Un accord a été signé entre les décideurs, mais la Grèce n'est vraiment pas sortie du bois. Voici pourquoi.

Publié le 17 juill. 2015
Francis Vailles LA PRESSE

Selon l'entente, les pays de la zone euro envisagent d'avancer jusqu'à 86 milliards d'euros à la Grèce sur trois ans. De cette somme, entre 10 et 25 milliards serviraient à prémunir le système bancaire grec contre l'effondrement et une autre part, au respect de certains engagements financiers. Surtout, 35 milliards d'euros seraient investis dans un genre de plan Marshall pour relancer l'économie grecque, qui est en dépression.

Deux problèmes majeurs se dressent toutefois devant les Grecs. Premier problème: il est loin d'être clair que les 86 milliards seront effectivement avancés. Les créanciers exigent d'abord que le gouvernement grec fasse des gestes concrets «pour rebâtir la confiance», stipule l'entente. Et les conditions sont nombreuses.

D'ici demain, le gouvernement d'Athènes doit notamment hausser sa taxe sur la valeur ajoutée (équivalent de notre TPS), en plus d'en élargir la portée. Le taux n'est pas précisé, mais il était question de 23% dans les négociations précédentes, notamment dans les restaurants. La hausse serait salée.

De plus, une réforme des régimes de retraite doit être entreprise, de même que la création d'un poste de collecteur d'impôts indépendant et d'un mécanisme pour assurer l'indépendance (donc la fiabilité) de l'institut des statistiques. Une réforme du système de justice doit également être entreprise d'ici le mercredi suivant, le 22 juillet.

Tout un programme en si peu de temps! Et après, on verse les fonds? Pas du tout.

Par la suite, une réforme en profondeur des régimes de retraite doit être planifiée, de même qu'une libéralisation du commerce, la privatisation du transport de l'énergie électrique, la renégociation des conventions collectives, une dépolitisation de la fonction publique et l'annulation de certaines lois votées par la gauche radicale grecque ces derniers mois. L'échéancier pour la présentation à l'Eurogroupe de certaines de ces réformes a été fixé au 20 juillet dans certains cas, selon l'entente.

Ouf, c'est vraiment musclé! Le 20 juillet, c'est déjà lundi prochain. Chose certaine, les hauts fonctionnaires du gouvernement ne manqueront pas de travail. Et après, le premier chèque? Pas si vite.

Les créanciers exigent également que les joyaux de l'État grec soient transférés dans un fonds pour être éventuellement privatisés, de sorte que les fruits de la vente, estimés à 50 milliards, servent à soutenir les banques et à rembourser la dette, entre autres, souligne l'entente.

Bon, enfin, le premier chèque? Eh non. «Ces engagements sont des conditions minimales...», est-il écrit dans l'accord.

Minimales, vraiment? S'agit-il de conditions pour verser l'argent? Ben non. Ce sont «des conditions minimales pour commencer les négociations avec les autorités grecques», précise l'entente. Notez la formulation: «pour commencer les négociations».

Bref, les Grecs ont beaucoup de pain sur la planche avant de voir la couleur de l'argent, comme disent les Américains. Et encore, l'entente et ses suites doivent recevoir l'aval du Parlement grec et de ceux des différents pays impliqués, notamment l'Allemagne et la Finlande, qui sont très frileux à l'endroit de la Grèce.

Il faut savoir que 86 milliards d'euros, c'est l'équivalent de verser annuellement 3650$CAN par habitant, soit presque 15 000$ pour une famille grecque de quatre personnes. Chaque année. Pendant trois ans!

Maintenant, le versement incertain des fonds n'est que le premier des deux problèmes évoqués, si vous m'avez bien suivi. Deuxième problème: il n'est pas clair du tout que la Grèce sorte de son marasme, si jamais les fonds sont versés.

La Grèce, faut-il savoir, est une économie essentiellement centrée sur l'agriculture, le tourisme et, dans une moindre mesure, le textile. Elle exporte le tiers de son produit intérieur brut (PIB), comme le Canada. Le pays est plutôt pauvre en ressources naturelles et n'a pas de groupes industriels et technologiques diversifiés comme le Québec.

De plus, la Grèce risque d'être étouffée par les remboursements exigés par l'endettement additionnel de 86 milliards, elle qui a déjà quelque 317 milliards d'euros de dette, le niveau le plus élevé de l'Occident (près de 180% du PIB).

Pourquoi ne pas faire faillite? La Grèce n'étant pas une entreprise, elle ne peut pas techniquement déclarer faillite. Si tel était le cas, ses créanciers se verraient alors rembourser une partie de leur dette à même les actifs, sous la supervision d'un syndic et d'un tribunal. Le pays pourrait repartir à neuf sous un autre nom, en quelque sorte, ou disparaître, carrément.

La Grèce ne peut donc pas déclarer faillite, comme une entreprise. Et si elle décide unilatéralement de ne plus rembourser ses créanciers, qui voudra l'épauler financièrement pour relancer son économie? Il reste comme option la réorganisation de la dette, mais les créanciers n'évoquent que très timidement cette possibilité dans l'entente.

Non, la Grèce n'est vraiment pas sortie du bois.