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Le point sur les mises en échec

François Gagnon
La Presse

Ce n'est pas parce que j'applaudis à l'interdiction des mises en échec pour tous les hockeyeurs canadiens de moins de 13 ans que je déteste les coups d'épaule, le jeu physique, les matchs robustes.

Au contraire! Je vénère toujours, plus de 20 ans après leur retraite, les Larry Robinson et Denis Potvin, qui étaient maîtres dans l'art de «visser» un adversaire dans la bande avec un coup de hanche dont ils avaient le secret.

J'ai adoré chaque instant de la série Kings-Blues en première ronde, une série physique, mais propre, comme on rêverait d'en voir plus souvent. Et je demeure convaincu qu'une mise en échec solide et légale peut changer le cours d'un match bien plus qu'une bagarre ou un coup salaud, qui fera peut-être mal paraître un adversaire un brin, mais qui coûtera ensuite très cher en minutes de pénalité et en mesures disciplinaires supplémentaires.

Pourquoi alors ne pas me ranger derrière ceux qui réclament que les mises en échec soient enseignées dès les rangs atomes, au lieu de retarder cet enseignement jusqu'au niveau bantam?

Parce que l'enseignement fait cruellement défaut dans le hockey amateur au Québec. Et aussi parce qu'une fois laissés aux bons soins de parents qui, trop souvent, se transforment en amateurs de lutte une fois assis dans les gradins, les jeunes sont plus fréquemment invités à séparer la tête des épaules de leurs adversaires qu'à les séparer de la rondelle. Ce qui est le but fondamental d'une mise en échec, il faudrait leur rappeler.

De l'enseignement: vraiment?

Il y a deux ans, dans un aréna de Laval, j'ai assisté au premier entraînement avec mises en échec de jeunes qui faisaient le saut du niveau pee-wee au bantam. L'exercice était simple. Trop simple. Simpliste, en fait, pour ne pas dire carrément absurde.

Après qu'on leur a ordonné de patiner le long de la bande en gardant la tête haute et en maintenant leur vitesse, les joueurs à initier étaient frappés rondement par des plus vieux, qui fonçaient droit sur eux à la ligne bleue, puis à la ligne du centre, comme des missiles foncent sur leur cible.

Édifiant!

En observant les qualités pédagogiques de l'entraîneur qui supervisait cet exercice, je suis loin d'être convaincu qu'il serait sage de lui confier des hockeyeurs atomes. Surtout pour les initier aux mises en échec.

Bon! Les entraîneurs bénévoles québécois et canadiens ne sont pas tous aussi illuminés que celui qui supervisait cette malsaine soirée d'initiation. Plusieurs sont même remplis de bonnes intentions.

Mais avant d'implorer le ciel pour un enseignement précoce des mises en échec, les responsables du hockey mineur qui dénoncent l'abolition adoptée en fin de semaine dernière devraient s'assurer d'améliorer la qualité de cet enseignement. Et non accepter bêtement qu'il soit nivelé par le bas.

Car un enseignement bien élaboré et ensuite bien livré pourrait effectivement commencer au niveau atome ou pee-wee, tout en étant mis en application seulement chez les bantams.

Les jeunes n'en seraient que mieux préparés.

Écoles de hockey

C'est aussi l'avis de Bruno Gervais. Le défenseur québécois, qui évolue avec les Flyers de Philadelphie, applaudit lui aussi à la décision d'abolir les mises en échec chez les moins de 13 ans.

«Il y a tellement de différences de taille et de poids dans la catégorie pee-wee que je suis vraiment favorable à l'abolition. Une fois dans le bantam, les gars sont mieux préparés physiquement à faire face aux coups», a affirmé Gervais, à qui j'ai parlé hier.

Tout en retardant le feu vert pour les mises en échec, Gervais insisterait sur l'enseignement. Sur l'importance de faire comprendre à tous les jeunes - et à leurs parents - que les mises en échec sont une munition de plus pour récupérer la rondelle et non une bombe à retardement pour faire sauter la tête de son adversaire.

C'est d'ailleurs l'un des points que Gervais abordera encore cet été, lorsqu'il dirigera l'école de hockey qu'il a mise sur pied l'an dernier. Comme plusieurs joueurs, anciens joueurs, entraîneurs et anciens entraîneurs, Gervais profite de la saison morte pour transmettre ses connaissances aux plus jeunes.

Ce n'est pas gratuit. Mais pour 450 $ par joueur - 550 $ pour les superélites -, les jeunes défenseurs et gardiens de 11 à 15 ans qui passeront une semaine avec Gervais du 8 au 12 juillet à Mont-Saint-Hilaire, sur la Rive-Sud, seront mis en contact avec tous les aspects du jeu: stratégies, préparation physique et mentale, habiletés sur patins et avec la rondelle.

«On va aussi parler des mises en échec. C'est évident. Mais on va faire comprendre comment jouer l'homme d'une façon efficace sans pour autant passer un gars par-dessus la bande, sauter avant l'impact, frapper avec les poings au visage, le bâton dans les airs, ou viser la tête et simplement chercher à faire mal. La nuance est importante. Car si les mises en échec sont interdites, il n'est pas interdit de jouer l'homme. D'apprendre à s'interposer de façon légale et efficace devant un adversaire», a précisé Gervais, qui contacte chaque jeune par téléphone avant d'accepter sa candidature. «Je tiens à m'assurer qu'il veut passer la semaine avec nous, qu'il n'est pas forcé à le faire.»

Les parents intéressés peuvent joindre Bruno Gervais par l'entremise du site www.campelitebrunogervais.com.

Il serait intéressant que des entraîneurs qui hériteront l'automne prochain des enfants qui passeront une semaine à l'école de Gervais ou dans une autre des nombreuses et réputées écoles de hockey au Québec retournent aussi faire leurs classes. Ils apprendraient sans doute des tas de choses importantes qu'ils pourraient ensuite transmettre, au lieu de continuer à dénaturer les mises en échec et leur raison d'être.

On a le droit de rêver...




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