C'est un premier gros, gros coup de coeur que cette comédie décoiffante La vie parfaite, qui démarre sur les chapeaux de roues le mercredi 11 septembre à 21h30 sur les ondes de Radio-Canada.

Hugo Dumas LA PRESSE

C'est audacieux, rigolo, intelligent, rythmé, irrévérencieux, punché, bien joué et réalisé de façon hyper nerveuse par Louis Choquette (Le gentleman). En fait, j'ai trouvé La vie parfaite pas mal plus drôle que Les pêcheurs de Martin Petit, l'autre nouvelle comédie de la SRC. Personnellement, j'aurais programmé La vie parfaite les mercredis à 21h, tout de suite après Les enfants de la télé, question de lui amener un plus gros bassin de téléspectateurs. Mais, bon. C'est un détail.

Car le premier épisode de La vie parfaite est un feu roulant de gags et plusieurs familles modernes se reconnaîtront dans le quotidien chaotique des Pedneault-Péloquin. Ça hurle, ça pleure, ça casse des objets et ça fait aussi des doigts d'honneur. Et c'est tricoté de façon très serrée, sans aucun maillon faible.

Au coeur de cette cellule orageuse, il y a la mère, Julie (excellente Catherine Trudeau), qui régente avec peu de succès la dynamique à l'intérieur de leur grosse cabane bordélique de Brossard, pas loin du DIX30. Son copain Éric (Steve Laplante), junkie de gadgets, est un consommateur compulsif qui va chercher son fix quotidien dans un grand magasin d'électronique de type Best Buy. Plutôt rondouillette, la fille de Julie, Élodie (Lili-Anne Paquette), est une ado dégourdie «full attitude» qui entre au secondaire (à l'école privée, évidemment).

Le fils d'Éric, Mathis (Ézékiel Séguin), est un petit monstre de 5 ans qui ne parle pas encore, mais qui fait du bruit comme un semi-remorque. Et il y a Mégane, six mois, la fille d'Éric et Julie, qui nous raconte en voix hors champ l'histoire essoufflante des Pedneault-Péloquin, un peu à la façon du film Look Who's Talking (De quoi je me mêle!, en version française). Mégane observe avec beaucoup de sagesse sa famille. Bref, c'est pratiquement elle la plus adulte de la tribu.

À ce baril de poudre format familial, il faut ajouter la mère d'Éric, Estelle (Thérèse Perreault), la grand-mère bien intentionnée qui provoquera toujours - et bien malgré elle - l'étincelle fatale. Il y a une scène, dans le premier épisode, impliquant du chou-fleur, une couche et la craquante Mégane qui m'a littéralement fait pleurer de rire.

La vie parfaite n'a rien à voir avec Les Parent, dont le propos est plus familial. Dans La vie parfaite, vous entendrez le papa Éric dire, à propos de sa petite Mégane: «C'est un bébé, c'est comme une plante verte, ça n'a pas conscience de rien.»

La grand-maman Estelle est attachante dans toutes ses maladresses. Sa propension à multiplier les gaffes finira, on le devine assez facilement, par aider cette famille survoltée à trouver un certain équilibre entre la garderie, les cours de natation et le boulot.

Au deuxième épisode, nous faisons connaissance avec le père de Julie, incarné par Rémy Girard, un homme mal dégrossi qui est devenu riche en vendant des toilettes chimiques. Sa nouvelle conjointe est jouée par Marie Turgeon, la députée du coin. Ils viennent d'adopter une petite fille, prénommée Ginette, en Haïti.

Le seul bémol dans La vie parfaite se trouve dans les personnages ethniques. La policière hispanique parle avec un accent latino à couper au couteau (comme le massothérapeute Carlo dans les premières saisons de Destinées). Même chose pour le voisin haïtien, dont l'accent créole semble presque caricatural. Pourquoi? L'équipe a longtemps débattu de la question des accents, prononcés ou non. «La carte de la comédie, on a finalement décidé de la jouer jusqu'au bout», explique le réalisateur Louis Choquette.

La vie parfaite a été imaginée par les deux auteurs de Mirador, Daniel Thibault et Isabelle Pelletier. On les sent beaucoup plus à l'aise quand ils peuvent lâcher leur fou. Et cet univers cacophonique, ils le connaissent très bien: ils forment un couple et ont eu quatre enfants, aujourd'hui âgés de 8 à 20 ans.

Daniel Thibault ne s'en cache pas: Estelle, c'est sa mère, qui s'appelait aussi Estelle. Et la plupart des ressorts comiques de La vie parfaite ont été inspirés par des événements réels chez les Thibault-Pelletier.

En regardant évoluer les Pedneault-Péloquin, vous direz sans doute: mon Dieu qu'ils sont hystériques. Puis, posez un regard sur la journée de fou que vous venez de traverser. Alors, qui est le plus névrosé: vous ou eux?