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Un pari sur la paye des médecins

Je vous fais un pari au sujet du système kafkaïen de rémunération des médecins. Disons 100$. Je vous parie que la réforme entreprise il y a trois ans ne sera pas prête ce printemps, tel quel prévu.

De quoi je parle? Du système incroyablement tordu de la tarification à l'acte des médecins. En 1970, les soins des médecins étaient découpés en 500 actes distincts. Au fil des négociations entre les syndicats de médecins et les gouvernements, le nombre d'actes est passé à...11 000. Chaque acte est méticuleusement codé, et le système est devenu un monstre.

Par exemple, quand un médecin de famille fait une excision de 3 cm pour retirer un grain de beauté, il facture souvent 14,70$ au gouvernement. À 5 cm, c'est 22$. Mais attention, chaque centimètre de plus inscrit sur la règle commande une hausse de tarif de 13,60$. Et encore, le tarif varie selon la partie du corps où est situé le bobo et la ville où est réalisée l'opération.

Le système est à ce point complexe que même les médecins ne s'y retrouvent plus. Les deux guides de codes de tarifs font 1330 pages, écrivais-je dans un dossier paru en janvier.

Le vérificateur général (VG) en traite dans son rapport. Il note, sans surprise, que la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) peine à contrôler adéquatement les 55 millions de demandes de paiement des médecins. Le code facturé est-il le bon? Le médecin a-t-il effectivement rendu l'acte facturé? Combien font des erreurs ou fraudent?

En 2014, les médecins avaient déposé 63 000 demandes de renseignement au centre d'appels de la RAMQ. Et pour analyser la facturation, les quatre médecins-conseils de la RAMQ sont débordés, si bien que seulement 2% des médecins ont fait l'objet d'une analyse minimale de leur facturation.

Le VG recommande de vérifier davantage auprès de patients si les services ont bien été rendus. Surtout, il invite la RAMQ à délaisser les contrôles au hasard et à mettre l'accent sur les médecins qui semblent délinquants, c'est-à-dire ceux dont la facturation s'écarte de la norme.

À mon avis, le gouvernement devrait surtout charcuter le nombre d'actes pour éradiquer la bureaucratie de ce système de type soviétique.

Une réforme en ce sens est promise pour le 1er avril, mais je vous parie qu'elle sera reportée ou passablement diluée.

Le milliard de primes

Ma chronique précédente faisait état du milliard de dollars de primes versées aux médecins, un aspect de la rémunération qui mériterait un grand ménage. Les lecteurs ont été très nombreux à me communiquer leur indignation.

J'y dénonçais la gestion «tout croche» de ces mesures incitatives, tel que le rapporte le vérificateur général. Ces primes sont trop nombreuses (33), elles ne sont encadrées par aucune cible concrète et elles sont parfois versées même si les objectifs avaient déjà été atteints au moment de leur entrée en vigueur. Au surplus, le gouvernement et les syndicats de médecins ne les révisent pas si elles ne donnent pas les résultats souhaités.

Des lecteurs médecins ne sont évidemment pas contents. L'un d'eux trouve bien justifié de toucher un supplément pour les patients vulnérables (cardiaques, diabétiques, etc.), qui exigent beaucoup plus de temps.

Un autre me rappelle que les médecins québécois méritent leurs payes, compte tenu de leurs longues études, et que leur rémunération devrait être semblable à la moyenne canadienne.

Qu'on se comprenne bien: je n'ai rien contre des médecins bien payés ou des primes ciblées. Des études scientifiques démontrent d'ailleurs que ce genre de suppléments, lorsque bien administrés, augmente le volume de patients traités.

J'en ai plutôt contre la gestion totalement incohérente de ces primes au Québec. Et le fait qu'on les verse sans savoir si elles atteignent les buts recherchés.

Par ailleurs, je ne crois pas que le gouvernement du Québec devrait chercher à rejoindre la moyenne canadienne pour la rémunération des médecins, puisque le Québec est plus pauvre. Les médecins québécois devraient plutôt être payés selon notre richesse relative, à part quelques exceptions pour les médecins dont l'expertise est rare.

Est-il bon de rappeler que, dans les pays nordiques sociaux-démocrates, vénérés par bien des Québécois, la paye des médecins est beaucoup plus basse. Par exemple, en Finlande, les médecins gagnent environ 60% de la rémunération des médecins au Canada, toutes proportions gardées.

En terminant, je vous invite à lire le texte de mon collègue Tommy Chouinard sur les hausses de rémunération qu'obtiendront les médecins pour les prochaines années. Selon une entente signée l'an dernier, les augmentations se feront «de façon à accorder MINIMALEMENT aux médecins omnipraticiens et spécialistes les augmentations salariales qui seront consenties au personnel des secteurs public et parapublic». Autrement dit, il est possible que les médecins obtiennent plus que les autres employés de l'État. À suivre.




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