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Chantal Petitclerc, en attendant la suite

Jean-François Bégin... (Photo: La Presse)

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Jean-François Bégin

Photo: La Presse

N'insistez pas: les Jeux paralympiques, pour Chantal Petitclerc, c'est fini. Ne la cherchez pas sur la piste d'athlétisme à Londres en 2012.

La coureuse en fauteuil roulant aura 42 ans lors des prochains Jeux paralympiques. Mais ce n'est pas tant son âge que le sentiment d'avoir fait le tour du jardin qui l'incite à tirer sa révérence. Après 21 médailles en cinq participations aux Jeux depuis 1992, dont cinq d'or lors de ceux de Pékin, en septembre, Petitclerc a déjà réalisé ses rêves les plus fous.

 

«J'ai gagné cinq médailles d'or et je détiens les records du monde sur 100, 200, 400, 800 et 1500 mètres. Je ne pourrais rien faire de plus... et je ne pourrais me contenter de moins. Ce que j'ai fait est trop parfait - et je l'ai déjà fait.»

Vous avez visiblement apprécié la performance de Petitclerc à Pékin. Dix athlètes étaient en lice pour le titre d'athlète québécois de l'année de La Presse, mais la native de Saint-Marc-des-Carrières, dans Portneuf, a dominé la concurrence, recueillant près de la moitié des suffrages.

L'année 2008 a été la plus satisfaisante en carrière pour Petitclerc, déjà gagnante sur cinq distances à Athènes, il y a quatre ans. À Pékin, elle devait composer avec les attentes des autres. «Pour la première fois, je ressentais une pression externe. Dans le village paralympique, je me sentais un peu comme Michael Phelps. Tu ne veux pas être arrogante, mais pour tout le monde, j'étais la fille qui essayait de gagner cinq médailles d'or.»

Elle avait songé à se concentrer sur le 200, le 400 et le 800, pour laisser le 100 et le 1500 aux spécialistes de ces distances qui requièrent des qualités athlétiques très différentes: technique pure et explosivité, versus stratégie et endurance. Mais elle a finalement décidé de plonger après une discussion avec son entraîneur, Peter Eriksson, au début juillet. «On parlait et il a fini par éclater de rire. «Qui essayons-nous de leurrer? Bien sûr qu'on va essayer de gagner cinq fois l'or!» C'était important pour moi, parce que je savais que s'il pensait que je pouvais le faire, c'est que j'en étais capable.»

De grands progrès

Chantal Petitclerc fait pratiquement l'unanimité cette année. Plus tôt ce mois-ci, elle est devenue le deuxième paralympien, après Rick Hansen en 1983, à gagner le prestigieux trophée Lou-Marsh, remis depuis 1936 à l'athlète canadien de l'année.

«Quatre ou cinq journalistes qui ont voté m'ont appelé dans les jours suivants pour me dire que ce n'était pas un prix de sympathie pour le sport paralympique, mais une récompense pour la haute performance», raconte-t-elle. Des commentaires qui ne sont pas anodins pour cette fille qui s'est battue pour que soit reconnue la valeur du sport paralympique.

Celui-ci a beaucoup évolué depuis l'époque où Petitclerc a remporté ses deux premières médailles (de bronze) aux Jeux de Barcelone, il y a 16 ans. «Juste depuis Athènes, en 2004, ça a progressé très rapidement, dit-elle. Le calibre est très relevé. Toutes les filles contre qui j'ai couru à Pékin s'entraînent à temps plein dans des centres d'entraînement qui sont souvent intégrés à ceux des athlètes olympiques. L'accès aux entraîneurs, à la science du sport, a augmenté le niveau d'un cran.»

«Oui, la base d'athlètes est plus petite, parce qu'il faut être handicapé et que plusieurs sports sont très chers. Et il est vrai que trop d'épreuves ne sont pas encore assez compétitives à mon goût. Mais ce n'est pas le cas dans mon sport. On peut évaluer objectivement la valeur des médailles en regardant combien de pays participent et la profondeur du peloton. L'athlétisme en fauteuil roulant est aussi compétitif que plusieurs épreuves olympiques.»

Non à 2012

On le sait, Petitclerc n'a pas apprécié que Sports Québec ait omis de mettre en nomination les athlètes paralympiques lors de son gala annuel, il y a 10 jours, sous prétexte que leurs performances étaient survenues après la date limite du 31 août. «C'est important d'avoir des convictions et de prendre position, dit-elle. Je continue de penser qu'il n'y a pas de raison d'attendre à décembre 2009 pour célébrer les paralympiens.»

Si 2009 est trop loin pour Petitclerc, que dire de 2012! «Je n'irai pas aux Jeux de Londres, mais personne ne me croit, dit-elle en riant. J'espère que je vais être capable de passer à autre chose. J'aimerais être impliquée dans l'équipe, mais pas comme athlète.»

Si elle jure ses grands dieux qu'elle ne deviendra pas aux Jeux paralympiques ce que Dominique Michel a été au Bye-bye (une éternelle revenante), Petitclerc n'entend pas pour autant abandonner la compétition. Elle entend maintenant se tourner vers les épreuves de longue distance sur route. «Je vais faire de petites compétitions pendant deux ou trois ans et si ça va bien, de plus grosses épreuves», dit-elle.

Conférences, dîners de gala, tournée au Saguenay pour le compte de son commanditaire de longue date, Rio Tinto Alcan: l'automne a passé très vite pour Petitclerc. «C'est la première fois de ma vie que je ne m'entraîne pas pendant si longtemps. Tellement que récemment, j'ai fait des cauchemars de course où ça n'allait pas du tout. J'ai pris trois livres et je capote. Il est temps que je reprenne l'entraînement.»

Elle va devoir se trouver un nouveau mentor. Eriksson, son coach de toujours, vient d'être nommé à la tête de l'équipe paralympique britannique, en vue des Jeux de Londres. (Une lourde perte pour le Canada, en passant.) Mais son programme est déjà arrêté pour 2009. La distance qu'elle parcourt à l'entraînement va augmenter graduellement et passer de 160 à 250 kilomètres par semaine. Objectif ultime: le marathon de New York, en novembre. Elle sait qu'elle a des croûtes à manger avant de rivaliser avec les meilleures: son record personnel sur la distance est de 1h47, alors que l'élite mondiale tourne autour de 1h38.

La connaissant, toutefois, on va attendre avant de parier contre elle.

 




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