La fausse injustice des tarifs de garderie

Disons une famille avec deux enfants qui gagne 200 000$. À moins d'être imbécile, une telle famille a amplement les moyens de se payer une belle maison, un voyage dans le Sud de temps à autre et bien d'autres extras; 200 000$, c'est beaucoup d'argent.

Maintenant, une question: qui s'oppose vraiment à ce qu'une telle famille paie 20$ par jour pour les frais de garde de ses enfants plutôt que 7,30$? Qui est prêt à descendre dans la rue pour défendre cette famille filet mignon? Surtout qu'en tenant compte des déductions d'impôt fédérales, le tarif net est en fait de 14,80$.

Je sais, je sais, cette famille paie déjà beaucoup d'impôts, beaucoup plus que la moyenne. Et elle a le droit d'avoir certains services en retour, en toute équité. Mais en plaçant ses enfants dans un centre à la petite enfance (CPE), elle récupère une partie des impôts qu'elle a payés, même avec un tarif de 20$ par jour, puisque le service coûte en réalité 40$, environ.

Tout compte fait, cette famille riche verrait donc l'ensemble des citoyens lui venir en aide pour élever ses enfants et permettre aux deux conjoints de travailler, même avec un tarif de 20$. Qui vient manifester?

Disons maintenant un couple avec deux enfants qui gagne 150 000$. On s'entend, à moins de mal gérer son argent, ce couple a les moyens de se payer du luxe. Dans leur cas, le tarif de garde pourrait passer à 15$ par jour, plutôt que 7,30$, selon un scénario éventé par Le Devoir. Après déductions fédérales, le tarif net serait de 11,10$.

Je sais, ça fait mal de payer plus, mais bon, l'État contribuerait tout de même au soin des enfants. En somme, cette famille paierait une partie du service de garde par ses impôts et une autre partie, devenue plus importante, par les tarifs. C'est le principe de l'utilisateur-payeur à moitié.

En général, ce principe a pour effet de responsabiliser les utilisateurs lorsqu'ils consomment un service. La Finlande, l'une des reines pragmatiques de la social-démocratie, l'a bien compris: ses tarifs de garderie varient en fonction du revenu familial et peuvent atteindre 20$ par jour.

La famille à 100 000$

On continue? Pour une famille qui gagne 100 000$, le tarif passerait à 12$ par jour, ce qui équivaut à 8,88$ après les déductions fédérales. Pour cette famille au sommet de la classe moyenne, la hausse serait plus difficile à avaler, il faut l'admettre. L'augmentation atteindrait 900$ par enfant par année.

Qui plus est, dans leur cas, la modulation aurait des effets pervers, compte tenu de la structure du système fiscal, explique l'expert dans le domaine, Claude Laferrière. Ainsi, à 12$, il deviendrait plus rentable pour ce genre de famille de laisser tomber le CPE et de se tourner vers une garderie privée non subventionnée.

En effet, une famille avec deux enfants gagnant 100 000$ a droit à des crédits d'impôt provinciaux de 57% pour ses frais de garde au privé. En ajoutant les déductions fédérales, le tarif net de garderie au privé équivaut à environ 6,88$ par jour, soit deux gros dollars de moins que le tarif net du CPE. Claude Laferrière croit que la hausse pourrait pousser ce genre de famille vers le privé.

Par contre, l'effet s'estompe pour les familles qui gagnent 80 000$ et dont le tarif proposé serait aux alentours de 8$. Dans ce cas, les CPE demeureraient légèrement plus avantageux (84 cents de moins par jour).

Quoi qu'il en soit, ni la hausse ni la modulation ne sont une mauvaise idée. Le Québec, faut-il le rappeler, en est à son sixième déficit d'affilée. Et le printemps dernier, la hausse à 9$ pour tous proposée par le Parti québécois n'a pas soulevé la moindre critique de la population. Les tarifs avaient été gelés pendant 10 ans avant le 1er octobre.

Quant à la modulation des libéraux, elle deviendrait plus cohérente si le gouvernement corrigeait les déviances du système fiscal pour la tranche de famille gagnant entre 90 000 et 110 000$ et s'il modérait la hausse pour ce groupe, entre autres.

Il n'y a pas un seul politicien qui est heureux d'augmenter les tarifs ou de réduire les services à la population. Mais si le gouvernement ne récupère pas les quelque 125 millions qu'il cherche avec la hausse des tarifs, d'autres devront payer la note pour boucler le budget. Qui veut payer?




la boite: 1600127:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

La liste:-1:liste; la boite:2525685:box; tpl:html.tpl:file

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer