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«Si un policier m'arrête, je paye pas...»

En multipliant les enquêtes disciplinaires et les suspensions, le maire Denis Coderre ne se porte pas qu'à la défense de la Ville et des citoyens: il protège les pompiers contre eux-mêmes.

Vrai, il y avait toutes sortes de syndiqués parmi les manifestants qui ont saccagé l'hôtel de ville, le 18 août dernier. En plus des sapeurs, il y avait des cols blancs et des cols bleus. Un nombre restreint d'entre eux sont ainsi visés par les mesures annoncées hier.

Mais leur participation est moins grave, en quelque sorte, que celle des pompiers. Car on distingue facilement les employés municipaux de leur municipalité, pour laquelle ils travaillent sans en être les agents ou les représentants.

En s'en prenant à l'hôtel de ville, ils commettaient certes «un crime de lèse-démocratie», comme l'a dit Denis Coderre, mais ils le faisaient à titre individuel, voire à titre de membres d'un syndicat en guerre contre la Ville.

Mais les pompiers, à l'inverse, ne sont pas de simples employés, pas plus que des syndiqués comme les autres. Ils sont les représentants de la Ville, ils travaillent en uniforme, portent un badge, affichent le logo de la Ville, ils agissent pour et par l'administration municipale. C'est ce qui leur donne leur autorité morale. C'est ce qui leur permet de jouir de la confiance du public.

En s'attaquant à l'hôtel de ville, les pompiers s'attaquaient donc, du coup, à leur propre autorité morale ainsi qu'à la confiance que leur voue le public. Bref, au respect qu'ils suscitent.

Jamais auparavant je n'avais entendu des amis parler aussi durement des pompiers et des policiers que depuis quelques jours. «Si un pompier me demande de remplacer les piles de mon détecteur de fumée, je pense que je vais lui dire non», m'a dit un ami. «Si un policier m'arrête dans les prochains jours, pas compliqué, je paye pas», m'a dit un autre.

On ne parle pas ici de délinquants ou d'anarchistes, mais de simples citoyens qui ont été tout simplement sidérés par le comportement des pompiers et des policiers, le 18 août dernier, et qui ne les voient plus de la même manière.

Les enquêtes disciplinaires, les suspensions sans solde et, éventuellement, les accusations sont de nature à renverser cette défiance. Elles sont, du coup, de nature à restaurer l'ascendant de cette catégorie particulière d'employés.

Je parle des pompiers, je parle aussi des policiers, mais je sais très bien qu'il faut distinguer les deux corps de métier dans ce dossier. Après tout, il n'y avait aucun membre du SPVM parmi les manifestants du 18 août dernier.

N'empêche, je me demande encore aujourd'hui pourquoi ils n'ont pas droit à un traitement aussi sévère que les pompiers. En restant les bras croisés durant le saccage, eux aussi ont semblé fouler aux pieds leur autorité morale, eux aussi ont miné la confiance du public.

Certes, le SPVM a lancé une enquête pour tirer la chose au clair, d'autant qu'il existe des versions contradictoires des événements. Des suspensions et des sanctions pourraient, là encore, en découler. Mais je le répète: le SPVM ne peut enquêter sur lui-même sans se placer en conflit d'intérêts.

Le maire Denis Coderre a bien tenté de se rattraper, hier, en précisant que le rapport d'enquête serait déposé à la Commission permanente de la sécurité publique, qu'il serait alors analysé par des élus des différentes formations.

Mais la Commission siège à huis clos! Ses membres sont tenus à la plus stricte confidentialité! Richard Bergeron, qui rappelait cela hier, soulignait que son représentant à la Commission refuse systématiquement de lui dire ce qui s'y passe. Et il est chef de l'opposition!

L'enquête du SPVM sur le SPVM n'a donc pas plus de légitimité aujourd'hui qu'il y a dix jours. Les forces de l'ordre méritent, elles aussi, d'être rappelées à l'ordre.

Cela dit, s'il y a un effort à faire du côté des policiers, cela n'enlève rien au courage du geste posé hier par Denis Coderre.

En lançant une enquête sur 52 pompiers, en suspendant sans solde 30 d'entre eux, le maire sait très bien qu'il jette de l'huile sur un feu déjà vif. Et cela, il n'a pas dû le faire de gaieté de coeur, sachant qu'il hypothèque ainsi son mandat.

Un maire a beau être minoritaire, il n'a pas trop de mal à diriger la Ville. Mais un maire qui se bat contre la machine est un maire qui agit avec une marge de manoeuvre beaucoup plus limitée...

«La situation est exceptionnelle, des mesures exceptionnelles doivent donc être prises», a-t-il dit hier, avec raison.

Ce n'est pas que le maire qui a été visé par le saccage du 18 août, pas plus que le projet de loi 3. C'est l'institution municipale et, avec elle, la précieuse autorité morale sur laquelle elle est fondée.




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