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Malenfant: plus héros que zéro

Les souvenirs de la famille Malenfant ne brillent pas fort, fort dans notre inconscient collectif. L'hôtelier Raymond Malenfant reste un antisyndicaliste primaire peu éduqué, un bum incapable d'aligner deux phrases sans bafouiller, dont l'empire, estimé à 400 millions dans les années 80, s'est écroulé comme un château (un manoir?) de cartes. Faillite personnelle, trafic de drogue au motel Le Vicomte de Laval, incendie, grave accident d'auto, le conte de fées scintillant des Malenfant a fini en cauchemar terrifiant.

Pourtant, et même si ce n'est pas le but de cette entreprise télévisuelle, la minisérie de quatre heures que lui consacre la chaîne Séries + (début jeudi 24 février, à 21 h) nous présente d'abord l'autre facette de ce personnage controversé, c'est-à-dire le bon père de famille, le batailleur, le bâtisseur parti du fin fond d'un rang qui a érigé des motels à la sueur de son front. Le rêve américain, quoi.

Luc Picard, qui campe Raymond Malenfant, souligne: «Avant le tournage, j'avais une impression négative de Raymond Malenfant. Maintenant, mon opinion est mitigée. Il a fait plusieurs mauvais coups, il en a aussi fait des bons. Je ne me suis pas affairé à le juger, ni d'un côté ni de l'autre. C'est un personnage plus grand que nature. C'est un mononcle à bas bruns qui voit grand. Un tragédien aurait voulu écrire une histoire comme ça et n'aurait pas fait mieux.»

Chose certaine, dans les deux premières heures de cette oeuvre qui en compte quatre, Luc Picard offre une version un brin rabotée de Malenfant, qui nous apparaît plus lisse, plus raffiné, sans tic de langage et sans son côté rustre. C'est un choix qui se justifie: si le public n'aime pas (un peu) le personnage principal d'une série, pourquoi la suivrait-il toutes les semaines?

Luc Picard ne tente pas d'imiter ce châtelain intransigeant. «Sa façon de s'exprimer et de bouger n'est pas aussi imprimée dans la mémoire des Québécois que celle de Michel Chartrand, par exemple», constate l'acteur.

Luc Picard incarne l'hôtelier controversé Raymond Malenfant dans... (Photo: fournie par Séries+) - image 2.0

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Luc Picard incarne l'hôtelier controversé Raymond Malenfant dans la minisérie sur l'hôtelier controversé présentée à Séries +, tandis que Julie McClemens prend les traits de sa femme, Colette.

Photo: fournie par Séries+

Le scénariste Claude Paquette (Willie), s'inspirant librement des faits réels, a plutôt tricoté son histoire autour de la notion du clan des Malenfant, un clan uni, serré, envers et contre tous (surtout contre les capotés de la CSN). C'est le point d'ancrage de Malenfant, réalisée par Ricardo Trogi (Les étoiles filantes, 1981, Horloge biologique).

Le premier épisode comporte plusieurs bonds dans le temps. Il démarre en 1987, alors que Malenfant, alias «le toffe de La Malbaie», est sacré homme d'affaires de l'année, puis saute rapidement en 2001, quand le patriarche a été happé violemment par une voiture à Laval, le plongeant dans un coma de 10 jours.

Puis, retour en 1938 au Témiscouata, où le jeune Malenfant a grandi dans une famille d'agriculteurs, pour atterrir en 1954, à Québec, où Raymond, beau parleur et charmeur, flirte avec la jolie Colette Perron (Julie McClemens), qu'il épousera et qui restera à ses côtés dans les bons comme dans les pires moments. Une scène montre même Raymond Malenfant sauvant une jeune fille des griffes de méchants soldats en permission dans la Vieille Capitale. Faut quand même pas charrier dans l'opération de réhabilitation, ici.

Le côté plus fleur bleue du récit disparaît en 1965 avec le projet de construction du premier motel Universel à Sainte-Foy. Raymond Malenfant, dépeint comme un rêveur ambitieux, en découd une première fois avec les syndicats et se lie avec Adrien Lafond, entrepreneur usurier qui finance ses projets.

On passe rapidement sur la juteuse transaction avec la famille Steinberg qui a permis à Raymond Malenfant d'encaisser son premier million, tout comme on explique très peu les motifs de la première grève au motel Universel. Au deuxième épisode, les Malenfant se la coulent douce sur un yacht. Côté relations de travail, ça se morpionne. Raymond Malenfant répète qu'il faut faire terroriser les employés, car «la peur, ça rend raisonnable et ça rend obéissant». Malenfant martèle aussi que «les guerres, c'est moi qui les commence et c'est moi qui les finis».

Pour éviter des ennuis avec le fisc, Malenfant invitera sur son gros bateau un haut fonctionnaire du ministère du Revenu. Comme quoi l'histoire se répète. Le troisième épisode de Malenfant couvrira toute la période du Manoir Richelieu et le dernier, la chute de l'empire.

Colette Malenfant prend beaucoup d'importance dans le scénario. «Elle avait un petit côté bourgeois. Elle adorait voyager, elle aimait le piano, la musique et s'intéressait même au yoga», détaille son interprète, Julie McClemens.

C'est un bon signe: j'ai hâte de visionner les deux derniers chapitres de Malenfant. La réalisation de Ricardo Trogi, qui entrelace habilement les différentes époques de cette saga, est très efficace. Et Luc Picard, qui arbore la même couette que l'hôtelier, porte cette minisérie avec le talent qu'on lui connaît.

J'espère cependant que les quatre enfants du couple Malenfant-Perron, que l'on voit peu dans les deux premières tranches, prendront plus d'importance. Pour les lecteurs qui se posent la question, les Malenfant sont encore tous vivants. Raymond, 80 ans, et Colette vivent à Québec avec leur fils Alain, 52 ans.




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