Bonne nouvelle, mes amis : le Québec n'est plus la province la plus endettée du Canada, un titre qu'elle détenait depuis une dizaine d'années.

Publié le 30 oct. 2016
Francis Vailles LA PRESSE

Au 31 mars dernier, la dette brute du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a dépassé celle du Québec, toutes proportions gardées, c'est-à-dire compte tenu de l'importance de leurs économies respectives. Plus précisément, le gouvernement du Québec a une dette équivalant à 53,8 % de son produit intérieur brut (PIB), tandis que celle de Terre-Neuve-et-Labrador est maintenant à 55,0 % de son PIB.

Ce revirement historique s'explique par le recul de l'endettement relatif du Québec par rapport à son PIB (baisse de 1,3 point), mais surtout par l'explosion de l'endettement de Terre-Neuve-et-Labrador (hausse de 22,1 points depuis deux ans). Les finances publiques de la province atlantique, faut-il savoir, sont rudement malmenées par la chute du prix du pétrole et le fiasco du projet hydro-électrique Muskrat Falls.

N'empêche, quel plaisir de voir que le Québec ne porte plus le bonnet d'âne.

QUÉBEC-ONTARIO

À 53,8 % de son PIB, le Québec demeure plus endetté que les autres provinces hormis Terre-Neuve-et-Labrador, notamment l'Ontario (47,3 % de son PIB), mais l'écart avec ce principal concurrent a fondu. Il est passé de 22 points de pourcentage du PIB en 2008 à 6,5 points aujourd'hui. Notre meilleure gestion des finances publiques a des effets concrets : le Québec peut maintenant emprunter à des taux aussi bas que l'Ontario, ce qui n'était pratiquement jamais le cas depuis 40 ans.

En valeur absolue, la dette brute du Québec s'est élevée à 203,3 milliards de dollars le 31 mars 2016, ce qui constitue une baisse de 610 millions par rapport à l'année précédente. Il s'agit d'une première baisse depuis 1959.

Après la crise de 2008, faut-il rappeler, la dette brute s'était mise à enfler au rythme moyen de 7,7 milliards par année, notamment à cause des déficits.

Essentiellement, trois raisons expliquent ce revirement cette année : le surplus de 2,1 milliards de l'exercice 2015-2016, l'augmentation des versements au Fonds des générations et la nette diminution des versements du gouvernement aux sociétés d'État.

Au cours de l'exercice 2015-2016, le gouvernement n'a versé que 808 millions aux sociétés d'État (Investissement Québec, Hydro-Québec, etc.) sous forme de placements, prêts et avances, soit deux fois moins que l'année précédente. Cette année, cette somme bondira à près de 3,4 milliards, ce qui inclut notamment la somme de 1,3 milliard versée à Bombardier pour la C Series. La dette augmentera donc en conséquence.

Cela dit, le Québec a encore des croûtes à manger. Notre dette nette (soit la dette brute moins les actifs financiers) demeure la plus élevée du Canada, en proportion du PIB. Au 31 mars 2016, cette dette nette équivalait à 49 % de notre PIB, contre 42 % à Terre-Neuve et presque 41 % en Ontario. Au fédéral, cette proportion est de 35 %.

Notre dette nette recule toutefois à vitesse grand V, pendant qu'elle augmente ailleurs. D'ici trois ans, elle passera à 45,5 % du PIB et l'objectif du gouvernement est de la voir fondre annuellement d'environ 1,7 point de pourcentage de PIB par la suite.

RÉGIME DE RETRAITE DES FONCTIONNAIRES

Fait à souligner, la caisse que le gouvernement s'est constituée pour subvenir aux obligations de retraite des employés de l'État se remplit progressivement. Cette caisse, qui est le pendant des fonds versés par les employés (RREGOP, etc.), s'appelle le Fonds d'amortissement des régimes de retraite (FARR).

Au 31 mars 2016, la valeur du FARR représentait 65 % des obligations actuarielles de retraite de 92 milliards du gouvernement, contre 11 % en 2000. Le gouvernement s'est toujours engagé à payer sa part de la retraite des employés, mais ce FARR assure une comptabilité précise de ses engagements.

DÉPART DU SOUS-MINISTRE DE LA DETTE

En terminant, il faut souligner le départ de celui qui a été le grand patron de la dette du Québec depuis la fin des années 90, Bernard Turgeon.

Sous-ministre adjoint de 1997 à 2003, puis sous-ministre associé, Bernard Turgeon était le second haut fonctionnaire en importance au ministère des Finances. Il avait d'ailleurs remplacé le sous-ministre en titre, Luc Monty, quand ce dernier avait dû s'absenter pendant quelques semaines pour une opération l'an dernier. Cet été, Bernard Turgeon a pris sa retraite après une carrière de 35 ans au Ministère.

« J'ai choisi plus de liberté. Je m'ennuie des dossiers et des gens avec qui je travaillais, mais je ne m'ennuie pas du stress », dit-il.

L'homme de 62 ans part alors que la dette est sur une pente descendante, en proportion du PIB. Quand il a commencé à en avoir la responsabilité, en 1999, la dette brute équivalait à 57,6 % du PIB (115,4 milliards), contre 53,7 % le 31 mars prochain (208 milliards).

Il est remplacé par Pierre Côté.

Infographie La Presse