis à part l'année 2011 où le Dow a progressé mais où le S&P 500 s'est légèrement replié -, a permis aux investisseurs de doubler la valeur de leurs actifs durant cette période.

Les marchés boursiers européens ont été eux aussi très productifs depuis le début de l'année. En dépit de l'enlisement économique de la zone euro, qui s'est poursuivi durant les premiers mois de l'année, et de la très précaire reprise qui s'est amorcée depuis, les principales places boursières européennes sont en feu.

La Bourse de Londres a produit un rendement de 17,4 % depuis le 1er janvier. Le marché boursier allemand s'est apprécié de 20,1 %, et même la Bourse française a fait fi de l'austérité et de la morosité persistante pour générer des gains de 21,35 %.

Enfin, la Bourse japonaise a littéralement explosé pour célébrer le retour à la croissance économique positive en 2013, accumulant une plus-value de 45,3 % depuis le début de l'année. Et ce n'est pas fini...

Des entreprises en marche

Durant la même période, l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto n'a pas réussi à faire mieux qu'un rendement de 10,9 %. S'il s'agit là d'une performance tout à fait respectable, elle paraît toutefois très «drabe» par rapport à la frénésie qui a gagné les Bourses des pays industrialisés.

L'indice canadien est notamment plombé par sa surpondération en actions d'entreprises des secteurs de l'énergie et des matériaux de base, qui sont victimes d'une conjoncture mondiale défavorable mais qui composent tout de même 37 % de l'indice de la Bourse de Toronto.

Devant pareil constat, les investisseurs auraient intérêt à se pencher un peu plus sérieusement sur les titres québécois, comme le démontre de belle façon Pierre Lussier, président de Sipar, une société de gestion de portefeuille de titres exclusivement québécois, d'une valeur de 450 millions de dollars.

Pierre Lussier, routier du monde de l'investissement, a fait une brève mais convaincante présentation jeudi à un colloque ayant pour thème «Où investir en 2014» qu'organisait l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques.

On dénombre 113 entreprises québécoises qui sont inscrites à la Bourse de Toronto, et leur valeur boursière a franchi en octobre la marque des 300 milliards. Leur poids dans l'indice TSX, qui était de 11 % il y a trois ans, est aujourd'hui de 14 %.

Au troisième trimestre, lorsque le TSX affichait un rendement de 5,3 %, l'indice Morningstar/Banque Nationale qui suit les 55 plus importantes sociétés publiques québécoises (qui totalisent 295 milliards) cumulait un rendement de 19,1 %.

Le portefeuille d'actions québécoises de Sipar - qui regroupe une trentaine d'entreprises - affichait pour sa part un rendement de 24,8 %, beaucoup plus proche du S&P 500 que du S&P/TSX. Sur cinq ans, le fonds Sipar cumule un rendement de 18,4 % comparativement à 4,8 % pour le S&P/TSX.

«On a de la profondeur au Québec. On a des entreprises bien gérées qui sont des leaders dans leur secteur et dont l'essentiel des revenus provient de l'extérieur du Québec. On est dans des secteurs diversifiés qui sont complémentaires à ceux du TSX», observe le gestionnaire de portefeuille.

Pierre Lussier souligne que bon nombre d'entreprises du Québec surpassent, et de loin, le rendement produit par le TSX. Il cite Mediagrif, qui cumule un écart de rendement annualisé sur 15 ans de 43,8 % par rapport au TSX, MTY, 27,8 %, Couche-Tard, 25,9 %, Stella-Jones, 24,4 %, Gildan, 23,8 %, CGI, 20,4 %, et TransForce, 20,2 %.

Malgré tout, la moyenne des titres de son portefeuille de 30 entreprises québécoises s'échange à un ratio moins élevé que celui de l'indice torontois. Les titres québécois font mieux que le TSX et ils ont encore de l'espace pour se valoriser. Ce n'est quand même pas rien!