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Plus d'élèves par classe, vraiment?

Le modèle des écoles du Québec est unique. C'est le seul endroit au Canada où l'on a vidé les classes «régulières» de leurs meilleurs élèves pour les envoyer au privé ou dans des programmes publics pour enfants doués.

Dans ce contexte, les propositions du ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, soulèvent un tollé. Le ministre veut augmenter le nombre d'élèves par classe au public et ne plus tenir compte des enfants qui ont de graves problèmes dans la composition des classes.

Cette question intéresse les économistes sous deux aspects. D'abord, une formation de base solide est indispensable à une économie en santé. Ensuite, les propositions du ministre ont comme toile de fond l'équilibre des finances publiques.

Mais qu'en est-il au juste de la composition des classes? Premier constat: ces dernières années, le nombre d'élèves par classe a été significativement réduit, il faut l'admettre, dans la foulée de la lutte contre le décrochage. Tous les niveaux en ont bénéficié - et encore davantage les milieux défavorisés - sauf les classes de fin de secondaire (3, 4 et 5).

Ainsi, au cours des quatre dernières années, ce fut au tour des classes de 5e et 6e année du primaire d'en bénéficier, comme celles de 1re et 2e secondaire. Le nombre d'élèves par classe est respectivement passé de 27 à 24 élèves en fin de primaire et de 30 à 29 élèves au début du secondaire.

C'est cette dernière réduction que le ministre Yves Bolduc remet en question, puisque les études ne démontreraient ni effet favorable ni effet défavorable à ce niveau. Aucun changement n'est envisagé pour les autres niveaux (le début du primaire compte 20 élèves par classe depuis 2002).

Le gouvernement suggère également de faire fi des élèves avec de sérieux troubles de comportement dans la composition des classes. Ces enfants qui comptent pour trois élèves actuellement n'en vaudraient plus qu'un. Il s'agit des élèves avec des troubles envahissants du développement (TED), des troubles graves de comportement (TGC) ou des troubles psychopathologiques (TPP).

Cette proposition fait bondir les professeurs, à juste titre. Imaginez la gestion d'une classe publique de 29 ados avec deux enfants TED!

Quoi qu'il en soit, ces deux éléments (élèves par classe et élèves avec des troubles) coûtent 150 millions, que le gouvernement veut mettre sur la table.

Deuxième constat: les écoles publiques du Québec comptent relativement moins d'élèves par éducateur qu'ailleurs au Canada, selon le ministère de l'Éducation(1). Depuis le début des années 2000, le rapport élèves-éducateur est passé de 14,2 à 12,7 au Québec. Pendant ce temps, il a reculé de 16,3 à 14,2 ailleurs au Canada (13,5 en Ontario).

Les classes du Québec semblent donc choyées, en principe. Le hic, c'est que cette statistique ne tient pas compte de l'écrémage vers le privé et de ses effets sur la tâche des profs au public. Or, le Québec a beaucoup plus d'élèves au privé qu'ailleurs.

Selon Statistique Canada, 11,7% des élèves du primaire et du secondaire fréquentent le privé au Québec, contre 6,1% en Alberta, 5,1% en Ontario et 1,2% au Nouveau-Brunswick. Seule la Colombie-Britannique s'approche du Québec, avec un taux de fréquentation de 10,3%.

Autre hic: plusieurs élèves talentueux du Québec se dirigent vers les écoles publiques à vocation particulière (international, sport-études, arts-études, etc.), où il y a une certaine forme de sélection.

En combinant l'effet du privé et des classes particulières, les classes normales du secondaire sont formées des deux tiers des ados du Québec qui sont moins doués ou dont les parents sont moins fortunés. Cette situation est unique au Canada.

Dans ce contexte, hausser le nombre d'élèves dans ces classes dites «régulières» ou ne pas tenir compte des cas graves alourdira la tâche déjà difficile des enseignants.

Pour contourner ce problème, en partie, une solution pourrait être envisageable. Pourquoi ne pas permettre aux commissions scolaires d'admettre plus d'élèves par classe dans les programmes particuliers? Au privé, les grandes écoles secondaires de Montréal excèdent souvent les quotas imposés au public avec 36-37 élèves par classe, nous indique la Fédération des établissements d'enseignement privés.

Pourquoi ne pas faire de même au public avec les écoles à vocation particulière? Pourquoi ne pas augmenter de 2 ou 3 le nombre d'élèves des classes internationales et autres pour épargner les classes normales? Est-il juste que les écoles primaires qui offrent l'international plafonnent à 20 le nombre d'élèves par classe au premier cycle, comme dans les autres classes?

Bien sûr, un tel changement ne rapporterait pas les 150 millions recherchés, mais cette modulation des services pourrait ouvrir la porte à d'autres solutions.

Chose certaine, le gouvernement ne doit pas, au nom du déficit zéro, appauvrir encore davantage les classes dites «régulières» et accentuer l'écart avec celles des enfants doués ou fortunés.

(1) Cette statistique permet d'englober le nombre d'élèves par classe, le temps de présence des élèves à l'école et le temps d'enseignement des profs.

Les classes du Québec et d'ailleurs

Nombre d'élèves par éducateur au public (1)Proportion des élèves au privé (2)
Québec12,711,7%
Ailleurs au Canada14,25,8%
Ontario12,85,1%
Atlantique13,51,9%
Ouest15,67,5%
Total Canada13,87,0%
(1) Les seules comparaisons qui ont pu être établies entre les provinces sur la lourdeur de la tâche concernent ce rapport élèves-éducateur. Les éducateurs incluent les enseignants, les professionnels et le personnel de direction, entre autres. Les données sont celles de 2010-11, les plus récentes disponibles. (2) Les données sont celles de 2008-09, les plus récentes comparables. Sources: ministère de l'Éducation du Québec, Statistique Canada et La Presse



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