À peu près rien à écrire de négatif sur le septième passage consécutif de Louis-José Houde à la barre du gala de l'ADISQ, hier soir. L'humoriste s'améliore avec les années et ne tombe pas dans le piège de la redite. Du travail, il en a mis dans l'écriture de ses textes. Il a pris son rôle très au sérieux, et ça paraissait.

Hugo Dumas LA PRESSE

La seule grosse gaffe de Louis-José Houde a été de rebaptiser Marie-Denise Pelletier Marie-Michèle Desrosiers. Rien de bien catastrophique. Après un gala des Gémeaux plus qu'ordinaire, ça faisait du bien de voir un maître de cérémonie à l'aise, vite sur ses patins et capable de prendre des blagues au rebond. Jamais trop méchant, juste assez piquant, l'animateur a trouvé le ton juste dans chacune de ses interventions.

Par contre, le choix des artistes qui ont poussé la note hier soir manquait d'équilibre. Bien sûr, il faut encourager la relève et diffuser de nouvelles musiques comme celles bidouillées par les Patrice Michaud, Salomé Leclerc et Sophie Beaudet. Rien à dire contre ça. C'est essentiel. Mais il ne faut pas non plus négliger ce qui tourne à la radio, même si l'intelligentsia trouve ça mauvais et ultra-quétaine.

Les Québécois qui achètent (légalement) des disques de Maxime Landry ou qui applaudissent Kaïn aux quatre coins de la province, ils regardent la télévision et l'ADISQ, c'est aussi leur gala. Pourquoi ai-je l'impression que les organisateurs ont un peu snobé ce type de consommateur «grand public» hier soir?

Pourtant, populaire n'égale pas toujours mauvais. Regardez ce qui s'est passé pendant l'hommage à Renée Martel. C'était parfait. Il y avait plein de chansons accrocheuses (Liverpool, Viens changer ma vie, Un amour qui ne veut pas mourir et Je vais à Londres), la foule souriait et tapait des mains joyeusement. Bien aimé aussi le trio des rousses, formé de France D'Amour, Laurence Jalbert et Marie-Denise Pelletier, pour le pot-pourri des 10 chansons de l'année. Excellente idée, bien exécutée.

Le premier numéro musical de la fête, soit Piste 1, du groupe Galaxie, a par contre donné ce ton un peu champ gauche au gala. Honnêtement, ce n'était pas la meilleure façon d'accrocher les téléspectateurs en début d'émission. N'oublions pas que l'ADISQ, c'est d'abord un immense show de télévision, pas une vitrine du Québec dans un festival de folk européen. Il faut donc surprendre les téléspectateurs et les retenir jusqu'à la fin.

Pourquoi ne pas avoir démarré la cérémonie avec Ariane Moffatt ou Vincent Vallières, des artistes beaucoup plus connus du grand public, pour ensuite enchaîner avec Marie-Pierre Arthur et Galaxie? Du populaire suivi du plus pointu. Et puis, entre vous et moi, ça manquait de gros succès dans ce segment d'ouverture, des succès que l'on aurait pu tous fredonner dans nos salons. Passons.

Heureusement, Louis-José Houde a rattrapé tout ça de façon spectaculaire avec son humour d'observation qui vise toujours en plein coeur de la cible. L'humoriste a enfilé les gags à saveur musicale sur le «walkman», le «discman», les gens qui filment les spectacles avec leur iPad, ou la madame qui danse toute seule, déclenchant des cascades de rires dans le Théâtre St-Denis. Beau travail, car décoincer les membres d'une industrie dans une salle impersonnelle, ce n'est pas toujours évident.

Côté son, il y a eu quelques pépins. Côté scénographie, c'était peu recherché et très minimal. En même temps, cette simplicité et ce dépouillement ont souvent été payants hier soir, comme pendant Place de la République, de Coeur de pirate. Piano, violon et violoncelle, c'était très joli. Même chose pour la prestation de Fred Pellerin: pas besoin de fontaine d'eau ou de crache-flammes pour procurer des frissons dans un numéro.

Du côté des remerciements, Fred Pellerin, qui a gagné le Félix du meilleur album folk, a été touchant, parlant de poésie et d'artisanat. Il avait l'air sincèrement content d'être là. Tout comme Lisa LeBlanc, qui a fait des «huge mercis» en rappelant «que tout le monde torchait cette année».

Sacrée interprète féminine, Coeur de pirate a lancé: «je vais peut-être brailler parce que j'ai une chute d'hormones majeure». Puis, Béatrice Martin s'est excusée à Isabelle Boulay, une chouchou du public: «Isabelle, mon père ne sera pas content que je t'aie volé ce Félix». Bravo pour la dérision.

Les experts prévoyaient une soirée 100% féminine hier soir. Il a cependant fallu attendre une bonne heure et quart, après Richard Desjardins, Avec pas d'casque, les Douze hommes rapaillés et Fred Pellerin, avant de voir la première chanteuse grimper sur le podium. Comme le dirait Lisa LeBlanc, peut-être que demain ça ira mieux, mais aujourd'hui...