Il existe un documentaire hyper pertinent à bricoler sur l'impitoyabilité du milieu de la radio dite commerciale et les règles économiques sauvages qui gouvernent ses artisans. Ce film, ce n'est malheureusement pas Le match de la radio, que diffusera Canal D dimanche à 19 h.

Mis à jour le 29 févr. 2012
Hugo Dumas LA PRESSE

D'abord, parce que cette oeuvre de 68 minutes - 1 h 30 avec les pauses publicitaires - ne remplit pas ses promesses. Dans les premières secondes, le narrateur et scénariste Christian Tétreault, adoptant un ton dramatique, nous présente l'univers de la radio commerciale comme un match sans horloge, une course effrénée au succès et un milieu cruel plutôt sans coeur. Un sujet qui s'annonce captivant, avouons-le.

Or, cette prémisse n'est qu'effleurée et le propos du Match de la radio s'éparpille dans toutes les directions. La radio-poubelle de Québec, la dictature des formats musicaux, la façon de calculer les cotes d'écoute, la montée des Grandes Gueules ou de François Pérusse: en une heure et trente minutes, le documentaire parle de tout ça, mais jamais en profondeur.

Le réalisateur Pierre Ouimet, lui-même un ancien de NRJ, consacre de longues minutes à présenter Philo Lirette, le fils du célèbre Mario Lirette, qui anime l'émission du matin à NRJ Drummondville. C'est intéressant, mais au-delà du caractère anecdotique, en quoi cela alimente-t-il le fil conducteur? Sachez-le: Philo Lirette a une panthère noire, la panthère noire de NRJ, tatouée sur la fesse gauche.

C'est dommage, car Le match de la radio contient plusieurs parcelles attrayantes. Par exemple, un ancien cadre de NRJ, Sylvain Simard, raconte comment se déroule le processus de congédiement d'un animateur qui ne tire plus assez de jus en ondes. Puis, la caméra se braque sur l'employé congédié, en l'occurrence Ricky Dee, qui livre sa version des faits.

«C'est une opération de calcul, c'est un commerce, la radio», commente l'analyste Claude Thibodeau dans l'émission, qualifiant les DJ d'aujourd'hui de «vendeurs de serviettes sanitaires ou de chars». Gilles Proulx, dont les propos tranchants donnent du poids au film, dénonce lui aussi cette philosophie mercantile.

Dans la grande région montréalaise, une part de marché vaut environ un million de dollars en recettes publicitaires. Et les analystes financiers scrutent absolument tout ce qui se rattache aux trois gros conglomérats contrôlant les stations de radio, dont la signature des contrats des grosses vedettes derrière le micro.

Voilà des informations significatives. Que Philippe Bond joue des tours pendables à son supérieur en peignant son bureau en rose, ça nous écarte inutilement du point à l'étude. Autre accroc majeur: où se cachaient les patrons de Cogeco le jour des entrevues? À la caméra, on ne voit que des cadres de chez Astral. Ce n'est pas un secret, Astral possède aussi Canal D, qui présente Le match de la radio. Ceci explique cela.

Heureusement, les têtes d'affiche de Cogeco comme Paul Houde, Mario Lirette et Paul Arcand empêchent l'opération de sombrer dans l'infopub. Paul Arcand se montre très cinglant envers les formats musicaux, qui dictent les chansons tournées sur Rouge FM ou Rythme FM. «Je trouve ça pathétique», martèle le timonier de Puisqu'il faut se lever, qui égratigne aussi ce qu'il qualifie de conservatisme total.

À propos de la radio de Québec, Charles Benoît, vice-président exécutif d'Astral Radio, note qu'il «faut être de Québec pour y travailler». Il faut que ça torche, rappelle Claude Thibodeau, lui-même ancien animateur. Pour Gilles Proulx, «la radio de Québec est abominablement lamentable».

Contrairement à la belle époque des années 80, les animateurs d'aujourd'hui n'ont pratiquement plus de temps pour placoter entre trois pubs de concessionnaires automobiles et une série de huit chansons sans interruption commerciale. Julie St-Pierre, de NRJ, confiera qu'en deux heures d'antenne, elle ne parle que deux minutes et dix secondes. Le temps de dire bonjour, restez à l'écoute, et hop, la musique repart.

À la fin du Match de la radio, on assiste à une scène qui aurait pu être délicieuse. Le jour du dévoilement des sondages, le grand patron d'Astral, un brin nerveux, convoque tous ses subalternes afin de décortiquer les derniers chiffres BBM. Hélas, la porte du bureau se ferme et le son coupe.

Comme téléspectateur, c'est frustrant, car c'est exactement ce genre de moment de coulisses qui rend un documentaire fascinant. Dommage.